Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 10:39
15 février 2008 - Résolution des grands problèmes de la Nation : Boni Yayi n’est pas content de ses ministres

Le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi n’est pas content de ses ministres. Jusque-là, ils ne lui donnent pas encore satisfaction dans la gestion de certains dossiers très sensibles. Les mouvements de grève qui paralysent certains secteurs clés du pays lui ont d’ailleurs donné la preuve qu’il n’y a que lui, Boni Yayi pour dégeler des situations embarrassantes pour le pouvoir. Entre le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi et la plupart des membres de son gouvernement, ce n’est plus le parfait amour. Les coulisses de la rencontre que le Chef de l’Etat a eue il y a quelques jours avec le collectif des médecins praticiens hospitaliers qui ont déclenché un mouvement de grève sans service minimum ont révélé que les membres du gouvernement ne donnent plus satisfaction au président de la République. Le temps qu’il s’est donné pour ne plus intervenir directement dans les dossiers concernant tel ou tel autre département ministériel lui a suffi pour se rendre compte de ce que l’image de certains de ses ministres ne passe pas dans l’opinion. Le peuple affligé veut rencontrer directement le Chef et lui poser ses problèmes. Il ne veut plus écouter des ministres qui passent tout leur temps à dire qu’ils vont rendre compte à la Haute autorité. C’est le constat que les ministres ont eux-mêmes fait lors du périple gouvernemental qui les a conduit dans toutes les communes du Bénin dans le cadre de la croisade contre la vie chère. Ce périple n’a d’ailleurs rien donné si non qu’il a révélé que les beaux discours qui se tiennent sur le concept du changement est sans impact sur le quotidien des Béninois du Bénin profond. Cette situation est devenue très embarrassante pour le Chef de l’Etat qui a d’ailleurs décidé de prendre en charge les choses lui-même. Son intervention a été d’ailleurs capitale dans le dénouement de la crise qui secoue les hôpitaux publics du Bénin. Il a suffi d’une rencontre suivie de déclaration d’intention pour que les médecins praticiens hospitaliers suspendent leur mouvement de grève pour lequel le ministre Késsilé Challa a tenté en vain de ramener la balle à terre. Entre les promesses du Chef de l’Etat et celles de leur ministre de tutelle, les praticiens hospitaliers ont préféré celles du Chef de l’Etat. L’image présentée par le ministre Emmanuel Tiando la fois dernière devant les syndicalistes lors des négociations gouvernement/syndicats était burlesque. Ce ministre dont on connaît pourtant les talents n’a pas pu convaincre les syndicalistes à poursuivre les négociations. Ceux-ci lui ont claqué la porte. Et depuis, c’est le statu quo. Les syndicalistes ne veulent plus négocier avec une délégation gouvernementale qui va les abreuver de promesses sans lendemain. Ils veulent rencontrer le Chef du gouvernement dont les propos ont valeur d’engagement. Cette situation profite fort heureusement au Chef de l’Etat qui passe dans l’opinion comme quelqu’un qui détient la réponse à tout.

Les raisons de la perte de confiance

L’image que projette aujourd’hui la fonction ministérielle dans l’opinion est négative. En dehors du Chef de l’Etat qui porte une lourde responsabilité dans la démythification de la fonction ministérielle, il y a que la plupart des ministres du gouvernement ne se prennent pas eux-mêmes au sérieux. Dans leur grande majorité, ils ont peur d’être limogé. Et pour cette raison, ils évitent d’aller au charbon. D’où la formule classique, « nous allons rendre compte à la Haute autorité ». C’est malheureusement l’effet pervers de cette formule qui amène les populations à ne plus faire confiance aux ministres du gouvernement qui n’ont pratiquement aucun pouvoir de décision. Résultat, le Chef de l’Etat ne peut que mener le pays à sa guise. Dans tous les cas, il a beau jeu. Et si une telle situation n’est pas pour l’avancée du pays, il en tire lui les dividendes. Revoir la méthode

Faut-il jeter le tort aux ministres seuls ? Sans doute non, puisqu’ils ne sont pas tous des crétins. En réalité, ils sont victimes, les pauvres, d’un mode de gestion qui fait d’eux des ministres sans pouvoir. Alors que faut-il en attendre ? Rien. Sinon qu’à jeter le tablier avant qu’un matin le vent du limogeage ne les emporte parce qu’ils auront osé, pour la première fois peut-être, s’affirmer en prenant des décisions qui contrarient la Haute Autorité. La méthode de gestion du pouvoir sous Boni Yayi est, en dépit de la volonté déclarée de la rendre concertée, dirigiste. C’est plutôt elle qui est en cause. Et c’est elle qui est à revoir.

