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Chronique du jour

03 mai et la plume de la corruption au BENIN


Ce 03 mai, journée internationale de la liberté de la presse met les professionnels des médias sous les projecteurs de l’actualité. Sans doute que les formules classiques de célébration de la date évènement de la presse envahiront les discours. Procès et apologie se bousculeront et dans l’immense chapitre de la commémoration, on entendra le marmottement sur la corruption endémique qui atteint les journalistes.

 

Le monde des médias n’est peut-être pas un poulailler accusé de chenil non plus qu’il n’est drapé d’un pagne immaculé. La mare aux canards semble empoisonnée. C’est une évidence que des écrits et commentaires de journalistes dégagent parfois l’odeur de l’argent. Les pouvoirs publics s’en plaignent, politiciens de tous bords pleurnichent et dénoncent des articles de journalistes achetés, s’insurgent contre les plumes perverties et la disette de professionnalisme dans le traitement de l’information. L’hypocrisie de politiciens plaintifs s’enfle devant dans la propagation du mal qui ronge les tissus moraux de la presse. Des forces tapies dans l’ombre débordent pourtant d’activités et tournent à plein régime dans leur tentative quotidienne de faire passer des idées et des opinions moyennant liasses de billets de banque. " Achetez la presse et vous serez maîtres de l’opinion, c’est-à-dire les maîtres du pays " disait l’avocat et homme politique français Adolphe Crémieux dans son mot d’ordre aux Loges en 1848. Les journalistes subissent les assauts des politiciens en quête des faveurs du baromètre. L’offensive menée avec des espèces sonnantes et trébuchantes n’est donc pas de date récente. L’arme de l’argent supporte l’agression psychologique.

 

A la vérité, le journaliste est exposé en permanence à la corruption. La question n’est pas de savoir s’il peut échapper au diktat de l’argent, mais l’attitude qu’il hérite du gain de l’argent de la corruption reste fondamentale dans l’appréciation de son sens de responsabilité. Un piège majeur guette le journaliste corrompu ; celui de balancer la fausse information sous l’effet des billets de banque. Il n’y a rien de plus dangereux que de servir aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs le mensonge pour de l’argent. Les analyses, chroniques et commentaires vicieux faits sous l’aveuglement dû aux chèques, font d’une race de journalistes des fléaux sociaux. Une autre catégorie amplement versée puis noyée dans l’immoralité absolue s’illustre dans d’incroyables gymnastiques dominées par de méchantes et absurdes contradictions. Bien de journalistes sont entrés dans l’histoire en diabolisant un homme qu’ils ont encensé la veille ou en accusant quelqu’un vite blanchi le lendemain, la spectaculaire métamorphose ayant lieu la nuit sous le parrainage de l’argent. Quelques brebis galeuses excellent dans l’escroquerie en proposant leur âme à la vente aux enchères. Les fantasmes sont doublés d’affabulations. Les maîtres chanteurs répondent aussi au bal des corrompus et exploitent leur fertile imagination. La pression sur les corrupteurs est ici assortie de menaces de publication de dossiers accablants et d’ultimatum. Les politiciens apeurés tombent dans les filets de ces croque morts de la morale et de l’éthique.

 

L’argent écrase à petit coup la presse béninoise. La Une des journaux et les revues de presse apportent la preuve de l’envahissement des colonnes de quelques canards par les eaux de ruissellement de l’argent. La question disais-je, n’est pas de savoir s’il faut prendre ou ne pas prendre l’argent du corrupteur. Encaisser pour une vérité qui arrange le donateur sans introduire des contrariétés sociales, je n’y vois pas une once du mal. Se faire payer pour dire ce qui est vrai n’est pas une faute. Le réflexe de la vérification de l’information doit résister à l’argent car " les faits sont sacrés et le commentaire libre ". Mais cette liberté ne doit pas être une porte ouverte à l’excès et un feu vert pour professer le faux.

 

L’excès et la désinformation, voilà les pires conseils de l’argent aux journalistes. L’argent, " bon serviteur et mauvais maître " va malheureusement continuer à fabriquer les cupides et les démons des médias. Chacun est devant le tribunal de sa conscience.



3-05-2010, Sulpice O. GBAGUIDI


Tag(s) : #EDITORIAL
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