Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

04/09/2014

BENIN : L’Hippopotame Mathurin Coffi NAGO ou la faillite morale des élites intellectuelles et politiques du Bénin sous l’ère YAYI ???

Par Benoît ILLASSA

« Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales. » Julien FREUND

Mathurin NAGO est Docteur de 3e cycle en techniques alimentaires. Il fut auparavant doyen de la Faculté des sciences agronomiques de l'université d'Abomey-Calavi, puis ministre de l'Enseignement supérieur dans le premier gouvernement du président Yayi Boni, le 08 avril 2006. Depuis le 03 mai 2007, il est l’inamovible Président de l’Assemblée Nationale du Bénin. Il est donc comptable de toutes les politiques menées par Boni YAYI depuis son arrivée au pouvoir.

Depuis sa dernière sortie du 31 août 2014 dans son fief électoral pour décrier ses nouvelles relations tendues avec son mentor, Boni YAYI, c’est le branle-bas dans toutes les rédactions des canards locaux et internationaux.

Les éloges pompeux, grandiloquents, voire dithyrambiques n’ont pas manqué. « Modèle d’intégrité intellectuelle », « héros d’intelligence », « immense talent », « acte de courage et de témérité », tels sont les qualificatifs flatteurs qu’on a pu lire sous les plumes de nombreux commentateurs, politologues et journalistes. Cette emphase, digne des intellectuels des régimes totalitaires, prête à sourire lorsqu’on sait que Mathurin NAGO se voyait affublé, il n’y a pas si longtemps, des épithètes les plus insultantes. Nous ne sommes pas d’avis avec Mathurin Nago, ni avec ses supporters circonstanciels.

Pour Raymond Aron, l’élite c’est « l’ensemble de ceux qui, dans les diverses activités, se sont élevés en haut de la hiérarchie et occupent des positions privilégiées que consacrent soit des revenus, soit du prestige. Le terme de classe politique devrait être réservé à la minorité, beaucoup plus étroite, qui exerce effectivement les fonctions politiques de gouvernement. La classe dirigeante se situe entre l’élite et la classe politique : elle couvre ceux des privilégiés qui, sans exercer de fonctions proprement politiques, ne peuvent pas ne pas exercer de l’influence sur ceux qui gouvernent et sur ceux qui obéissent, soit en raison de l’autorité morale qu’ils détiennent, soit à cause de la puissance économique ou financière qu’ils possèdent. »

Mathurin Nago est certes parlementaire, mais il est avant tout un éducateur de par sa fonction d’enseignant du supérieur. Il n’est pas le seul. En effet, autour de Boni YAYI, outre Nago, il existe cinq autres professeurs des universités très actifs :

Adébayo ABIOLA (Enseignement supérieur), Dorothée Kindé GAZARD (Santé), Géro AMOUSSOUGA (OMD), Amos ELEGBE (Conseiller politique) et Théodore HOLO (Cour constitutionnelle).

Depuis l’arrivée de Yayi au pouvoir en 2006, en dehors des économistes transfuges de la BCEAO et la BOAD, c’est même la principale ossature de la gouvernance au Bénin. Par conséquent, ils sont tous comptables de la bérézina qui plonge de jour en jour le pays dans les profondeurs de la misère. On n’a jamais entendu Mathurin Nago sur le recul de l’éducation nationale où à peine 20 % des jeunes béninois sortent du système scolaire avec un BAC dans la poche. On ne l’a pas non plus entendu sur les différentes affaires qui ont émaillé les change-menteurs dont il reste l’un des pions essentiels. Affaires ICC, CEN sad, construction du siège de l’Assemblée Nationale, KO présidentiel frauduleux de 2011, corruption généralisée dans le pays, concours frauduleux, PVI, Turbines à gaz de Maria Gléta etc.

Plus grave encore, Nago n’a jamais condamné les atteintes aux libertés fondamentales (disparition de Dangnivo, violation et atteinte aux droits de Patrice TALON et Olivier BOCCO, du juge Angelo HOUSSOU, Lionel AGBO, de l’ancien ministre Moudjaïdou SOUMANOU et consorts…). Des syndicalistes et des journalistes ont été arrêtés et molestés dans ce pays sans que le Président de l’Assemblée Nationale qui est le second personnage de l’Etat ne s’en émeuve.