E.B

Par illassa.benoit - Publié dans : Politique Béninoise
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 10:18
Lancement du livre « Bénin : une démocratie prisonnière de la corruption »:Les vérités sur des scandales financiers jamais élucidés 

15 février 2008

« Bénin : une démocratie prisonnière de la corruption est un livre, produit des efforts d’investigation de deux journalistes en les personnes de Wilfrid Adoun et François Awoudo. Cet ouvrage de 386 pages a été lancé le jeudi 14 février 2008 au Conseil national des chargeurs du Bénin en présence du représentant de la Friedrich Ebert Stiftung, de nombreux journalistes et d’acteurs de la société civile.

Ce livre selon tous les intervenants, est la preuve du courage des deux journalistes qui ont eu le mérite de mettre à nu certaines vérités jamais élucidées sur les dossiers tels que l’affaire Sonacop, le dossier Bank of Africa, l’affaire Titan. C’est ce qui à faire dire à maître Joseph Djogbénou que, le journaliste d’investigation est le révélateur des putréfactions de la société. En effet, les auteurs au terme de minutieuses investigations, ont fait remonter les dessous sordides de ces malversations qui n’ont fait qu’enfoncer le Bénin dans les entrailles de la pauvreté et du sous developpement. Le livre démontre également combien la succession de scandales non élucidés a fini par développer dans l’opinion, une banalisation parfaite de l’impunité. C’est selon les auteurs, l’une des menaces qui pèsent sur la démocratie béninoise. Dans le première partie de ce livre, les deux journalistes dressent une radioscopie de la corruption, avant d’en montrer les faits et chiffres dans la seconde partie. Quant à la troisième partie, elle est consacrée à la tyrannie de l’impunité. La dernière partie de Bénin : une démocratie prisonnière de la corruption, est intitulée « la démocrassouille » ; Un terme dont la définition se comprend après la lecture de l’œuvre. Une œuvre qu’on su apprécier à leur juste valeur les différentes personnes invitées à la cérémonie de lancement. Il faut rappeler que la publication de ce livre a été rendue possible grâce à la collaboration de la fondation Friedrich Ebert. Son représentant résident, Jan Nikla Engels s’est réjoui de l’élévation morale dont les auteurs ont fait preuve dans leur ouvrage. Il est revenu sur le caractère troublant des révélations faites dans le livre, avant de préciser que, loin d’avoir commandité ce travail, la Friedrich Ebert Stiftung a accepté de financer la réalisation de l’œuvre parce qu’elle porte sur la place publique, les questions de corruption qui bien que connues de tous restent dans l’antichambre d’un nombre restreint d’organisations. Il a par conséquent invité tous les Béninois à se l’approprier car il s’agit d’un devoir d’histoire.

Christian Etèkpo

Par illassa.benoit - Publié dans : Le matinal
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 09:53

CHRONIQUE DU JOUR
Le cadeau Bush

15 février 2008

par Sulpice O. Gbaguidi

L’évènement à la mi-février est indubitablement la visite au Bénin du président américain George W Bush. Le chef de la super puissance mondiale devrait fouler demain samedi le sol national. Ainsi, dans la veine de l’inédit, le patron de la maison blanche viendra partager avec nous les vertus américaines. God Bless America. Que la bénédiction divine dont jouissent les héritiers de George Washington et de Thomas Jefferson descende sur la nation qui chante l’Aube Nouvelle.

