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30/06/2015

Par Olympe BHÊLY-QUENUM

Politique, culture, anthropologie sociale, etc., ne jamais intervenir sans m’être d’abord suffisamment informé au maximum de sources possibles est ma méthode ; la nomination de Monsieur Lionel Zinsou aux fonctions de Premier ministre par Monsieur Thomas Boni Yayi déverse, autant dans le landernau béninois qu’extra muros, des propos qui feraient perdre de vue les vrais problèmes si on répondait du tac au tac ; avant d’aller un peu plus loin, je livre ci-dessous ma dénonciation afférente au terme « politique étranger », après m’être demandé si on est un étranger dans le pays de son grand-père et de son père où l’on a créé une Fondation culturelle qui y fait affluer les touristes du monde entier.

Garrigues-Ste-Eulalie, 24/06/15

« Homme à ne pas baisser les bras, nul n'ignore ma position face à Monsieur Thomas Boni Yayi et sa politique; c'est dire, d'entrée, que j'aurai aussi mon mot à dire à propos de la nomination de Lionel Zinsou que je ne connais pas personnellement ; j'ai connu son grand-père qu'on appelait "Maître Zinsou Bodé", je connais son oncle, l'ex-président Emile Derlin Zinsou ; quant à son père, René Zinsou, nous sommes de la même génération et avons des occasions de nous téléphoner. Quiconque en déduirait vite en subodorant quoi que ce soit aurait de la merde dans les yeux.

« Ce qui m'a choqué, profondément attristé dans ce long article, c'est son racisme: Nègre, père de métis, grand-père et arrière-grand-père de sangs mêlés (français, allemands, arabes), « grand tonton » de Quenum juifs qui ne s’expriment ni en français, ni aucune langue du pays de leur père, je sais depuis des lustres de quoi souffrent ces descendants d’Africains quand on les traite d’étrangers : même quand le terme est nuancé par une épithète, le rejet fait mal.»

Olympe BHÊLY-QUENUM.

*

Coup dur pour les candidats potentiels à la présidence de la République, ou pire - coutumier du fait – un poignard brutalement enfoncé dans leur dos ? Quel que soit l’objectif de l’auteur, ni les thuriféraires à sa solde, ni les caciques prébendés ne murmureront pas un tollé parce qu’il aura fait d’un « étranger » le Premier ministre de son ultime gouvernement. Artisan des faillites : culture, économie, politique, le social,etc., qui ont mis le Bénin à plat ventre sur un parterre de détritus, Monsieur Thomas Boni Yayi pouvait-il faire autrement que de recourir à plus compétent que lui? Ce faisant, il souligne fortement ses lacunes dont une des preuves est son incapacité à diriger le pays. Dans Protagoras, Platon rapporte que Socrate, ironisant, félicite les Athéniens qui savent de leurs sciences de constructeurs de navires et d’édifices, parce qu’ils avaient appris leurs métiers; mais ces excellents techniciens pensaient pouvoir administrer et diriger la Cité sans avoir été formés à cet art.

On est de plain pied au cœur de la politique de l’échec ; le gouvernement de la Cité est un art, le Grand Art dont les normes avaient été prescrites avant Machiavel. Le locataire de la Marina n’avait jamais exercé de mandat électif avant son élection légale de 2006 ; avoir été un bon banquier n’est pas une consécration pour administrer un pays ; vouloir pallier l’incompétence par l’achat des consciences et les prébendes génère la faillite. On rétorquera : « le nouveau Premier ministre n’a jamais eu de mandat électif en France où il est né et réside ».

Qu’à cela ne tienne ! Son intelligence, ses formations, ses compétences d’économiste, ses incontestables activités dans des cabinets ministériels font de lui quelqu’un d’autre que celui qui l’a créé Premier ministre. Homme nouveau? Pour le Béninois lambda, certes ; mais pas pour celui dont il a été le conseiller économique. C’est justement parce qu’il le connaît que, sans détour, il a manifesté sa volonté de ne pas le laisser gouverner ; aussi l’a-t-il encerclé par ses hommes qui paralyseront les décisions du nouveau venu. «Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis. Plus d’honnête homme, plus d’un seul.»[1] ; c’est la phrase qui m’est revenue quand je regardais leurs photos ; et aussitôt surgit le souvenir de ce qu’à Aziouto[2] nous racontaient les pêcheurs du lac Ahémé: « quand un crocodile ou un caïman essaye d’avaler un sósóglwë[3], le poisson se laisse faire mais dans le ventre de l’alligator, il déploie ses tranchantes nageoires, le tue et reprend sa liberté. » Les affidés imposés au Premier ministre ressemblent à un ban de sósóglwës.

