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30 juin 2015 par Survie

François Hollande sera en tournée au Bénin, en Angola puis au Cameroun du 1er au 3 juillet prochains. Ce voyage fait ressortir les constances et les éléments de recomposition de la Françafrique sous François Hollande. Au menu : promotion des intérêts économiques français et soutien aux dictatures les plus caricaturales au nom de la lutte contre le terrorisme, au mépris de la démocratie et des droits humains, pourtant mis en avant dans les discours. Survie dénonce une tournée au service de l’influence et des intérêts économiques.

Le Président français se rendra pour la première fois au Bénin. Il a sans doute l’intention d’y présenter comme modèle de démocratie le Président Boni Yayi qui, sous pressions internes et externes à la suite de la chute de Blaise Compaoré en octobre dernier, a abandonné le projet de modification de la Constitution qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat. Le pouvoir béninois est impliqué dans de nombreuses affaires de corruption et fait l’objet d’une contestation sociale et politique importante. Perçu comme un potentiel successeur de Boni Yayi, Lionel Zinsou, est un intime des réseaux français [1]. Ce proche de Laurent Fabius, président de la fondation Africafrance [2], a été nommé Premier ministre du Bénin, 8 jours après la visite du Président béninois à l’Élysée. En outre, le "paravent démocratique" béninois cache mal la compromission avec les dictatures qui marque le reste de la tournée.

Au lendemain de l’annonce du décès de Charles Pasqua, une des figures clés de l’"Angolagate", le déplacement de François Hollande à Luanda, où il sera accueilli par le président Dos Santos, parait marquer une triste continuité de pratiques. Après des décennies d’agissements des réseaux mitterrandiens et gaullistes en pleine guerre civile dans cette terre de convoitise pour les entreprises françaises, Hollande s’inscrit dans la lignée de Nicolas Sarkozy, qui s’était rendu en Angola en 2008 et en avait fait une cible de première ordre pour le business français en Afrique.

Ensuite, François Hollande, même s’il s’en défend, prendra le risque de contribuer à redorer le blason d’un ténor de la Françafrique, Paul Biya, sous couvert de la menace de Boko Haram au nord du Cameroun et du déploiement militaire contre le mouvement armé. L’image du régime au pouvoir au Cameroun depuis bientôt 33 ans est certes gênante pour la diplomatie française. Mais malgré quelques messages de façade sur l’attachement de la France à la démocratie et aux droits humains, l’objet du déplacement est avant tout d’assurer au Cameroun le soutien de l’armée française et de faire taire les rumeurs de complot français contre les autorités d’un pays où les intérêts économiques tricolores sont importants (Bolloré, Orange, Castel, etc.).

Cette tournée officielle constitue un point de non-retour pour celui qui annonçait lors de sa campagne la fin de la Francafrique, mais n’a eu de cesse depuis de s’afficher avec ses principaux acteurs politiques. Un an après son déplacement à N’Djamena auprès d’Idriss Déby, François Hollande affiche à nouveau ses liens avec les régimes infréquentables de Dos Santos et de Paul Biya, déjà reçus avec tous les honneurs à l’Elysée sous son mandat. A travers ces visites, la diplomatie française ne cache pas son cynisme : au nom des intérêts de la France, la "diplomatie économique" et la "diplomatie militaire" ont une fois de plus pris le pas sur une diplomatie affichant péniblement et avec de moins en moins de crédibilité la défense des droits humains.

Même si la dimension affairiste et sulfureuse est moins présente dans les relations franco-africaines que dans le passé, François Hollande, dans la lignée de la Françafrique décomplexée de Nicolas Sarkozy, semble avoir renoncé à se démarquer des années Mitterrand, Chirac et Pasqua.

[1] Voir http://www.lopinion.fr/22-juin-2015...

[2] Cette fondation a été créée dans le prolongement du célèbre "rapport Védrine" dont Zinsou était un des co-auteurs, est déjà éclaboussée par le projet qu’elle a soutenu au Congo-Brazzaville pour le plus grand bonheur des fils d’un ministre. Lire http://survie.org/billets-d-afrique... et http://www.mediapart.fr/journal/int...