Selon le communiqué du ministère des affaires étrangères, "cette visite s’inscrit dans le cadre d’une tournée africaine qui conduira le président américain au Bénin, en Tanzanie, au Rwanda, au Ghana et au Liberia". L’histoire nous enseigne que la dernière tournée africaine de George W. Bush remonte à juillet 2003. Et il s’était alors rendu au Sénégal, en Afrique du sud, au Botswana, en Ouganda et au Nigeria. C’est sans doute un privilège et un honneur d’accueillir un président américain. Jamais depuis l’indépendance en 1960, aucun chef de l’Exécutif américain en exercice n’est descendu à l’aéroport de Cotonou. De John Kennedy (au pouvoir en 1960) à Clinton en passant par Lyndon Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan et Bush père. Le palmarès du Bénin est vierge et famélique. L’arrivée de Bush Junior a donc rendez-vous avec l’histoire. Même si la visite du chef de la maison blanche ne se réduira qu’à une escale de 3 heures environ à l’aéroport de Cotonou, il respirera l’air frais du changement. Sur la voie de l’émergence, le Bénin se laissera volontiers à une contagion économique. Boni Yayi devrait s’abreuver des conseils de l’homme le plus puissant du monde. Le président peut se targuer d’avoir éliminé le poids cruel de l’histoire en attirant le chef de la première armée de la planète au Bénin. Bush Junior ne pouvait résister aux efforts de consolidation de la démocratie et du développement économique et social dans notre pays. Cette visite, victoire diplomatique de l’équipage Yayi, apparaît comme une prime à la démocratie et un baromètre pour le régime du changement. Ce succès personnel de Boni Yayi éclipse à l’excès la rébellion sociale et soigne un système en butte à une fronde massive.

La diplomatie transformatrice inventée par Bush pour encourager la démocratie s’était déjà illustrée par la création en 2004 du compte du millénaire géré par la société du millénaire un organisme fédéral. Sous le régime Kérékou, le Bénin avait déjà signé l’accord du Millenium challenge account (Mca). Des méthodes novatrices pour l’octroi de l’aide américaine font du Bénin un partenaire privilégié des Etats-Unis en raison de la lutte pour la bonne gouvernance développée sous Boni Yayi. La croisade contre la corruption est de nature à rassurer les américains et encourager les investisseurs. Le passage de Bush sur le sol Béninois va à coup sûr servir de levier à un rayonnement de la coopération bilatérale entre Washington et Cotonou.

Mais il n’est pas exclu que le chef de la superpuissance militaire aborde avec Boni Yayi le sujet d’Africom, le centre de commandement militaire américain proposé pour le continent africain. Le United States Africa Command montre l’importance croissante de l’Afrique dans la géopolitique des Etats-Unis. Le périple au Bénin, en Tanzanie, au Rwanda, au Ghana et au Liberia pourrait être mué en une opportunité rêvée pour Bush, d’étaler Africom dans les échanges. Depuis Truman, l’Amérique a d’emblée affiché sa vocation de diriger le Monde libre et sauvegardé "les valeurs de la démocratie et de la liberté"

Cette visite du locataire du bureau ovale, au Bénin, peut contribuer à vendre l’image du pays. Les 1000 milliards arrachés au mécanisme africain pour l’évaluation par les paires n’étaient donc pas volés. La démocratie va continuer à libérer ses dividendes. Bush ouvre certainement le ballet des hommes les puissants du monde à Cotonou.

Sulpice O. Gbaguidi

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Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 19:18

CONFEDERATION SYNDICALE DES TRAVAILLEURS DU BENIN

(C.S.T.B)

03 BP : 932 Cotonou Tél. 213078 57 /202235 52/97981148/90 94 83 93 Fax : 21307849.

 

R E C O N D U I T E

MOTION DE GREVE

A

MONSIEUR LE MINISTRE

DU TRAVAIL ET DE LA FONCTION PUBLIQUE

 

Considérant que les Nouveaux Programmes d’Etudes constituent un assassinat de l’esprit des apprenants et des cultures des peuples du Bénin ;

  • Considérant le rejet par la majorité des acteurs de l’éducation et de toute la population  de ces "Nouveaux Programmes d’Enseignement" et l’exigence de l’instruction dans nos langues maternelles;
  • Considérant la reconnaissance universelle avec l’ONU et l’UNESCO du droit de chacun et de tous à s’instruire dans sa langue maternelle, reconnaissance à laquelle l’Etat béninois a souscrit ;
  • Considérant le refus injustifiable (au regard de ce qui précède) du gouvernement de supprimer ces programmes, malgré les protestations populaires ;
  • Considérant que cette attitude de refus de prendre en compte l’expression des travailleurs et du peuple est caractéristique du pouvoir de Boni Yayi ;
  • Considérant les graves atteintes aux libertés démocratiques, notamment syndicales avec des actes fascistes de remise en cause du droit de grève et de manifestation ;
  • Considérant la mise aux enchères de toutes les entreprises publiques ;
  • Considérant l’imposition par le gouvernement de dirigeants contre la volonté des travailleurs ;
  • Considérant la cherté du coût de la vie et l’aveu d’échec du pouvoir à y faire face ;
  • Considérant que les promesses gouvernementales au sujet du reversement de tous les contractuels d’Etat en Agents Permanents de l’Etat s’avèrent tronquées ;
 

