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Les États membres de la CEDEAO et l’Union européenne violent le droit des peuples au développement

17 juillet par CADTM Afrique

Après plusieurs années de tiraillement entre des pays de l’Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) et l’Union européenne (UE) pour la signature des « Accords de partenariat économique » (APE), les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont finalement approuvé la signature de l’accord suicidaire dit « Accord de partenariat économique » avec l’Union européenne (UE) le 11 Juillet 2014.

Pour parvenir à cet accord, l’UE a changé de stratégie en divisant le groupe ACP qui était jusqu’alors opposé à ces APE. L’UE a alors opté pour des négocations régionales et vient ainsi d’obtenir des APE au niveau de l’Afrique de l’Ouest.

Cet accord signé sans le consentement des peuples aura de graves incidences sur le développement économique et social de ceux-ci.

Ledit accord, qui n’entrera en vigueur qu’une fois ratifié par le Parlement européen, résulte de pressions exercées par les firmes multinationales européennes, au service exclusif desquelles s’est mise la Commission européenne, parvenant à entrainer des chefs d’Etat africains qui sont restés insensibles devant les mises en garde répétées de la société civile.

Quant aux peuples d’Afrique de l’Ouest, ils ont tout à perdre. D’abord, les 12 États sur 16 ayant actuellement le statut de PMA (pays moins avancés) ne pourront plus taxer les 12,6 milliards d’euros de produits importés de l’UE en 2013, d’où une perte considérable de leurs ressources budgétaires. Ce que l’UE propose de leur verser comme contreparties ne fera pas le poids. C’est lâcher la proie pour l’ombre. Par exemple, pour le Ghana ses pertes de recettes fiscales seraient de 374 M$ s’il ratifie l’APE contre une perte de 52 M$ avec le statut de SPG s’il ne ratifie pas. Le Fonds de solidarité devrait payer pour poursuivre ses exportations dans l’UE.

Ensuite et surtout, pour tous les pays concernés, c’est l’ensemble de leur agriculture paysanne et vivrière, leur sécurité alimentaire et tous les projets actuels de transformation sur place, de développement de l’industrie et de la construction régionales, qui seront frappés de plein fouet par une concurrence déloyale destructrice d’emplois et par une dépendance accrue vis-à-vis des cours des marchés mondiaux. C’est le pillage programmé de leurs ressources naturelles, celles du sol et du sous-sol. Le développement endogène de la région et les projets d’intégration régionale seront sacrifiés au bénéfice d’une économie « tournée vers l’exportation » et de peuples réduits à importer des produits hautement subventionnés et de qualité douteuse venant concurrencer de façon rude et pernicieuse leurs propres productions.

Il est à noter que la Commission européenne a refusé de traiter de la question des subventions agricoles dans le texte de l’APE, arguant que cette question relève de la compétence exclusive de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la CEDEAO ne pourra donc poursuivre l’UE pour dumping au niveau des instances de concertation UE-AO de l’APE et la CEDEAO ne pourra pas davantage la poursuivre à l’OMC puisque la CEDEAO n’est pas membre de l’OMC. Seuls certains de ses États membres pourraient le faire mais ce sera bien plus difficile politiquement. L’importance de ce dumping de l’UE, très sous-évalué puisqu’il ne prend en compte qu’une part de ses exportations agricoles, est une raison suffisante pour ne pas signer l’APE.

Le nez caché de l’APE, c’est l’ouverture forcée de nos marchés à plus de 70 %, ce qui signifie la suppression des droits de douane. Et l’Afrique de l’Ouest ne doit pas réduire ses droits de douane à un niveau inférieur à celui de l’UE. Alors que l’Accord de partenariat économique exige de réduire les droits de douane de la CEDEAO sur 75 % des exportations de l’UE, non seulement l’APE n’oblige pas l’UE à éliminer ses subventions internes bénéficiant aux produits exportés comme on vient de le voir, mais encore l’Afrique de l’Ouest ne devrait pas réduire ses droits de douane sur les importations venant de l’UE à des niveaux inférieurs aux droits NPF (de la Nation la Plus Favorisée) de l’UE, en particulier sur les produits alimentaires de base.

La CEDEAO ne pourrait pas négocier des droits de douane consolidés à l’OMC qui seraient plus élevés. Il y a là une double contradiction : d’une part, l’UE restera libre d’augmenter ses propres Droits de douane (DD) appliqués tant qu’ils restent inférieurs à ses DD consolidés et, d’autre part, cette règle de l’APE empêcherait de facto la possibilité pour la CEDEAO de demander son adhésion à l’OMC ou au moins d’obtenir alors le bénéfice des droits consolidés qui seraient établis à la moyenne pondérée des DD consolidés de ses États membres.

Aux APE s’ajoute l’Accord d’investissement qui prévoit un égal traitement entre les entreprises nationales et les transnationales. Or comme l’histoire le montre, sans protection, aucune industrie nationale ne peut se développer. Rappelons que les préférences tarifaires non réciproques n’ont pas permis aux ACP de mieux se développer et s’intégrer dans le système commercial international.
Dès lors, il sera encore plus difficile pour les États africains de créer des infrastructures socio-économiques, telles que les pistes rurales, les écoles, les points d’eau, les dispensaires, les logements, les unités industrielles au profit de leurs peuples appauvris.

Les APE ne sont pas déconnectés du système dette, ils font partie de la deuxième phase des politiques d’ajustement structurel (PAS) parmi lesquelles figure la libéralisation commerciale.

La mise en œuvre de ces APE entraînera inévitablement l’augmentation de la dette publique. En effet, pour combler l’aggravation des déficits budgétaires causés par la signature de l’Accord de partenariat économique, nos États risquent de s’endetter auprès des Institutions financières internationales (IFI) dont la Banque mondiale et le FMI.

Les APE sont non seulement une stratégie pour conduire les pays ACP à des endettements illégaux, illégitimes, injustes et odieux mais aussi un moyen de pouvoir les maintenir davantage dans l’esclavage de la dette.

Pour rompre avec le néocolonialisme, le Réseau CADTM Afrique exige :

  • l’audit de la dette des pays de l’Afrique, Caraïbes, Pacifique afin d’identifier et d’annuler purement et simplement toutes les dettes dites illégitimes, illégales, odieuses et injustes ;
  • la prise en compte de la nécessité pour notre région de déterminer par elle-même ses propres politiques commerciales et d’investissements conformément aux articles 2, alinéa 3 ; 6 paragraphe 3 de la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement de 1986 et à l’article 1 commun aux deux pactes de 1966 ;
  • le renforcement des capacités du secteur public tant à l’échelle nationale que régionale en vue d’améliorer la qualité des produits dans le strict respect des normes sanitaires et phytosanitaires ;
  • une forte implication de la société civile et de toutes les forces vives dans toutes les discussions relatives aux politiques de développement.

Enfin, le Réseau CADTM Afrique appelle les organisations sociales, les mouvements sociaux et les partis politiques progressistes européens à se mobiliser contre la ratification par le parlement européen de cet accord inique.

Bamako, le 14 juillet 2014

Le groupe de coordination du CADTM Afrique

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Tag(s) : #Politique Internationale

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