Nancy Cunard écrivit dans NEGRO An Anthology[4] : « kindom of Dahomey, a big and rich state with a considerable army, constitutionally very complex and governed by kings whom European legend considers as ogres, but whom were often excellent rulers. » Je ne commente pas cette assertion de la fille de Sir Bache Cunnard, célèbre en tant que maîtresse de plus d’un Negro; mais il reste à savoir si corruptions, détournements de fonds publics, enrichissements illicites sont les corollaires de l’excellence des dirigeants du Bénin actuel, et si l’ancestrale cruauté serait atavique ; en l’occurrence, je me demande si le fils du Professeur René Zinsou est suffisamment au fait de l’Afrique des profondeurs ainsi que de l’intervention des Forces obscures [5] dans la vie politique du Dahomey, voire du Bénin, quand le challenge devient adversité et que l’adversité se vêt d’un attirail de haine. Malgré ses problèmes de santé, l’ex- président Emile Derlin Zinsou devrait briefer son neveu qui,-pourquoi pas ?- pourrait approcher l’ex-président Nicéphore Dieudonné Soglo.

L’analyse du culturel, de l’économique et du social souligne fortement que Monsieur Thomas Boni Yayi a transformé le pays qu’Emmanuel Mounier, philosophe personnaliste, avait qualifié de «Quartier Latin de l’Afrique occidentale française » en une tombe béante qu’il ne peut pas côtoyer et évite même. Candidat potentiel à l’élection présidentielle de février 2016, le Premier ministre campé au pied de cette tombe fait partie du clan présidentiel minoritaire à l’Assemblée nationale; n’étant pas un mannequin dans une vitrine, personne ne comprendrait que la personnalité qu’est Monsieur Lionel Zinsou ait pu accepter d’être le Premier ministre d’un failli, seulement pour redresser la situation économique du Bénin.

Allons droit au but : en 2016, le candidat Lionel Zinsou aura à affronter des personnalités solidement ancrées dans le tuf tant anthropologique que géopolitique, culturel, social et populaire de ce pays; candidats éventuels ou probables, ils sont légion , Patrice Talon semble le plus solide ; la preuve, Lettre du continent n°708 rapporte : « Lors de son entretien avec François Hollande, le 9 juin à l’Elysée, Thomas Boni Yayi a abordé le cas de l’ex-magnat du coton béninois Patrice Talon réfugié en France depuis près de trois ans. Il a informé son homologue français des rumeurs récurrentes évoquant une possible candidature de l’homme d’affaires à l’élection présidentielle du 28 février 2016. Le chef de l’Etat béninois s’est ainsi montré très intéressé de savoir quelle serait la position de Paris dans une telle hypothèse. »

Démarche de barbon ou d’un décolonisé en son âme et conscience incapable de s’émanciper de ses anciens Maîtres ? Je suis profondément triste. Jusqu’à quand l’Afrique francophone désormais constituée d’Etats souverains continuera-t-elle de justifier l’humiliation et l’insulte de Hegel, qui, sans avoir mis le pied sur le continent africain, écrivit doctement : « […] il faut considérer l’Afrique comme une nation d’enfants qui ne sait pas prendre… »?

À moins qu’il ne veuille être traité de néo-colonialiste, faiseur de rois nègres alors qu’il a tant à faire en France, j’espère qu’in petto François Hollande a dû sourire de l’infantilisme de l’homme qui s’est acagnardé au pouvoir par une forfaiture car, bien mieux que le failli national béninois, le chef de l’Etat français connaît Lionel Zinsou et pourrait estimer légitime qu’il serve davantage le pays de son ascendance africaine aux abois ; bien sûr, il lui appartient soupeser ses chances face à Patrice Talon sans négliger Patrick Irénée Koupaki.

Je ne serais pas surpris si cette phrase faisait conclure : « c’est clair, Olympe Bhêly-Quenum votera et fera voter Lionel Zinsou.»

Homme d’une seule parole, je joue toujours cartes sur table, quitte à y perdre ; aussi ai-je déjà écrit à l’un de ceux qui désirent mon soutien : « […] je ne soutiendrai aucun candidat, n’appellerai à voter pour aucun dont le programme ne comportera pas de données culturelles convaincantes, parce que c’est aussi de carences culturelles que souffre notre pays et je ne vais pas y collaborer. »

Intellectuel pragmatique, l’analyse de la situation politique de ma terre natale d’où je ne me suis jamais senti déraciné me convainc que ce n’est pas pour se faire pardonner l’assassinat de « Hommes debout » qui a motivé la riposte du communiqué de presse ci-dessous que le régent de la forfaiture a nommé Lionel Zinsou Premier ministre ; à l’évidence, eu égard à ses compétences de banquier d’affaires, à ses atouts économiques, culturels, financiers, à sa renommée internationale, etc., le Franco- Béninois propriétaire de la Fondation Zinsou n’a point besoin de mécène, ni d’être chaperonné s’il désire être candidat à l’élection présidentielle de 2016.