      La Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB) 

      Fustige l’entêtement du gouvernement à maintenir les "Nouveaux Programmes d’Etudes", à poursuivre les dérives attentatoires aux libertés démocratiques, la braderie du patrimoine national, la duperie face aux revendications des travailleurs ;

      Dénonce les élans dictatoriaux du chef de l’Etat ; 

Décide d’une grève de 72 heures renouvelable du mardi 05 février à zéro heure au jeudi 7 février à minuit pour exiger : 

  1. la suppression immédiate des Nouveaux Programmes d’Etudes et le démarrage du plan d’instruction publique dans nos langues maternelles avec le chronogramme de l’INIREF et de la CSTB ;
  2. la reconnaissance du droit des travailleurs d’élire leurs responsables ;
  3. le reversement de tous les agents contractuels dans les corps des agents permanents de l’Etat ;
  4. l’arrêt des privatisations et le retour dans le patrimoine de l’Etat de toutes les sociétés publiques des secteurs stratégiques privatisées ;
  5. la mise en œuvre des résultats du comité de réflexion sur la revalorisation de la fonction enseignante, la correction des disparités catégorielles des agents de santé, le reclassement des agents y ayant droit au Ministère de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche ainsi que dans les autres ministères, la prise en charge par le budget national des ex-agents des collectivités locales.
 

La CSTB rend le gouvernement responsable des déconvenues qui adviendraient s’il s’entêtait dans ses options fascistes, liberticides et anti-patriotiques.

       

                                                Fait à Cotonou, le 16 janvier 2008 

                                                Pour la CSTB,

   Le Secrétaire Général Confédéral 
 

   Gaston K. AZOUA 

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Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 19:13
 
 
 
Yves Ekoué Amaïzo : la diaspora ne se considère plus comme un élément d’ajustement 

Entretien avec le directeur du groupe de réflexion Afrology

La diaspora africaine en France s’organise et souhaite prendre part, aussi bien au développement de son continent d’origine qu’à la croissance de sa nouvelle patrie, la France. L’économiste Yves Ekoué Amaïzo décrypte cette nouvelle tendance.



mardi 12 février 2008, par Falila Gbadamassi function fbs_click() {u=location.href;t=document.title;window.open('http://www.facebook.com/sharer.php?u='+encodeURIComponent(u)+'&t='+encodeURIComponent(t),'sharer','toolbar=0,status=0,width=626,height=436');return false;}  


Yves Ekoué Amaïzo est le directeur du groupe de réflexion Afrology. Le think tank basé à Vienne, en Autriche, se veut une « source transparente et fiable d’analyses et d’informations » dont l’objectif est d’assister les leaders africains dans leur prise de décision. Afrology regroupe plusieurs sommités africaines dans différents domaines. L’économiste togolais était l’un des invités de l’une des tables rondes organisées, jeudi dernier, par Africagora lors de son 8e forum économiques des diasporas africaines.

Afrik.com : La thématique de la diaspora a été abordée à travers deux prismes. Celui du pays d’accueil, ici la France, et du continent d’origine, l’Afrique. Pourquoi ces problématiques émergent aujourd’hui au sein de la diaspora africaine en France ?
Yves Ekoué Amaïzo :
D’un point de vue historique, la diaspora a toujours été considérée comme un élément d’ajustement, au même titre que le continent africain lui-même. J’ai besoin d’uranium : je le trouve en Afrique et je le négocie au prix le plus bas possible. Ce raisonnement valait aussi bien pour les occidentaux que les Africains eux-mêmes, qui avaient migré pour des raions économiques. Le changement est venu de la conjonction de la perte de compétitivité de la plupart des entreprises françaises en Afrique et de l’accroissement de la compétitivité des entrepreneurs locaux. Cette compétition est l’origine d’un regain de dynamisme, voire d’un regain de dignité chez ces derniers. Ils se sont alors mis en quête de partenaires qui n’étaient plus les partenaires traditionnels occidentaux, mais leurs frères qui avaient des compétences et des contacts. Des partenaires trouvés en Europe, Noirs mais Français ou Européens, disposés à répondre à des besoins locaux.

