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7 avril 2015


BENIN - A un an du 06 avril 2016: Les Yayistes qui font leurs valises

Dans un an, Yayi Boni passera le pouvoir à son successeur, ainsi qu’en disposent les termes de son contrat social et politique avec le peuple béninois et les dispositions constitutionnelles. Alors qu’hier certains célébraient ses 9 ans de pouvoir ou ses 4 ans de second quinquennat, selon le moment, d’autres plus réalistes, ont déjà bouclé leurs valises. Mais avec la peur au ventre. Qui sont-ils ?


Ce qu’il y a d’intéressant dans le pouvoir de Boni Yayi, c’est que le secret d’Etat n’existe pas. Le président pourrait s’appeler Polichinelle. Il livre ses propres enfants. Contrairement à son prédécesseur Mathieu Kérékou, le Président de la République donne toujours confirmation de ses réelles motivations politiques. Les populations béninoises qui reçoivent ces derniers jours le chef de l’Etat dans leurs maisons pour allumer une ampoule, ouvrir un robinet, balayer les rues, donner un coup de pioche, poser une pierre ou leur faire rêver en fin de mandat de transformer leurs villages en Paris, Venise, Rome, New York etc, comprennent finalement le sens de son réveil tardif et de ses supplications à le soutenir en écoutant ses discours. S’il ne sait pas que ce sont ses discours d’adieux, les populations savent que quand on se prépare à passer le témoin, ces invites et débauches d’énergie sont inutiles.


Au même moment, ceux qui ont gouverné avec lui et se reconnaissent bras armés de son bilan notoirement négatif, préparent leur atterrissage, à l’heure où papa Yayi ne sera plus qu’un simple citoyen. Vers un refuge parlementaire, un exil professionnel ou retournement de veste politique, ils ont tous paradoxalement la peur au ventre, celle de ne même pas pouvoir jurer de la couverture permanente du Président sortant, tant l’homme peut se révéler imprévisible dans le jugement de leurs responsabilités personnelles face à la faillite de sa gouvernance.

Réfugiés Parlementaires

Les candidats à ce statut sont les plus nombreux. Il y a d’abord ceux dont la mise à l’abri est vitale pour Boni Yayi, tant les menaces d’inculpation qui pèsent sur eux auraient pour sources, selon leurs propres déclarations publiques, leur fidélité à l’homme de Tchaourou. Ils se reconnaissent parmi les candidats Fcbe aux élections législatives pour lesquels le chef de l’Etat a personnellement assuré leur positionnement favorable sur ses listes, parfois contre toutes logiques politiques ou sociologiques. Tel un directeur général de société en position de titulaire, pendant que son ministre hiérarchique est son suppléant. Un ministre parachuté comme tête de liste Fcbe dans une commune dont il n’est pas originaire, de surcroît avec la désapprobation des populations. Ces dernières payent ainsi le prix de leur habituel suivisme de bébêtes pavloviens, comme une réponse au slogan connu : « Votez le sang, je m’occuperai de leurs ventres. »

Par ces surprenants positionnements, le chef de l’Etat a ainsi montré à quel point il serait lui-même exposé à des inculpations directes et multiples si ses lieutenants ne bénéficiaient pas très tôt d’immunité parlementaire, sachant d’ailleurs que les crimes économiques et de sang commis dans l’exercice de leurs fonctions seront forcément jugés. C’est le cas des malversations commises dans la gestion de la filière cotonnière sous un régime mafieux de transition et qui sont déjà l’objet d’actions en justice. Elles s’appuient d’abord sur les actes de gestion ayant entraîné des préjudices à l’Etat dans les commandes d’intrants depuis 2012 et qui se poursuivent par anticipation à la campagne cotonnière 2015-2016 ; ensuite sur l’implication directe de ces responsables dans les crimes de vols de balles de coton au port de Cotonou aux dépens des clients internationaux, commis par des réseaux d’intouchables dont ils avaient connaissance et dont ils ont toléré la poursuite des opérations frauduleuses sur plusieurs campagnes ; et enfin par des contrats léonins de prestations de services.
Il y a également des candidats qui veulent se protéger contre tous les développements adverses de l’affaire Dagnivo, et des députés sortants sur lesquels pèsent des inculpations pour assassinat de magistrat non encore vidées ou d’autres dont les condamnations effectives attendent d’être exécutées parce que définitivement jugées. Preuve que l’Etat de non-Droit devrait bientôt prendre fin.

Exilés professionnels

Il y a aussi ceux qui veulent quitter le navire Yayi pour un exil professionnel. Pour des missions ou formations à l’étranger d’une durée de plus d’un an qu’ils pensent suffire à faire oublier leurs rôles déterminants dans des choix et décisions politiques ou de gestion ayant provoqué des torts à des concitoyens. Ils ont détruit des entreprises performantes, des carrières professionnelles, l’image et la crédibilité d’honnêtes concitoyens livrés à la vindicte populaire, à l’acharnement policier et judiciaire et parfois même emprisonnés pour des mois et des années. Pour rien d’autre que la satisfaction de leurs appétits égoïstes. Parmi ces candidats à l’exil professionnel, on compte certains chefs militaires et des renseignements généraux qui s’apprêtent à s’exiler vers des écoles de guerre, histoire d’améliorer leurs profils et faire peau neuve à leur retour, devant les mêmes victimes qu’ils ont faites, contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Beaucoup d’entre eux encaissent quotidiennement des dizaines de millions de nos francs pour services rendus à des instigateurs d’informations tronquées et faux rapports au chef de l’Etat. Ils se réjouissaient de n’avoir tué personne, comme si la mort ne valait pas autant que certaines humiliations. Ils savent aujourd’hui que la pilule sera très amère et veulent quitter le navire avant que le président ne change d’avis. Justement le hic, c’est l’imprévisibilité de Boni Yayi qui, au soir des élections législatives d’avril 2015, faute d’avoir la majorité qu’il appelle de tous ses vœux, refusera de rester seul face à son lugubre bilan. Laissera-t-il partir ces fuyards devenus plus riches que Crésus, à force de malversations, de prévarications, de vols et de corruption ? L’homme menace déjà de traduire lui-même certains de candidats Fcbe au cas où ceux-ci ne feraient pas tout pour se faire élire, malgré l’insolence des moyens financiers qu’ils ont accumulé en si peu de temps…

Patrice Sacca Focco

Source : Le Matinal

BENIN - A un an du 06 avril 2016: Les Yayistes qui font leurs valises
Tag(s) : #Politique Béninoise

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