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26 janvier 2015

On aura tout vu avec le prince de Tchaourou. Après avoir divisé les familles des anciens présidents de la République, c’est à l’explosion de sa propre famille qu’on assiste. Adam Bagoudou et Chabi Sika Karim ont désormais porté leurs combats sur la place publique. Le pire a été évité de peu à Tchaourou. Mais ce n’est qu’un début.
Le week-end dernier, on a frôlé la catastrophe à Tchaourou et dans ses environs, notamment à Guinninro
u.


Les partisans du tout puissant intendant du Palais, Adam Bagoudou, et ceux du député Chabi Sika Karim en sont venus aux mains. Ils étaient prêts à utiliser les armes blanches quand les forces de l’ordre sont intervenues pour les séparer. Mais, selon les deux camps, ce n’est que partie remise. « Le sang doit couler », disaient les partisans de Adam Bagoudou. « La vie ou la mort », répondaient ceux de Chabi Sika.

Toute cette tension est entretenue par le chef de l’Etat, incapable de prendre une décision. Pour certains, c’est qu’il a pris parti au lieu d’être juste et de ramener son neveu, l’intendant, à la raison. Car, pour tous les observateurs, Yayi Boni a utilisé Chabi Sika Karim pour régler tous ses problèmes au niveau du Parlement. Au finish, il veut le remercier en monnaie de singe comme d’habitude. Il a choisi d’épauler Adam Bagoudou, tout simplement parce que ce dernier est un parent généalogiquement plus proche de lui que Chabi Sika Karim. Pour certains d’ailleurs, c’est parce que Chabi Sika Karim n’a aucun lien de sang avec Yayi Boni qu’il est aujourd’hui rejeté comme un vulgaire mendiant après tous les services rendus, depuis environ quinze ans.

Car, depuis 2003, c’était Chabi Sika Karim. Député Ubf (Union pour le Bénin du Futur) de Mathieu Kérékou. En ce moment, personne ne pensait que Yayi Boni pouvait devenir président de la République. Il était d’ailleurs la risée de tout Tchaourou. Y compris Adam Bagoudou qui, lui, était plutôt un partisan de Abdoulaye Bio Tchané. Chabi Sika traînait sa bosse pour ventiler le nom de Yayi Boni.

En avril 2006, Adam Bagoudou est positionné par Patrice Talon pour être intendant du Palais. C’est là l’origine du mal. Car, après une dizaine d’années à son poste, Adam Bagoudou s’est dit que le moment est venu d’aller se caser à l’Assemblée. Pourquoi ? Et pour échapper à qui ? Personne ne peut le dire. Mais, une chose est certaine, pour Adam Bagoudou, l’Assemblée nationale est devenue une obsession. Pour certains, il voit venir l’orage. Et, à coup de millions, il veut acheter un siège à l’Assemblée. Il est aidé dans cette basse besogne par le ministre Yaya Aboubacar.

De l’autre côté, Chabi Sika Karim. Il a longtemps rêvé d’être le ministre de l’Energie. Mais le fait d’être originaire de la même Commune que le président a fini de le convaincre que jamais, il ne pourra être ministre. Il a donc jeté son dévolu sur la Communauté électrique du Bénin (Ceb). Comme un enfant, à chaque veille de Noël, il a longtemps caressé ce rêve. Lorsque Cyr Koty a été rappelé, il a cru son heure arrivée. Il cherchait même déjà une villa cousue à louer à Lomé. Erreur. On lui a fait comprendre que Yayi Boni avait besoin de lui à l’Assemblée nationale. Stoïque, il accepta de se sacrifier. Tous les coups fourrés et fumeux à l’Assemblée étaient son œuvre. Chabi Sika était pour Yayi ce qu’Albert Speer était pour Adolph Hitler : l’architecte du Yayisme, pris dans sa forme primaire (régionalisme, sadisme, autoritarisme, dictature). Chabi Sika est le père spirituel de la loi qui interdit la grève aux douaniers. C’est lui, le penseur de la loi qui devrait arracher aux magistrats le droit de grève. Toutes les lois privatives de liberté ou renforçant Yayi dans sa soif effrénée de gestion solitaire du Pouvoir émane de Chabi Sika. « Il est mauvais » disait un conseiller spécial Nagot de Yayi Boni.

Il jeta son dévolu sur la Sbee. Mais, toujours le même refrain. « Le patron a besoin de toi à l’Assemblée », lui rétorquait-on à chaque fois.

Pendant ce temps, Adam Bagoudou sillonnait la huitième circonscription électorale. Il a les moyens de sa politique. Des réunions à Parakou, des meetings à N’dali, des rencontres à Tchaourou, des dons à Péréré, Adam Bagoudou, le milliardaire du clan Yayi, n’a pas la main lourde. Il écrasait sur son chemin, Chabi Sika Karim.

On a alors deux groupes qui se livrent une guerre implacable. D’un côté, le tandem Adam Bagoudou-Yaya Aboubacar. Tandem de riches mais politiquement nul. Et, de l’autre côté, Chabi Sika Karim et Gbadamassi. Politiquement bien assis, mais plus pauvres que des rats d’église.

Voilà que la liste Yayi de cette circonscription ne peut avoir qu’un seul titulaire originaire de Tchaourou. Chabi Sika Karim ou Adam Bagoudou. Pas les deux à la fois. Toutes les tentatives pour les ramener à la raison ont été vaines. Adam Bagoudou a, pour lui, sa richesse et, Chabi Sika son expérience et sa fidélité. Pour Adam Bagoudou, c’est l’Assemblée ou rien. C’est pour lui une question de vie ou de mort. Pour Chabi Sika, il n’est pas question qu’il cède. « On m’a toujours dit que je suis utile à Yayi à l’Assemblée », affirme-t-il. C’est l’occasion pour lui d’être encore plus utile.

Un comité a été installé pour trancher la question. Le comité aurait conclu qu’il faut écarter les deux frères ennemis pour avoir la paix. Chabi Sika, dans un premier temps, a accepté ce verdict. Adam Bagoudou a refusé. Il pense qu’il doit aller même au risque de sa vie à l’Assemblée. Chabi Sika revient alors sur sa décision et dit que si Adam est aligné, il ira aux élections, même s’il faut intégrer la liste de l’alliance « Soleil ».

Aux dernières nouvelles, le chef de l’Etat, saisi, aurait choisi, en « bon père » de famille, celui qui, généalogiquement, est plus proche de lui : Adam Bagoudou. « Il a choisi le sang », nous a affirmé un député Fcbe. Affaire à suivre.

Charles Toko

Source : Le Matinal

BENIN - Législatives de 2015 : Boni YAYI met le feu dans sa propre famille à TCHAOUROU
Tag(s) : #Politique Béninoise

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