Afrik.com : Une prise de conscience s’est-elle également faite dans l’autre sens ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Du côté occidental, français, on s’est aperçu que cette force montante d’Afro-Européens a le droit de vote, qu’ils sont très actifs sur le Net alors que jusqu’ici leur accès à la parole était assez limité. La presse généraliste ne leur donnant pas l’occasion de s’exprimer. Leurs critiques de l’environnement sociopolitique dans lequel ils évoluaient sont apparues au grand jour. Il y a d’abord eu une tentative de récupération, puis une autre, celle que nous vivons maintenant, plus constructive. Cette nouvelle vague dénote une volonté réelle de travailler ensemble. La collaboration n’est possible que si la République met de l’argent de côté et si le secteur privé, la diapora investit et s’investit. L’accumulation des deux devrait donner corps à des projets intéressants.

Afrik.com : Ce qui inquiète dans votre propos, c’est l’intervention de l’Etat français. Une diaspora doit-elle attendre d’être aidée par son pays d’accueil pour investir dans son pays d’origine. N’est-ce pas encore une fois de l’assistanat ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Un entrepreneur à la tête d’une structure de taille moyenne n’a pas besoin de cela. Quoi qu’il ait besoin d’être soutenu quand il prend le risque d’investir. Pour ceux qui sont moins outillés, la coopération avec leurs pays d’accueil doit venir en synergie de leurs efforts. C’est pour cela que l’aide au développement doit être repensée afin de créer véritablement de la richesse. Ce ne sera plus alors de l’indépendance mais de l’interdépendance. Le codéveloppement doit donc être redéfini par rapport à la diaspora.

Afrik.com : Quel serait donc l’avenir idéal de l’aide au développement ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Les avis sont partagés sur la question. A en croire les ministres qui sont intervenus lors de cette journée, l’aide au développement reste une aide "publique" au développement. On la donne a un Etat, même si c’est de plus décentralisé par le biais des collectivités locales, et aux ONG. Selon moi, ces ONG doivent disparaître au profit d’entreprises si leurs activités sortent du cadre social, celui qui est habituellement le domaine d’intervention de ces organisations. Certaines créent de la richesse comme des entreprises. Pourquoi, par exemple, une entreprise du Nord qui transforme de la pomme de terre ne viendrait pas aider une entreprise africaine à produire des produits à base d’igname ? C’est pourquoi je propose de créer un statut de l’entreprise jumelée, qui est transfrontalière pas essence.

Afrik.com : L’appui que vous suggérez est finalement plus institutionnel que financier ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Il faut un cadre, une zone d’intervention pour le codéveloppement, au-delà de la question financière bien qu’elle soit fondamentale.

Afrik.com : Que pensez-vous du statut d’auto-entrepreneur dont Hervé Novelli, secrétaire d’Etat aux entreprises et au Commerce extérieur, a dévoilé les grandes lignes lors de cette journée ? _ Yves Ekoué Amaïzo : C’est un bon produit parce que le système décrit permettra de créer de la richesse et de s’acquitter a posteriori plus tard, des taxes exigibles sur les bénéfices éventuels. Contrairement à la pratique actuelle qui veut que l’administration fiscale impose l’entrepreneur sur une activité qui n’a pas encore été lancée. Le secrétaire d’Etat l’a souligné, c’est un projet qui bénéficiera aux banlieues où il s’agit d’encourager l’émergence d’initiatives liées à des talents individuels. C’est sur ce mode que le secteur informel fonctionne en Afrique. Cependant, ce dispositif doit s’accompagner d’un accès facilité au crédit pour développer son entreprise.

Afrik.com : En quoi un auto-entrepreneur se différencie d’un artisan ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Tel que l’artisanat est pensé aujourd’hui en France, l’artisan est soumis à un statut fiscal particulier qui correspond à un forfait. Dans le cas de l’auto-entrepreuneur, il ne paie rien avant que son activité génère de la richesse.

