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24/05/2015

Par Benoît ILLASSA

«La Constitution perdrait son sens dès lors que le Président n'aurait pas la possibilité de retirer sa confiance à son Premier ministre, d'un jour à l'autre, sur n'importe quel acte, dans n'importe quelle situation. Les institutions sont ainsi faites, et je les respecte. Elles sont bien ainsiMichel ROCARD

Le 28 février 1990, en clôturant la Conférence Nationale des Forces Vives, le Président Mathieu KEREKOU, dans un discours très attendu, s’est engagé à appliquer les décisions de la Conférence :

« Aujourd’hui mercredi 28 février 1990, nous prenons à témoins le peuple béninois tout entier en affirmant solennellement notre engagement à faire mettre en œuvre de manière réaliste toutes les décisions issues des travaux de la Conférence Nationale ».

Avec l’investiture du Premier ministre, Nicéphore SOGLO, au Palais de la République le 12 mars 1990, ce fut ce que l’on peut qualifier de la « première cohabitation » à la béninoise. Même si tout le monde qualifie cette période de « gouvernement de la transition ».

La cohabitation désigne la coexistence institutionnelle entre un chef de l'État et un chef du gouvernement (issu de la majorité parlementaire) politiquement antagonistes. C'est une situation politique dans laquelle le président et le 1er ministre appartiennent à des partis politiques opposés. En France, le terme est né pour la première fois en 1986, lorsque François MITERRAND (Président de la République et socialiste) désigna Jacques CHIRAC (Chef du parti de droite RPR) comme chef du gouvernement à la suite de la victoire de la droite aux élections législatives. Cette cohabitation durera jusqu’en 1988, date de la réélection de François MITTERRAND qui dissout l’Assemblée Nationale.

Contrairement à la France qui a choisi un régime parlementaire dans sa Constitution, le Bénin a opté pour un régime présidentiel fort, même trop fort si l’on considère la pratique institutionnelle depuis la Constitution du 11 décembre 1990. A tous ceux qui opineront que, s’agissant d’un régime présidentiel, la cohabitation n’est pas possible, l’exemple américain vient à notre secours.

Au Bénin, lors de l’installation de la Commission Constitutionnelle de quinze membres (quatorze hommes et une femme), le 24 mars 1990, le Président Mathieu KEREKOU conseilla :

« La prise en compte de nos réalités nationales. Quel pays est le Bénin ? Que voulons-nous qu’il soit ? ».

C’est la prise en compte de nos réalités nationales et l’application de l’usage qui veut que tout ce qui n’est pas formellement interdit par la Constitution est permise qui a amené le Président Mathieu KEREKOU a nommé, de 1996 à 1998, Adrien HOUNGBEDJI comme Premier ministre du Bénin (poste non prévu par la Constitution). Il était chargé de la coordination de l’action gouvernementale et des relations avec les institutions, ainsi que porte-parole du gouvernement.

Se prévalant de cette jurisprudence, Pascal KOUPAKI occupera le poste de Premier ministre de Boni YAYI du 28 mai 2011 au 08 août 2013.

Rien ne s’oppose donc aujourd’hui à ce que Boni YAYI confie à une personnalité de l’opposition, le poste de Premier ministre chargé de la formation et de l’animation du prochain gouvernement, un gouvernement d’Union Nationale.

Un tel acte venant de Boni YAYI permettrait de relancer l’économie béninoise et la réconciliation nationale après neuf ans d’errements et de gestion chaotique du pays. A dix mois du terme de son mandat constitutionnel, le président béninois montrerait ainsi qu’il est au-dessus de la mêlée et qu’il est animé par l’intérêt général de tous les béninois et non des seuls intérêts égoïstes de ses partisans uniquement.

IB

BENIN – COHABITATION AU SOMMET DE L’ETAT : Et si Boni YAYI confiait la formation et l’animation du prochain gouvernement d’Union Nationale à l’opposition ???
Tag(s) : #politique beninoise

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