Les «Hommes debout», à terre

« Hommes debout ». L’œuvre a été détruite par un bulldozer, le mardi 15 janvier 2013, à 11h30, sur instruction du Ministre de la Culture de la République du Bénin.

Cette œuvre monumentale a été conçue par l’artiste d’origine sud africaine, Bruce Clarke, et érigée sur la route des esclaves à Ouidah, à proximité de la Porte du Non Retour, mi décembre. Elle a été financée et produite par la Fondation Zinsou.

Réalisée avec la participation de jeunes plasticiens béninois, à la suite du workshop avec l’artiste, les « Hommes Debout » était la première œuvre d’une série dont la prochaine est en cours de réalisation à Kigali au Rwanda.

Le 16 octobre 2012, la Mairie de Ouidah et son conseil communal, qui avaient été sollicités pour aider la Fondation Zinsou à trouver un emplacement pour l’œuvre, ont choisi la Porte du Non Retour, afin de « bénéficier de la mise en valeur culturelle et touristique » que représentait ce projet.

Le 16 novembre 2012, le projet des « Hommes debout » avait obtenu le label « Projet soutenu par la Route de l’esclave » de l’UNESCO car « il était dans le droit fil du projet La Route de l’esclave : résistance, liberté, héritage qui a pour objectif de promouvoir le devoir de mémoire et de faire mieux connaître la résistance contre la barbarie et la déshumanisation menée sur les millions d’africains arrachés par la violence à leur terre et réduits en esclavage »[6]

*

Dans la masse des articles tous azimuts consacrée à la gabegie inimaginable qu’est le Bénin, fief des corruptions, des assassinats impunis et de sicaires protégés par le Pouvoir en place, il faudrait lire ou relire REGRESSION PRÉJUDICIABLE, par R P Codjo Benoît Alphonse Quenum, mais aussi COURRIER DU PERE André Saturnin Quenum, avant de se poser une seule question : que va faire Monsieur Lionel Zinsou dans ce marigot où la présentation des autres « personnalités » ressemble à un ban de sósóglwë ?

Si sa nomination est un stratagème pour barrer la route à Patrice Talon, la méprise est lourde à un moment où il est du devoir de tous les Béninois de débarrasser notre pays de celui qui l’a ruiné, humilié en a fait une honte internationale. Si le Premier ministre se déclare candidat à la présidentielle, il y aura de courageuses sollicitations d’alliance, mais aussi des démarches de Xonton kan do go mè[7], des rampements visqueux de ver de terre. Je le répète : ce à quoi je ferai scrupuleusement attention dans la profession de foi de tout candidat, c’est : quid de la culture, de la scolarisation des jeunes, de leur initiation à la lecture en français et en une ou deux langues flexibles du pays natal ? Tandis que des millions de dollars des Pays Bas destinés à l’eau potable ont été détournés, il y a au Bénin des gamins scolarisés qui ne prennent pas un repas par jour ; j’en ai été informé ; contact a été pis avec Graines d’espérance Bénin et ça avance concrètement.

Quid de la santé aussi puisque bien des fois, du CHU tout malade aboutit à la morgue ? Quid de la protection sociale, de la lutte contre la délinquance, la corruption même dans les arcanes de l’État ? De la criminalité, de la liberté d’information et d’expression ? S’il n’y a rien de clair, de précis, de convaincant : HEELÚ![8]

À bon entendeur, salut.

Olympe BHÊLY-QUENUM..

[1] Psaume 14.

[2] Ferme de mon père sur les rives du lac Ahémé.

[3] Synodontis multipunctata.

[4] Continuum. New York. London (Edition princeps 1934)

[5] Lire : Le Pacte de Sang au Dahomey (édits : Institut d’Ethnologie, Paris 1937) ; mais aussi : L’Initié (nouvelle édition : édits Présence Africaine, Paris, 2003 )

[6] Information lue sur Google.

[7] Xonton kan do go mè : dicton béninois pour désigner un ami prêt à trahir.

[8] Heelú : cri de malédiction au Bénin ; c’est aussi une exclamation.

BENIN : LIONEL ZINSOU PREMIER MINISTRE DU GOUVERNEMENT D’UN FAILLI. Par le Doyen Olympe BHÊLY-QUENUM
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