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BENIN - INÉDIT : La lettre ouverte du frère du père de la Constitution béninoise à YABO !!!

Elle me paraît être toujours d'actualité et vaut mise en garde pour le Président Patrice TALON afin que le Nouveau Départ ne connaisse pas les mêmes travers que le changement et la refondation de sinistre mémoire !!!

En effet, les mêmes qui ont fait échouer hier ces fumeux concepts rôdent toujours et sont prêts à troquer leurs costumes hideux pour les habits neufs de la RUPTURE !!!

Vigilance et Attention donc !!!

IB

29 mars 2006

BENIN : LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT BONI YAYI



Président de la République du Bénin, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement

Par Adrien Ahanhanzo Glèlè

Ingénieur Agronome

Président de Transparency International Bénin

Mars 2006

« Sois pareil au promontoire que les flots battent sans répit :

Il tient bon, et autour de lui, s’épuise la fureur des vagues. »

Cicéron.

Monsieur le Président de la République,

Toutes les femmes et tous les hommes qui aiment profondément le Bénin, aiment et apprécient la révolution tranquille du peuple béninois qui vient de vous porter à la magistrature suprême. Lui seul et personne d’autre. Avec le concours du Dieu de tous les croyants.

Les attentes sont tellement énormes et tellement nombreuses, les urgences et les impatiences telles, qu’à vrai dire, il faut que le Bon Dieu lui-même descende du ciel pour vous accompagner de toute sa présence et de toute sa puissance. Et de la lumière, du discernement et de la sagesse de son Esprit-Saint. En vérité, tout est pire encore aujourd’hui qu’au matin du 1er Mars 1990, au départ de cette première Transition qui ouvrait les portes de la Nouvelle République. Depuis lors, il

nous a manqué l’essentiel : les Hommes. Nous voici au matin d’un nouveau départ : s’il n’est pas induit par une conférence Nationale des Forces Vives, il est néanmoins voulu, désiré, imposé par un peuple que nous avons souvent méprisé, exploité, piétiné, spolié, et qui a décidé de nous donner la leçon... Il a mis fin au système des choses, et vous symbolisez dorénavant sa nouvelle Espérance...

Vous n’avez pas le droit de le décevoir.

Vous n’aurez aucune excuse, de le décevoir.

Vous voici désormais SEUL, face à votre Destin : vous en ferez ce qu’il vous plaira d’en faire, parole de frère et d’ami.

Mais en vérité, vous ne serez jamais seul, pour peu que vous veuilliez bien « lever le nez du creux de votre ego » – [veuillez excuser l’impertinence ] – et de vous désencombrer de tous ces dévoreurs du peuple qui ont contraint nos malheureuses populations essoufflées à vouloir du changement à tous prix, mais pas à n’importe quel prix, pour rassembler, mobiliser et activer toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté qui rayonnent les quatre coins du Bénin : vous en avez la compétence et l’expérience, le management d’une Institution comme celle que vous présidiez encore il n’y a pas si longtemps que cela, vous y a longuement préparé. Il vous suffit ici du courage et de l’audace : il vous suffit de gouverner !... Des techniques modernes de gestion que vous maîtrisez parfaitement sont à votre disposition pour choisir les femmes et les hommes de bien qui vont vous accompagner dans une mission titanesque de développement.

Les Béninois ne vous demandent pas des miracles. Ils n’attendent pas de vous ce que vous n’avez pas. Mais ils veulent, avec vous, à votre suite et à votre exemple, entreprendre la longue marche qui les conduise à réaliser les vieux rêves de développement auxquels ils ont droit, en mettant en œuvre toutes nos ressources humaines, naturelles, spirituelles, éthiques.

Parce que le Bénin n’est pas pauvre, mais il a été appauvri : par une classe politique et une intelligentsia sans âme et sans conscience, et une coopération internationale incohérente et inutilement dispendieuse.

Vous n’avez pas d’amis. Le Chef n’a pas d’amis, le chef n’a des dettes de reconnaissance envers personne ! Ce sont les classiques de nos cultures et civilisations auxquelles l’on vous sait rompu. Mais il peut arriver que vous les oubliiez, vous ne serez pas le premier : comme en toutes ces circonstances, les faits et l’histoire auront vite fait de vous le rappeler... La révolution béninoise marxiste-léniniste n’est pas morte du fait des antirévolutionnaires, et le régime de Mathieu Kérékou n’est pas devenu un anti-modèle inopérant et contre-productif à cause des anti-Kérékou !... Les crises de la SONAPRA, du GSM, de la SONACOP, pour ne citer que celles-là, ce n’est pas le fait des ennemis de Mathieu Kérékou !...