Source : http://survie.org/francafrique/article/tournee-africaine-de-hollande-4972

Politique

Lionel Zinsou, l’ancienne plume de Fabius se rapproche de la présidence béninoise

Le président Boni Yayi a nommé jeudi soir l'homme d'affaires franco-béninois comme chef du gouvernement

Publié le lundi 22 juin à 09h46

Par Pascal Airault

Omniprésent dans les médias et les grand’messes françaises sur l’Afrique, l’homme n’en demeure pas moins très secret. Son retour sur la scène politique béninoise, à huit mois de la présidentielle, n’a pas fini de faire couler de l’encre. Pour beaucoup, la nomination de Lionel Zinsou, le 18 juin dans la soirée au poste (non prévu par la constitution) de Premier ministre est un marche pied pour la présidence. « Un tel gouvernement qui viole la Constitution sera comme les autres et ne brassera que du vent. En l’absence de cadre juridique portant sur les attributs de la fonction de Premier ministre, il est clair que ce dernier n’est nommé que pour le titre», a confié à Jeune Afrique Victor Topanou, président du Front uni pour la république (FUR, opposition).

La préparation du remaniement ministériel s’est faite dans la plus grande discrétion. Faut-il y voir une œuvre franco-béninoise ? Rien ne l’assure. Mais la presse béninoise affirme que le président Boni Yayi, reçu à l’Elysée par François Hollande, le 9 juin, aurait alors confié à son homologue qu’il comptait faire de Lionel Zinsou son «dauphin».

Descendu dans un grand hôtel parisien proche du «château», le chef de l’Etat béninois a longuement reçu Lionel Zinsou et Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, lors de son séjour à Paris. Cette nomination intervient aussi en plein bras de fer entre Boni Yayi et Patrice Talon, très riche homme d’affaires béninois poursuivi par le pouvoir, et qui menace de se présenter à la présidentielle. Le Bénin avait demandé l’extradition de ce patron qui a financé la première campagne de Boni Yayi avant d'abandonner les poursuites. Il vit actuellement en exil en France.

Depuis deux ans, Paris a fait passer plusieurs messages au président béninois pour qu’il ne soit pas tenté, lui aussi, par une modification constitutionnelle qui lui permettrait de rester au pouvoir. Les bailleurs de fonds ont débloqué en 2014 à Paris une enveloppe conséquente pour permettre au chef de l'Etat d’achever son mandat avec quelques réalisations. Le 2 juillet, François Hollande fera escale à Cotonou lors de sa prochaine tournée africaine.

Né le 23 octobre 1954 à Paris, d’une mère franco-suisse, infirmière des hôpitaux de Paris, et d’un père béninois, médecin, Lionel Zinsou a passé le plus clair de sa vie en France même s’il se rend régulièrement au Bénin. Passé par le lycée Louis Le Grand, il est diplômé de l'École Normale Supérieure (1975) avant de débuter sa carrière professionnelle comme maître de conférences et professeur d'économie à l'Université de Paris. Il a ensuite été conseiller du ministre de l'Industrie puis du Premier Ministre, Laurent Fabius, dont il a notamment rédigé les discours. On lui doit Le Fer de lance, un essai sur les nationalisations industrielles, préfacé par Fabius. En 1986, il est entré chez Danone, où il a occupé divers postes puis rejoint la banque Rothschild en 1997 comme associé-gérant. Depuis 2008, il présidait le fonds d'investissement PAI Partners qu’il avait prévu de quitter… en 2016.

Dans les prochaines semaines, Zinsou devra dévoiler ses réelles intentions. Dès que la session budgétaire sera passée devant le Parlement, le pouvoir et l’opposition devront s’atteler à la préparation de la présidentielle prévue pour février prochain. «S’il est candidat, il y aura des recompositions politiques, confie un opposant béninois qui souhaite garder l’anonymat. Sa nomination fait grincer des dents dans les rangs du pouvoir où plusieurs proches du chef de l’Etat cherchent à se faire adouber pour la présidentielle. Parmi eux, Pascal Koupaki, ex Premier ministre de Boni Yayi en 2011 [le chef de l'Etat avait déjà tenté l'expérience non constitutionnelle d'un chef de gouvernement]».

Mais, la plus grande inquiétude des opposants est relative au rôle que pourrait jouer l’Elysée et le Quai d’Orsay pour appuyer Zinsou. Depuis l’élection de François Hollande, le socialiste Ibrahim Boubacar Keita a pris le pouvoir au Mali, Martin Ziguelé, ancien Premier ministre, s’y prépare en Centrafrique. Le Congrès du Parti socialiste, les 6-7 juin à Poitiers a vu défiler nombre de prétendants comme Rock Kaboré et Zephirin Diabré, deux candidats burkinabé qui ont de grandes chances de l’emporter, selon Paris. A l’Elysée, on assure toutefois que le temps de la Françafrique est bel et bien est révolu.

Source : http://www.lopinion.fr/22-juin-2015/lionel-zinsou-l-ancienne-plume-fabius-se-rapproche-presidence-beninoise-25465

BENIN - Tournée africaine de Hollande : diplomatie, business et dictatures
Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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