Afrik.com : Peut-on dire que la diaspora africaine en France est dynamique ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Tant qu’il n’y aura pas de politique de discrimination positive, elle ne le sera pas suffisamment. Les Américains y ont eu recours pour rééquilibrer une inégalité raciale. Une telle politique n’est pas appelée à durer et elle doit être menée de façon intelligente. Le Brésil l’a fait mais de façon inefficace. Beaucoup de Noirs n’ont pas été sélectionnés sur les critères adéquats. On prend des gens qui n’ont pas le niveau requis, on les pousse, on les met à la tête d’une entreprise qu’ils conduisent à la faillite et on dit que ça ne marche pas. L’efficacité doit prévaloir à toute politique de discrimination positive pour qu’elle ne produise pas d’effets contraires.

Afrik.com : Vous êtes pour ou contre les statistiques ethniques qui ont été rejetées récemment en France par le Conseil constitutionnel ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Les statistiques sont nécessaires mais elles ne doivent pas être utilisées contre les minorités visibles. Les Sages ont plutôt contesté leur utilisation et la façon dont elles seraient collectées. Quand on parle de minorités visibles, ce sont les statistiques qui parlent. Si je n’avais pas de statistiques, je ne pourrais pas dire que 35% des personnes discriminées en France sur le marché de l’emploi le sont à cause de leur origine.

Afrik.com : La question de l’immigration choisie, la façon dont les futures diasporas arrivent dans leur pays d’accueil, et leur intégration en tant que diasporas dans leur pays d’accueil, sont-elles des thématiques liées ?
Yves Ekoué Amaïzo :
L’immigration choisie est un mauvais terme. On devrait plutôt parler de "migration négociée". D’abord, parce qu’il est plus approprié de parler de "migration" que d"’immigration" parce que les gens bougent, et ensuite, parce qu’on ne choisit rien. On est souvent condamné à faire, au sens noble du terme. Si j’étais bien chez moi au Togo ou au Lesotho, je ne serais pas ici. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux (le ministre de l’Immigration, ndlr) ont évolué dans ce sens. Ils parlent plutôt maintenant d’"immigration concertée". Quand on négocie, par définition, le choix est fait. Mais il ne faut pas que cette négociation se limite aux Etats dont certains y trouveraient la parade pour détruire leur opposition. Ces thématiques sont bien évidement liées. Néanmoins, ce n’est qu’une photo. Celui qui commence à voyager, un migrant, ne peut être comparé à quelqu’un qui est installé, un membre de la diaspora. Mais cette diaspora, y compris le président, est venue de quelque part et s’est ensuite intégrée. Il est impératif de ne pas les opposer.

Afrik.com : Selon les chiffres que vous donnez, les Africains envoient finalement moins d’argent que les Asiatiques dans leur pays d’origine ?
Yves Ekoué Amaïzo :
La proportion est de un a huit. Les montants ne sont pas énormes parce que les diasporas africaines ne sont pas riches, nos entreprises ne sont pas nombreuses.

Afrik.com : Ces transferts créent-ils de la richesse ?
Yves Ekoué Amaïzo :
Les transferts ont plutôt un impact sur la consommation. Beaucoup moins sur la production parce que l’argent va vers des familles pauvres. Ce qui veut surtout dire que la pauvreté augmente en Afrique en dépit des taux de croissance de 5, 6% qui sont enregistrés. La croissance ne profite donc pas à la population mais à quelques uns. Elle n’a aucune incidence sur le PIB par habitant. Par ailleurs, il y a une inégalité que je combats actuellement. Quand je transfère de l’argent de Vienne vers Paris, ça se fait gratuitement, dans le cadre d’un compte IBAN parce que nous sommes dans la même zone monétaire, celle de l’Euro. Mais comment se fait-il que de l’agent qui parte d’ici vers le Togo, le Bénin ou ailleurs dans la zone franc, soit taxé alors que le Franc CFA appartient à la zone Euro de par son arrimage à la monnaie européenne ? Qu’il soit taxé jusqu’à 30% par des sociétés que nous connaissons ? En d’autres termes, c’est 30% de l’épargne des Africains qui restent dans les pays riches. Il faut que les diasporas s’organisent pour obtenir que les transferts soient gratuits, au travers par exemple d’un Haut conseil des diasporas. Il porterait l’affaire devant le ministère des Finances pour dénoncer cette discrimination, ou devant la Cour européenne de justice pour avoir gain de cause si une solution satisfaisante n’est pas trouvée.

 Lire aussi :
Entreprendre en France et investir en Afrique : le double défi des entrepreneurs de la diversité

Par illassa.benoit - Publié dans : Politique Africaine
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