Il faut également avoir le courage d’intégrer les vérités de vos adversaires. Votre adversaire du second tour, Maître Adrien HOUNGBÉDJI, a fait une déclaration après avoir déposé son bulletin dans l’urne le dimanche 19 Mars, à propos du soutien qu’il n’aurait pas beaucoup reçu de la part de la classe politique :

« Regardez-les disait-il, tous ceux qui soutiennent en face, ce sont les mêmes qui ont tué l’économie nationale de notre pays depuis 15 ans. Qui peut changer qui ? Qui peut changer quoi ? »...

Le peuple béninois qui veut le changement et qui a voté massivement pour « l’intrus » que vous étiez dans une classe politique corrompue jusqu’à la moelle pense sûrement que Maître HOUNGBÉDJI a parfaitement raison, au moins sur ce point précis, et je le pense aussi avec lui. Pour beaucoup d’analystes politiques et pour beaucoup de patriotes, après le 1er tour, vous n’aviez besoin de rien négocier avec qui que ce soit, et même une campagne du 2ème tour paraissait inutile !

Nous avons lu l’insulte de ces prétentieux qui titraient à la une d’une feuille de chou que « l’Alliance Machin avait porté Yayi BONI au pouvoir »... Le peuple béninois seul vous a porté au pouvoir, ayant dit à chacun de ceux qui veulent se coller à vous comme des sangsues, ce qu’il en pensait depuis le 5 Mars !

Votre slogan de Campagne rencontrait profondément le désir intime des béninoises et des béninois : le Changement.

Que faut-il changer ?

Avec quels hommes faire le Changement ?

Les Béninoises et les Béninois qui ne vous connaissent pas, et qui cependant vous ont déjà élu depuis le 05 Mars, vous ont déjà dit également ce qu’ils pensaient de ces hommes qui vont vous encombrer, vous entraver, et entraver le Changement dont ils n’ont jamais été capables. Nous les avons tous vus à l’œuvre, et celui qui doit beaucoup se marer de tout ce cirque, c’est le Président Kérékou, qui les connaît parfaitement, et qui les connaît encore mieux que Maître Adrien HOUNGBÉDJI n’en parle...

Il ne s’agit pas de mépriser qui que ce soit, naturellement. Il est essentiel que votre leadership nous ramène sur le terrain de la Rationalité, de la Vérité, de la Compétence, de l’Intégrité. Le jeu des soutiens intéressés est dépassé, cela aussi est un des messages du 5 Mars, et rentre dans les préoccupations du Changement voulu, attendu, désiré.

Il nous faut revenir ensemble à la Conférence Nationale et à l’esprit qui s’en est dégagé, notamment à propos de la gestion du pouvoir. Nous avons choisi la Démocratie et le libéralisme. Parce que, en dépit des innombrables défauts inhérents à ces deux systèmes, ce sont encore les meilleurs au monde qui garantissent les libertés essentielles, la créativité, les initiatives porteuses de bonheur et le développement. Et comme tous nos malheurs sont toujours venus d’un Exécutif qui se prend pour le Bon Dieu, nous avons décidé de créer des Institutions de contre-pouvoir. Il est ESSENTIEL que les attributions de toutes ces Institutions restent séparées, que chacune joue honnêtement sa partition. Depuis 1991, l’Exécutif n’a pas cessé de chercher à « contrôler » les autres Institutions de la République, le Chef de l’Etat veut une Assemblée Nationale qui lui soit totalement acquise, une HAAC qui se taise quand le Pouvoir gère avec fantaisie les services publics de la communication, que la Cour Constitutionnelle puisse dire une chose aujourd’hui et une autre chose le surlendemain au gré de l’humeur du Chef de l’Etat [qui a trouvé conforme à la Constitution que la prestation de serment en 2001 fût décalée de deux jours, passant du 4 au 6 Avril... mais qui en 2006, malgré des raisons qui crèvent les yeux, s’est opposée à l’avis de la même Cour Constitutionnelle de reculer le 2ème tour de la Présidentielle de trois jours, sans que cela gène en rien aucun texte ! Mais le peuple a relevé le défi ! ].

