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Point de vue

Par Bill Gates

LE MONDE Le 19.07.2016


La première fois que j’ai parlé avec Nelson Mandela, c’était en 1994. Il m’avait alors appelé pour me demander de contribuer au financement de la première élection multiraciale d’Afrique du Sud. On ne reçoit pas tous les jours un coup de fil de Nelson Mandela, alors ce souvenir est encore très présent. Je dirigeais Microsoft à l’époque et je passais la majeure partie de mon temps éveillé à penser aux logiciels. Cependant, j’admirais Nelson Mandela, je savais qu’il s’agissait d’élections historiques et j’ai fait ce que j’ai pu pour l’aider.
Je m’étais rendu en Afrique pour la première fois un an seulement auparavant : avec ma femme Melinda, nous étions partis en vacances en Afrique de l’Est. Bien sûr, nous savions que certains endroits du continent étaient très pauvres. Mais une fois sur place, ce qui n’était qu’une idée abstraite est devenu une injustice qu’il nous était impossible d’ignorer.

Face à des inégalités aussi criantes, nous avons commencé à nous demander comment nous pourrions utiliser nos propres moyens pour améliorer les choses. En quelques années, nous avons créé notre fondation. C’est lorsque j’ai commencé à venir régulièrement en Afrique pour cette fondation que j’ai fait la connaissance de Nelson Mandela en personne. Il était pour moi à la fois un conseiller et une source d’inspiration.

Besoins élémentaires

L’un des sujets sur lesquels Nelson Mandela est revenu sans cesse, toute sa vie, était le pouvoir de la jeunesse. Je suis d’accord avec lui, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis optimiste quant à l’avenir de l’Afrique. Démographiquement, ce continent est le plus jeune du monde, et sa jeunesse peut lui insuffler un dynamisme particulier.

Les économistes parlent du dividende démographique et du potentiel d’accélération de la croissance économique par la jeune population africaine. Pour moi, toutefois, le plus important concernant les jeunes réside dans leur mode de pensée. Les jeunes sont plus à même que les personnes âgées de susciter des innovations, parce qu’ils ne sont pas enfermés dans les limites du passé. J’avais 19 ans quand j’ai fondé Microsoft. Steve Jobs en avait 21 quand il a créé Apple. Mark Zuckerberg avait 19 ans quand il a inventé Facebook.

Je suis donc enthousiaste pour cette jeune génération d’entrepreneurs africains dont les start-up sont en plein essor dans les « Silicon Savannahs » de Johannesburg au Cap, en Pour en tirer de vrais dividendes, cependant, il faut que nous puissions multiplier ce talent d’innovation par autant de jeunes que compte la nouvelle génération africaine en pleine croissance. Pour y parvenir, tous les jeunes Africains doivent pouvoir être les artisans de leur prospérité.

Si nous investissons dans ce qui en vaut la peine – c’est-à-dire que nous faisons en sorte de répondre aux besoins élémentaires des jeunes gens d’Afrique –, alors ils pourront changer l’avenir, et la vie sur le continent s’améliorera plus rapidement que jamais.

Traitement simples d’emploi

De mon point de vue, l’avenir de l’Afrique dépendra de quatre paramètres : la santé et la nutrition, l’éducation, les opportunités économiques et une bonne gouvernance.

Lorsque les populations ne sont pas en bonne santé, elles ne peuvent s’intéresser à des sujets comme l’enseignement, le travail ou la fondation d’une famille. En revanche, quand l’état sanitaire progresse, la vie s’améliore à tous les niveaux.

Lire aussi : Le sida, première cause de mortalité en Afrique chez les 10-19 ans

Je suis particulièrement préoccupé par le VIH. Les plus jeunes Africains arrivent aujourd’hui à l’âge où ils sont le plus exposés au risque de ce contracter ce virus. Nous devons mieux exploiter les méthodes de prévention dont nous disposons aujourd’hui, tout en imaginant des solutions plus performantes, telles qu’un vaccin efficace ou des traitements simples d’emploi que les patients seront plus susceptibles d’observer avec régularité.

La nutrition constitue un autre axe critique pour l’Afrique. A cause de la malnutrition et des déficiences en micronutriments, des millions d’enfants africains sont privés de leur plein potentiel physique et intellectuel. Il existe heureusement des solutions d’un bon rapport qualité-prix, comme la promotion active de l’allaitement, l’ajout de vitamines et de minéraux importants à la composition des huiles de cuisine, du sucre et de la farine, et la sélection de certaines cultures de base pour maximiser leur qualité nutritionnelle. Nous devons nous assurer que les populations les plus exposées connaissent ces solutions, et qu’elles peuvent y avoir recours.

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Deuxièmement, nous avons besoin de nouveaux modes de pensée et de nouveaux outils capables de garantir que tous les enfants pourront recevoir un enseignement de grande qualité. Les technologies de l’éducation à partir des téléphones mobiles peuvent aider les élèves à acquérir des compétences fondamentales, mais aussi à bénéficier d’un retour et d’une aide plus efficace de la part de leurs professeurs, simplement en appuyant sur un bouton. Les pouvoirs publics doivent également investir dans des universités publiques de très haut niveau, à destination du plus grand nombre d’étudiants qualifiés, pour former la prochaine génération de scientifiques, d’entrepreneurs, d’enseignants et de chefs d’État.

Troisièmement, nous devons ouvrir des opportunités économiques pour canaliser l’énergie et les idées de la jeunesse africaine. Grâce au Programme pour le développement de l’agriculture africaine, les pays disposent d’un cadre qui leur permettra de passer des cultures de subsistance à une activité commerciale florissante. Les investissements doivent suivre, toutefois, pour que les jeunes Africains aient les moyens de développer l’agriculture prospère à laquelle ils aspirent.
L’Afrique a aussi besoin de davantage d’électricité pour accroître sa productivité. En Afrique de l’Est, en particulier, les pouvoirs publics devraient investir dès que possible dans les sources d’énergie hydroélectriques et géothermiques, qui sont à la fois fiables et renouvelables. La première priorité pour les gouvernements devrait consister à améliorer la gestion de leurs réseaux électriques, de manière à produire autant d’électricité que possible.

Gestion des finances publiques

Quatrièmement, les pays africains auraient tout intérêt à améliorer la gestion de leurs finances publiques. Les progrès de la technologie numérique représentent une solution possible pour améliorer les services de l’Etat.

Tout le monde sait à quel point les défis que doit relever l’Afrique sont importants et complexes, et le continent a déjà donné à maintes reprises la preuve de sa résilience et de son ingéniosité et il compte des millions de personnes, en particulier des jeunes, impatientes de se mettre au travail.

L’avenir dépendra de la coopération des différents peuples d’Afrique entre eux, afin de bâtir les fondations qui offriront aux jeunes Africains les opportunités qu’ils méritent. C’est l’avenir dont Nelson Mandela avait rêvé, et c’est celui que mérite la jeunesse d’Afrique.

Bill Gates, ancien PDG de Microsoft et coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates (partenaire du Monde Afrique) a prononcé une allocution dimanche 17 juillet à la quatorzième conférence annuelle sur Nelson Mandela à Pretoria, en Afrique du Sud. Ce texte en est une adaptation réalisée par son auteur.


Bill Gates

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/

Bill Gates : « Les jeunes Africains doivent pouvoir être les artisans de leur prospérité »
Tag(s) : #Politique Africaine

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