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26 mai 2015

Yayi Boni et Me Adrien Houngbédji n’ont pas du tout les mêmes styles et cela se voit même s’ils portent, tous deux, des titres. Pour l’un, avocat, le titre de maître est une exigence professionnelle, mais pour l’autre le titre de docteur est un besoin de paraître. A l’exubérance protocolaire, la familiarité agressive aux costumes bleus et jaunes fluorescents, aux discours populistes décousus, à la frénésie comportementale de l’un, s’opposent le calme de l’autre qui confine même à une certaine froideur, l’éloquence très structurée et concise, l’habillement classe et discrètement chic, et un port altier. Mais la différence c’est aussi et surtout dans la conception du pouvoir surtout les relations entre l’Exécutif et le Législatif.


Le moins qu’on puisse dire, avec l’élection de Me Adrien Houngbédji au perchoir il y a une semaine, est que le train ne sifflera plus pour Yayi car les deux hommes, même s’ils ne nourrissent pas, l’un envers l’autre, une animosité personnelle particulière, ont des style, conception et parcours politiques bien opposés qui pourront, s’il ne s’y fait pas, rendre leur cohabitation pénible pour Yayi. En fait, il s’agira bien désormais d’une cohabitation et non d’une collaboration à laquelle le chef de l’Etat est habitué avec un président de l’Assemblée nationale, qui lui a été politiquement redevable, malgré quelques coups de menton surtout depuis l’affaire dite de la bretelle de Bopa. Depuis mardi dernier donc, avec l’accession au perchoir du président du Prd, porté par l’Opposition, nous sommes en présence à la tête de l’Etat , chacun dans son créneau , de deux légitimités. D’un côté, il y a la nouvelle légitimité incarnée par Me Houngbédji représentant la majorité politique et morale du pays, comme l’attestent les résultats des législatives du 26 avril dernier. Et de l’autre, l’ancienne légitimité qu’incarne Yayi, une légitimité usée et corrompue par neuf ans de gestion, de gouvernance tam-tam, erratique, d’immoralité, d’abus de position dominante, de souillure de tout ce qui était prestigieux dans la République. Une légitimité finissante pour l’un, face à une légitimité qui sans être neuve est nouvelle pour l’autre. Et les deux sont si différentes.

La conception du Pouvoir

Si pour Yayi, comme lui-même l’a confessé plusieurs fois, les relations entre l’Exécutif et le Législatif doivent être complicité, collaborationnisme et vassalité, il lui faudra rapidement se faire à l’idée que sous et pour Houngbédji le Parlement est une institution de contrepouvoir qui vote des lois après débat et contrôle, sans complaisance, de l’action du gouvernement. Si le Pouvoir de Yayi le possède, le domine et le met dans une posture permanente de se prouver sa puissance, en investissant et envahissant tout l’espace politique, et vouloir se voir tous les soirs sur le petit écran, Adrien qui croit qu’il est destiné au Pouvoir l’a toujours exercé avec certain détachement, déléguant plus qu’il ne faut parfois surtout la gestion de l’argent. Il n’a pas non plus une attirance particulière pour les médias et ne se présente jamais sur un plateau de télévision sans une préparation minutieuse et les envolées lyriques ne sont pas son genre, encore moins les gestuelles saccadées. Contrairement à Yayi qui n’est qu’un grand politicien, Houngbédji est, en plus, un homme d’Etat, ayant réellement le sens de l’Etat avec ce que cela suppose de sacrifice et de renoncement. Mais ces différences entre les deux hommes résultent surtout de leurs parcours politique très différents.

Parcours politiques opposés

On ne connaît à Yayi Boni pour tout parcours associatif ou engagement qu’un statut de vague membre du Facen, une association regroupant les élèves et étudiants du Nord, quand il était sur les bancs, et pour toute expérience politique qu’un modeste strapontin de conseiller technique aux affaires monétaires, membre de la cellule macro-économique du Président Soglo, dirigée par Yacouba Fassassi, avant que le sort et Soglo ne l’envoient à la présidence de la Boad à Lomé. Me Adrien Houngbédji en homme de conviction et de combat, jeune magistrat, a osé défier, déjà à peine la vingtaine dépassée, les Marxistes léninistes en osant s’opposer à l’arbitraire. Cela lui vaudra la prison, l’évasion, la souffrance, l’exil. Et à l’avènement du Renouveau démocratique auquel il a travaillé et contribué, il a décidé de prendre sa part de feu et a été même proposé aux historiques assises de la Conférence Nationale pour diriger la Transition. Il va sans dire que face à un Yayi qui n’a suivi la Conférence Nationale de loin que sur son poste radio, et n’ayant payé le moindre tribut pour l’avènement de la Démocratie, la pratique et la conception du pouvoir soit opposées. On comprend que Yayi ne connaissant rien à l’avènement du système qui lui a permis de se faire roi grâce et par les moyens d’autrui, puisse transformer la place de la Conférence Nationale en carrefour de la bière. Et qu’il privatise la structure et la superstructure de l’Etat au service de ses haines personnelles est tout le contraire de Houngbédji qui, quelque soit la situation, ne dira jamais » ils sont tous petits », je vais faire descendre les miens pour qu’ils s’affrontent » je vais bondir sur eux » … « je suis le messie » «Yinwè » et autres propos qui montrent que Yayi n’a jamais pu être Président de la République, mais chef d’un clan.

Patrice Sacca Focco

Source : Le Matinal

BENIN – Charles TOKO habille YABO pour le printemps: Une histoire de bas et de haut de gamme entre Boni YAYI et Adrien HOUNGBEDJI…
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Tag(s) : #EDITORIAL

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