Mathurin Nago a obtenu, en dix ans de pouvoir absolu de Boni Yayi, plus d’avantages et de prestiges qu’en trente ans de carrière à l’université. Sa démarche aurait été comprise par nous s’il était venu servir les béninois et non se servir. Si, lors de sa dernière sortie dans sa ville natale, il avait remercié le peuple béninois et promis que, dans six mois, il se mettrait en réserve de la République qui lui aura in fine tout donné. Mais non, c’est mal connaître les intellectuels sous les tropiques. C’est pourquoi il faut voir dans cette sortie, non une compassion pour le peuple, ni un mea culpa, mais plutôt une rampe de lancement pour sa future campagne aux élections présidentielles de 2016. Qui veut tromper qui dans ce pays ???

A seulement six mois de la fin de son mandat de député (et par conséquent de la présidence du parlement), il sait que Boni Yayi lui réservera le même sort que celui de André Dassoundo, ancien vice-président du parlement sous la cinquième législature. En effet, après avoir vilipendé son mentor, André Dassoundo trouva « garçon » sur son chemin lors des dernières élections législatives au Bénin. Ruiné avec une conjointe gravement malade, il a dû ravaler ses vomissures pour aller faire un salamalec resté célèbre au roi en pleine jouvence.

L’enthousiasme de certains affidés qui célèbrent le coming out de Nago, en ce moment, ne doit pas faire oublier que Yayi et tous ceux qui ont partagé le pouvoir avec lui, laissent le Bénin dans un état médiocre : beaucoup de corruption, un secteur public accumulant des déficits, un chômage massif des jeunes désespérant, des mœurs évoluant vers la débauche généralisée, l’économie au rouge et les libertés fondamentales presque une denrée rare. La croissance, contrairement à ce que disent les griots, a été faible ces dernières années ; sur quelques 10 millions de béninois, un sur deux est sous le seuil de la pauvreté. Voilà le triste bilan des années Yayi dont Mathurin Coffi Nago est comptable, au même titre que Pascal Koupaki, l’autre potentiel candidat à la magistrature suprême de notre pays !!!

Or cette situation de misère et d’injustice sociales qui génère l’instabilité politique s’inscrit dans une longue continuité historique. Un peu partout en Afrique, les bourgeoisies nationales et les intelligentsias locales, qui avaient pris la direction des Etats postcoloniaux s’étaient, dès le lendemain des indépendances, invariablement transformées en une aristocratie administrative corrompue qui perpétuait à son profit les privilèges coloniaux.

Aujourd’hui, les élites politiques modernes semblent largement engagées dans un processus de blocage du mouvement de démocratisation ou de sa perversion sous la forme de la démocratie du partage du pouvoir entre des obédiences politiques sans idéologie ni programme commun que tout oppose. La lutte politique se réduit à une compétition entre les élites en vue de s’approprier les appareils d’Etat pour s’aménager des voies d’accès à la richesse et au prestige personnels. A cette fin, les populations sont instrumentalisées au moyen de l’ethnicisassions de la politique, de la manipulation du régionalisme, du confessionnalisme et du séparatisme.

A l’instar de Georges Ayittey, Mathurin Nago peut créer une fondation si tant est qu’il est préoccupé par le sort de ses concitoyens pour rendre un peu ce qu’il a obtenu de l’Etat nourricier. Il peut aussi prendre exemple sur le Président Nicéphore SOGLO en devenant le maire de Bopa, sa ville natale. L’exemple de Léhady Soglo est très évocateur à ce sujet. Président de la Renaissance du Bénin, il a toujours envoyé un cadre de son parti au gouvernement alors qu’il aurait pu, comme beaucoup d’autres, devenir ministre lui-même pour enrichir son CV.

