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09/12/2014

Par Benoît ILLASSA

« Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines. » Marcus GARVEY

Dans ce Tome 3, j’ai décidé de rendre un hommage appuyé à notre culture, la culture béninoise, à travers un homme exceptionnel, mon frère et ami, Nouréini TIDJANI-SERPOS. Comme le Doyen Olympe Bhêly-Quenum, ces deux hommes exceptionnels ont fait rayonner la culture Béninoise à travers toute la planète. La plupart de leurs œuvres ont pour théâtre d’opération, le Bénin, leur terre natale.

NOUREINI TIDJANI-SERPOS, L’INFATIGABLE OUVRIER DE LA CULTURE BENINOISE ET AFRICAINE

Ce samedi matin, sous une pluie très fine, je rentre dans la ville de Porto-Novo, la ville aux trois noms et surtout la capitale du Bénin. Pour minimiser l’impact de cette ville cosmopolite, certains voudraient la réduire à une simple capitale administrative du pays. Surtout, par opposition à Cotonou qu’on qualifie de capitale économique. Non, il s’agit d’un abus de langage. Porto-Novo est tout simplement la capitale de la République du Bénin depuis son accession à la souveraineté internationale le 1er août 1960 !!!

En arrivant sur les lieux de ma rencontre avec le maître des lieux, dans le quartier Foun-foun où trône une énorme antenne de la Radio Bénin Culture, je tombe sur un luxueux et gigantesque autobus venu du Nigéria. Seul le chauffeur était au volant. Les occupants, une cinquantaine d’étudiants et leurs professeurs, francophiles, avaient pris d’assaut le musée autour de la radio. Sortant de la voiture, je découvre des masques et des dessins qui ornent la voie qui conduit vers le musée. Le propriétaire des lieux m’expliquera plus tard qu’il s’agissait d’un musée en plein air qu’il qualifie « des arts de la rue ». Rien que ça !!! Dès l’allée centrale, je suis émerveillé et je retrouve, instinctivement, mon âme d’enfance. En poussant la porte située à droite, au milieu de l’allée centrale, je tombe nez à nez avec les jeunes étudiants nigérians arrivé le matin même pour admirer les différentes œuvres. Les cliquetis des appareils photos des téléphones portables envahissent l’atmosphère. Chaque étudiant voulait immortaliser les objets culturels pour garder un souvenir mémorable.

En arrivant dans la cour de la radio, je découvre, à perte de vue, des statuettes en aciers dont certaines font penser à la cour d’un sorcier. Chaque œuvre permet son identification à travers une inscription descriptive à son pied. Il y a là des trésors ramenés du Brésil, du Pérou, Haïti et des différents coins du Bénin profond et du monde.

Au-dessus de la station de la radio, c’est le siège de la Fondation Panafricaine pour le Développement Culturel créée et entièrement financée par l’ancien DGA de l’UNESCO. On y découvre des œuvres exceptionnelles et inédites que tous les chercheurs du monde entier viennent consulter. Au Bénin, c’est un véritable gâchis que de constater que l’Etat n’attache aucune importance à la culture. Le Bénin est pourtant un pays d’anciens royaumes et des peuples dotés d’une culture ancestrale. Mais voilà, les archives nationales sont inexistantes dans le pays qui peine toujours à numériser les rares œuvres dispersées un peu partout sans aucun inventaire.

A droite de l’allée centrale se situe le chantier du plus grand Centre Culturel jamais construit au Bénin. Dans ce centre, plusieurs sections sont prévues : la section béninoise, la section de l’Afrique et, chose inédite, la section de la diaspora. En visitant cet immense chantier, une chose m’intrigua. Il s’agit d’un baobab géant. Interloqué, je demande au maître des lieux ce que cherchait là un arbre de la savane alors que nous sommes dans une région tempérée, plus précisément dans les marécages. Un sourire en coin, il me dira que c’est l’œuvre de la nature (sic). Enchaînant et pour marquer l’inculture de certains cadres béninois, Nouréini Tidjani-Serpos (TIDJ pour les intimes), m’avoua que son architecte avait voulu couper cet arbre ancestral et chargé de beaucoup de mystères, selon les croyances africaines. Quel sacrilège !!! Le majestueux baobab a heureusement trouvé sa place dans ce cadre idyllique, pour le bonheur de tous.