Vous n’avez aucun besoin de chercher à contrôler les autres Institutions de la République. Au contraire, c’est en les respectant, en assurant leur totale autonomie de réflexions et d’actions, que vous les habituerez à travailler correctement, dans l’intérêt du même peuple que vous servez tous. Cela vous évitera aussi « des achats des députés pour faire passer » un texte mal conçu, mal ficelé, et cela évitera les humiliations que le peuple en a ressenties. Chaque Institution aura à cœur de produire un travail de qualité, et la Démocratie s’en trouvera renforcée. Les Institutions de la République sont devenues, à un moment donné, des « breloques de la République » qui ont perdu la confiance et la considération du peuple, ce qui n’a pas peu contribué à son ras-le-bol !

Le Président Mathieu Kérékou n’avait pas de parti politique, Charles de Gaulle non plus, et ils avaient raison. J’ai été de ceux qui ont préconisé la création d’un parti par le Président SOGLO qui n’en voulait pas, et j’ai contribué à la fondation de la Renaissance du Bénin, je le regrette. On a vite fait d’installer un clientélisme qui laisse de côté la crème et la fine fleur de la Nation, et on s’enferme dans les mêmes couloirs que le parti unique... Dans des pays comme les nôtres, il y a tellement de travail pour tout le monde, et le chômage est un gros scandale, parce que, avec le système des partis vont nécessairement les nominations politiques de gens médiocres et l’obligation d’alimenter les caisses des formations politiques. C’est l’une des causes du développement de la corruption. Finalement, le système des partis avec l’excès des formations politiques a tué le sens du parti et dévalorisé toutes les pratiques partisanes. Mais comment construire la Démocratie sans les partis politiques ? Une réflexion commune est à entamer sur le sujet : la Société Civile naissante et le peuple mûri par tant de misères ont imposé leurs volontés dans tout ce long processus électoral qui restera un moment historique de notre politique nationale.

On cherche en vain l’animation de la vie politique nationale par les partis, on a recherché en vain le poids et le concours des partis lors des scandales successifs de la SONAPRA, de la SONACOP, des GSM, de l’Affaire TITAN... L’Assemblée Nationale a montré son impuissance pour ne pas dire son refus « d’embarrasser » le Chef de l’Exécutif. On a tourné en rond. Les gens honnêtes ont du mal à travailler honnêtement, les délinquants défient tout le monde par leur arrogance et leurs marches de gens repus et intouchables. Et beaucoup d’entre eux ont aujourd’hui le culot de vous entourer, de vous encombrer et de faire chorus à la volonté populaire de changement.

QUI CHANGE QUI ?

QUI CHANGE QUOI ?

Tout cela que je vous dis n’est pas nouveau : il y a déjà un petit moment j’ai écrit les mêmes choses au Président Mathieu Kérékou à la faveur de l’honneur qu’il m’a fait de m’autoriser à lui dire, quand je le pourrais, tout ce qui n’allait pas... Mais prisonnier qu’il s’est fait d’un entourage mafieux et de gens à qui il croyait devoir quelque chose, il a continué de nommer à des postes de responsabilité ceux qui passeront le plus clair de leur temps à noircir les pages de l’histoire de son retour au pouvoir en 1996. Et aujourd’hui, il est seul pour ASSUMER devant le peuple et devant l’histoire. Il a oublié, j’espère que vous ne ferez pas la même erreur, que « la roche Tarpéienne est toujours très près du Capitole ».

Voilà, nous ne dirons pas tout aujourd’hui, nous serons à vos côtés pour vous dire les actions qui nous paraissent porteuses des changements et vous rappeler vos devoirs à l’égard du peuple... ainsi que vos promesses de campagnes, « ça va changer ». Nous ne vous priverons jamais de nos suggestions. C’est l’homme renouvelé, porté par la Foi, la Vision et l’Ambition, qui devra pouvoir accomplir les merveilles du Changement qu’attend le Peuple. Puisque nous sommes tous des croyants et que nous croyons que c’est Dieu qui a remis le Pouvoir qui lui appartient à un Néophyte de la Politique, ce même Dieu vous éclaire et vous fortifie de son Esprit-Saint sans lequel, nous ne pouvons rien faire !

N’ayez pas peur,

Il habite déjà votre solitude de chef !

BENIN : LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT BONI YAYI Par Adrien Ahanhanzo Glèlè
Tag(s) : #Politique Béninoise

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