Georges Ayittey, économiste ghanéen, auteur et président de la Fondation Free Africa à Washington DC, a écrit en 2006, un livre intitulé Africa Unchained : The Blueprint to Africa’s Future, où il a cherché à répondre à la question de savoir pourquoi l’Afrique est considérée comme pauvre en dépit de ses vastes ressources naturelles. Selon lui, la réponse est évidente : la liberté économique lui a été refusée, d’abord par les puissances coloniales étrangères, et maintenant par les leaders autochtones aux pratiques oppressives similaires. Cependant, dans une tentative audacieuse d’arrêter de se lamenter sur la myriade des difficultés que connaît le continent, il propose un programme de développement : une voie à suivre pour l’Afrique.

Le professeur Ayittey distingue dans son livre deux types de générations pour classifier les élites africaines : les Guépards (Cheetah) et les Hippopotames (Hippo).

LA GENERATION DES HIPPOPOTAMES

Les hippopotames héritent de l’époque et des mentalités dépassées des années 1960 : indigestes, complexés, grassouillets, ils ne maîtrisent pas les réseaux sociaux et sont attachés à l’ancien paradigme du « colonialisme-impérialisme » avec une foi inébranlable en la puissance de l’Etat dans un monde planétaire devenu un village. Ils sont fermement assis dans leurs bureaux climatisés du gouvernement, à l’aise dans leur conviction que l’Etat peut résoudre tous les problèmes de l’Afrique. Tout ce dont l’Etat a besoin est plus de puissance et plus d’aide étrangère.

Intellectuellement stigmatisés, ils sont coincés dans leur patch pédagogique de colonialiste boueux. Ils se soucient moins de savoir si le pays tout entier s’effondre autour d’eux, mais sont contents aussi longtemps que leur étang est sécurisé. Ils font semblant d’encourager les PPP (Partenariat Public Privé), mais c’est pour mieux entuber les hommes d’affaires nationaux et patriotes.

Mathurin Nago est sans aucun doute un Hippopotame !!! Il en a la carrure et le costume.

LA GENERATION DES GUEPARDS

Les Guépards sont la génération nouvelle et en colère des diplômés et professionnels africains qui regardent les questions béninoises et africaines et les problèmes dans une perspective totalement différente. Ils sont dynamiques, intellectuellement agiles et pragmatiques. On pourrait les appeler la « génération sans repos », un nouvel espoir pour l’Afrique. Les Guépards ne gardent pas les stigmates intellectuels du passé. Là où les Hippopotames voient en permanence des problèmes, les Guépards aperçoivent des opportunités. Ils n’attendent rien des gouvernements ou des donateurs étrangers.

Bill Gates se fait des milliards avec des logiciels informatiques de Microsoft. Il n’est pas devenu riche en étant président des Etas Unis, comme c’est le cas dans de nombreux pays africains.

Le diable rôde toujours en Afrique et les dirigeants africains lui donnent volontiers honneur et hospitalité. Il les aide à détruire allègrement leurs propres pays qu’ils prétendent diriger pour le bonheur de ceux qu’ils massacrent ou qu’ils condamnent à la destruction. Mieux encore, on trafique les constitutions « pour se maintenir au pouvoir à vie ». Ils condamnent ainsi les élites africaines, engagées dans des oppositions au pouvoir et capables de relever les défis des exigences du monde moderne, à la prison à vie ou à l’exil dans des pays où ils vivent misérablement. C’est un bien triste bilan après plus de cinquante ans d’indépendance en Afrique !!!

Tant que nous aurons une élite issue d’une occidentalisation totalement grotesque et ratée, le Bénin ne se développera jamais. Comme l’Afrique d’ailleurs !!!

Contrairement à Mathurin Nago, nous sommes fiers, en ce qui nous concerne, d’émarger à la Génération des Guépards.

Comme le tigre de Wolé SOYINKA, le Guépard ne proclame pas seulement sa guépartitude. Il bondit sur sa proie et la dévore !!!

IB

BENIN : L’Hippopotame Mathurin Coffi NAGO ou la faillite morale des élites intellectuelles et politiques du Bénin sous l’ère YAYI ???
Tag(s) : #Politique Béninoise

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :