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26/01/2015

BURKINA FASO : Interview exclusive de Zéphirin DIABRE, le tombeur de Blaise COMPAORE

Par Benoît ILLASSA

Nous avons rencontré pour vous, lors d’un dîner qui a duré de 19H00 à minuit, ce dimanche 25 janvier 2015, le Président du parti U.P.C. (Union pour le Progrès et le Changement), Zéphirin DIABRE, de passage à Paris. Agé de bientôt 56 ans, l’homme est un érudit. Il est crédité de plus de 90% d’opinions favorables pour être le prochain Président du Faso si les élections avaient lieu dans les prochains jours.

Dans l’interview qu’il nous a accordée, à bâtons rompus, le chef de file de l’opposition du Burkina Faso tire les leçons de la lutte du peuple burkinabè et apporte des réponses quant à savoir si l’insurrection de son peuple est transposable ailleurs sur le continent. Lisez plutôt !!!

Benoît ILLASSA : Monsieur le Président, comment le peuple burkinabè a-t-il fait pour renverser le régime de Blaise Compaoré qu’on croyait pourtant invincible ?

Zéphirin DIABRE : Avec 19 députés à l’Assemblée Nationale, j’étais le chef de file de l’opposition et j’avais le titre de chef de l’opposition reconnu par nos lois. En tant que « soldat de l’alternance », mon combat a été toujours pour l’alternance politique au Burkina Faso. La durée du mandat du Président de la République de sept ans renouvelable une seule fois fut le résultat d’un compromis historique matérialisée par la Constitution de 1991. L’assassinat du journaliste Norbert ZONGO en 1998 participe aussi de ce compromis entre l’église catholique, les chefs traditionnels, la classe politique et la Société civile.

IB : Comment expliquez-vous l’unité de l’opposition contre Blaise Compaoré ?

ZD : Dans mon pays, contrairement à d’autres, la Constitution n’interdit pas la modification de la durée du mandat présidentiel. C’est ainsi que nous n’avons pas chez nous l’équivalent de l’article 42 de la Constitution béninoise qui dispose que nul ne peut effectuer plus de deux mandats. Toutefois, beaucoup de jeunes burkinabè se plaignent de n’avoir connu qu’un seul Président de la République. C’est le cas de toute la génération des trentenaires. Le conseil constitutionnel du Faso étant aux ordres, il fallait un déclic unitaire pour faire barrage à un énième mandat de Blaise Compaoré. Il s’est trouvé que l’article 37 de notre Constitution est fédérateur. Les jeunes ont commencé par dire : « y en a marre ; touche pas à l’article 37 » !!!

La jeunesse, toute la classe politique (des communistes aux libéraux), la société civile et les femmes se sont mobilisées dans un creuset fédérateur : refus de la modification de l’article 37 pour permettre à Blaise Compaoré de briguer un autre mandat présidentiel. Pour la première fois dans l’histoire du Burkina Faso, les femmes ont même manifesté avec des « spatules ». Chez nous, quand les femmes font ça, cela veut dire que le « souverain » doit démissionner.

IB : L’expérience burkinabè est-elle transposable ailleurs sur le continent ?

ZD : Fondamentalement, je ne le pense pas car chaque peuple a son histoire et son vécu. Au Burkina Faso comme je l’ai rappelé, nous avons l’article 37 de notre Constitution qui a été fédérateur. Si je prends la République centrafricaine par exemple, le gouvernement avait été renversé et une transition mise sur pied. Mais je constate que les opposants de ce pays n’avaient pas un petit objet fédérateur. Chacun avait et a toujours son égo et personne ne veut faire de concession. Résultat, le peuple est martyrisé là-bas. Selon l’expérience de chaque pays, les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets.

IB : Pourquoi, selon vous, Blaise Compaoré n’a-t-il pas employé la force pour mater l’opposition ?

ZD : Vous savez, le jour où tout a basculé, Blaise Compaoré a reçu trois jeunes dans son palais présidentiel parmi les manifestants. Il leur a dit qu’il en avait personnellement marre du pouvoir et que 27 ans, ça lui suffisait largement. Tout mon bilan n’est pas négatif contrairement à ce que disent mes opposants. Les jeunes lui ont dit qu’il devrait partir car ils en avaient marre de lui. Et puis, je pense qu’il a été lâché par certains militaires qui sont venu à notre rencontre. Il nous est revenu que le Premier ministre d’alors avait signé une réquisition de la force publique pour mater les manifestants. Blaise Compaoré qui savait que cette mesure allait provoquer un bain de sang ne l’a pas signée. En effet, tous les Présidents africains craignent désormais d’être traduits devant la Cour Pénale Internationale (C.P.I.)

IB : La présence de Blaise Compaoré à vos portes (il est en exil à Yamoussoukro ndlr) ne constitue-t-il pas un danger pour la transition ?

ZD : Il y a toujours un danger mais celui-ci est à relativiser. C’est la raison pour laquelle même si le Président de la transition est un civil, c’est un militaire qui dirige le gouvernement. En effet, l’opposition ne savait pas que le gouvernement allait tomber aussi vite. Elle n’était donc pas préparée à gérer le pays dans les conditions que l’on sait. Personnellement, j’étais pour que Blaise Compaoré termine son mandat et demeure dans notre pays comme un ancien Président respecté avec les honneurs qui sont dus à son rang. Mais, mal conseillé, il a voulu s’entêter.

IB : Avec plus de 90% d’opinions favorables selon les sondages qui circulent sous le manteau, vous serez probablement le prochain Président du Faso. Quelles seront les mesures phares de votre gouvernement ?

ZD : Rires… 90%, c’est vous qui le dites… La mesure la plus urgente concerne l’emploi des jeunes. L’administration publique absorbera un certain nombre sans doute. La lutte contre la corruption et l’impunité comme valeur d’exemple. Le gouvernement de la transition a déjà commencé car deux ministres ont été récusés. Il est très important que l’opposition ne cède pas à la corruption. C’est pour cette raison qu’au Burkina Faso, la loi a prévu le financement public des partis politiques. Ensuite, ma priorité ira vers la sécurité des biens et des personnes surtout en ce moment où notre sous-région est traversée par des organisations criminelles djihadistes. Mes deux autres priorités, sans être exhaustives, seront l’éducation et la santé.

IB : Votre mot de fin ?

ZD : Je souhaite pour mon pays une transition réussie et une démocratie républicaine citoyenne.

Propos recueillis par IB

BURKINA FASO : Interview exclusive de Zéphirin DIABRE, le tombeur de Blaise COMPAORE
BURKINA FASO : Interview exclusive de Zéphirin DIABRE, le tombeur de Blaise COMPAORE
Tag(s) : #Politique Africaine

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