En face de tout cet ensemble, côté rue, l’homme de culture a décidé d’ériger « le village du Bénin ». Un espace, dit-il, qui sera consacré à la création, au documentaire et à la récréation. Une sorte de lieu de rencontres des artistes et, « tous ceux qui ont quelque chose à dire… »

Sachant que la visite de l’ensemble de ce site magique et autofinancé par notre promoteur culturel de renom est aujourd’hui totalement gratuite, me vient à l’esprit l’indispensable question qui tue. Comment finances-tu ce projet gigantesque ? Sa réponse est surprenante et en même temps à l’image de l’homme. Il me dira qu’il pense toujours à un conseil judicieux et plein de sagesse de sa défunte maman :

« Si tu veux porter ta charge sur ta tête, essaie d’abord de la porter à tes genoux avant de demander de l’aide ; ainsi, les gens comprendront que tu as déjà fait un effort, donc tu n’es pas un fainéant » !!!

Ainsi donc, le savant qui a passé plus de la moitié de sa vie dans la diaspora, une fois à la retraite, a vendu sa grande maison de la région parisienne pour investir toutes ses économies dans ce qui représente le projet de toute une vie. Il aurait pu le faire ailleurs, mais il a décidé de le faire dans sa ville natale. Sans subvention aucune à ce jour, TIDJ me dira que chaque mois, la moitié de sa pension de retraite est consacrée à son immense projet. Il s’agit là d’une solide œuvre d’utilité publique.

Ce centre est déjà visité par des étudiants nigérians qui participent aussi à l’économie de la ville à travers leurs dépenses. A notre avis, comme le centre Songhaï, ce centre Panafricain inédit de Nouréini Tidjani-Serpos deviendra le passage obligé de tous les hôtes de marque du Bénin. En attendant, nous encourageons vivement tous les étudiants et élèves du Bénin à y aller faire un tour pour mieux s’approprier la culture Béninoise, Africaine et Mondiale dans toutes ses dimensions. Je recommande particulièrement à la diaspora béninoise, de par le monde, de marquer un arrêt désormais au quartier Foun-foun de Porto-Novo, siège de la Radio Bénin Culture, pour se ressourcer et magnifier les engagements de notre bâtisseur émérite.

A mon ami, Chakirou Roufaï, récemment nommé à la tête de l’Agence Nationale de la Rénovation de la ville de Porto-Novo, de jouer à fond sa partition.

Après la nourriture de l’esprit, nous passons à la nourriture proprement dite. Mon ami m’amène chez sa tante, dans le quartier où il est né et a vécu son enfance. Tout le monde connaît TIDJ dans le quartier. Le mot « tonton » fuse de partout. Je déguste le merveilleux plat d’igname pilée, mon plat préféré, comme si je n’avais pas mangé depuis trois jours.

Ce qui est magnifique ici, c’est qu’après le copieux repas, les petits neveux et les petites nièces de Nouréini Tidjani-Serpos défilent à la queue-le-leu. Chacun s’était donné le mot que le gentil tonton était là et venait prendre son petit billet. En les voyant, très joyeux, une fois le billet en poche, je me suis dit que ce sont ces petits bout de chou qui étaient finalement les plus heureux de le voir revenir au pays natal après sa retraite méritée. Et je constate, avec émerveillement, combien le grand homme de culture était aussi très proche de sa famille et de ses racines.

A très bientôt pour le Tome IV de mes aventures du retour au pays natal.

IB

BENIN : LES CAHIERS DU RETOUR DE BENOÎT ILLASSA AU PAYS NATAL – 15 OCTOBRE – 16 NOVEMBRE 2014 – TOME III - NOUREINI TIDJANI-SERPOS, L’INFATIGABLE OUVRIER DE LA CULTURE BENINOISE ET AFRICAINE
Tag(s) : #Contribution de la Diaspora

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