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La réforme, maintenant ! Lettre ouverte à l’homo politicus beninae 

A quoi sert un Béninois de l’extérieur ? Au temps des dictatures, à faire peur au régime en place. Et à l’ère démocratique ? Là, la réponse est moins aisée. Parce que les possibilités vont de « il ne sert à rien », à « lui-même ne sait pas ». Je commence ainsi mon propos parce que le sujet que j’aborde relève du « terrain ». Or, il est difficile de pérorer si on n’est pas sur le terrain. Il n’empêche, je vais, modestement, avancer quelques propositions en m’adressant en priorité à l’homme public, à l’élu, à l’acteur du microcosme, à l’opérateur politique qui agit aujourd’hui sur le terrain ou qui sommeille dans chaque Béninois.

Le Bénin est actuellement au seuil de la troisième phase d’un processus qui a commencé il y a exactement dix-sept ans, avec la dissolution du parti unique (PRPB) en décembre 1989. Ce processus se poursuit plutôt bien mais la phase actuelle est plus décisive encore. Ce que sera le Bénin dans vingt ans, dans cinquante ans se décidera dans les prochains mois ou tout au plus, au cours des deux ou trois prochaines années. Cette phase doit être une phase de réformes. Comme la première phase, celle-ci est sera faite de tensions, de frictions.

La première phase était la phase de Redressement. Elle a occupé les années 1990 à 1996. Elle a été essentielle. Elle est fondatrice pour avoir fait les réformes de base : abandon du marxisme soviétique, constitution démocratique, mise en place des institutions, etc… Malgré les difficultés, les bénéfices de ces réformes sont connus.

La seconde phase fut celle de l’Expérimentation qu’on a observé pendant la décennie 1996 à 2006. Les aspects les plus variés de la Constitution du pays y ont été expérimentés, toutes les sortes de scrutin y ont été mises à l’épreuve du terrain et aujourd’hui la pyramide des élections est complète. La phase actuelle doit être celle de la Consolidation et surtout de la consolidation populaire. Consolidation parce que l’édifice est encore fragile. Populaire parce que le seul souverain acceptable en démocratie c’est le peuple. Grâce au vote, tous les citoyens sont égaux mais la liberté du citoyen ne s’exprime pas contre l’élu. Elle sert plutôt à le protéger. Contre lui-même ou contre ses démons. Les élus doivent aimer les électeurs, croire en eux, s’appuyer sur eux et revendiquer leur service. La démocratie ne sera durable que si elle prend sa force dans le peuple. La Consolidation de la démocratie doit donc être populaire. Le Pouvoir Politique ne connaîtra jamais de « délestage » s’il est branché sur le Peuple. Les élus doivent penser à ceux qui travaillent, à ceux qui peinent, à ceux qui souffrent, à ceux qui veulent améliorer leurs conditions de vie, à ceux qui veulent s’en sortir.

A l’heure actuelle, l’homo politicus du Bénin est sûrement conscient de ce fait mais il hésite. Certains se font attentistes en attendant de savoir ce que veut le Président Yayi et dans quel sens le vent du Changement va souffler pour s’y engouffrer. D’autres ont déjà décidé que de toute manière, il faudra qu’ils soient du côté de la Rivière présidentielle, oubliant ainsi que leur devoir premier est d’agir aujourd’hui, pour Aujourd’hui mais surtout pour Demain. Etre au pouvoir n’est pas forcément une sinécure et être de l’opposition ne peut pas être une malédiction. La démocratie a besoin de l’un et l’autre. Le renouveau dont se targue le Bénin ne sera effectif que si cette phase de la renaissance actuelle crée voire impose d’autorité les conditions d’une Consolidation populaire des acquis démocratiques. Cette consolidation peut être menée à travers des mesures réformatrices qui sont en fait très attendues. J’en citerai quelques unes que je partage avec nombre de personnes de terrain.

D’abord, il est évident que les gouvernements au Bénin et en Afrique en général comptent trop de ministres. Un gouvernement de dix bons ministres suffit largement pour le Bénin. N’oublions pas que nous sommes en guerre. En guerre pour la survie, dans un monde globalisé, concurrentiel, une vraie jungle moderne où personne, aucun pays n’est assuré de survivre d’ici dix, vingt ou trente ans. Si on veut que le Bénin compte dans le monde dans vingt ou trente ans, c’est maintenant qu’il faut décider qu’il en sera ainsi. Et un cabinet de guerre vaut mieux qu’une smala de parvenus et de rentiers de situation. Ensuite, il faut réhabiliter la citoyenneté, en réaffirmant, actes à l’appui, l’existence d’un creuset béninois. D’autre part, redonner toute sa place à l’intelligence : restaurer la recherche, réhabiliter l’université, libéraliser l’industrie et le commerce. L’Administration doit être transparente et efficace. Elle doit faire sa rénovation voire sa révolution. Si elle manque de moyens pour se mettre effectivement au service du développement, il vaut mieux qu’on lui en fournisse au lieu de la clochardiser et de la laisser dans sa gabegie actuelle. Elle doit rendre publiques ses modes de fonctionnement et les formes de sa relation avec ses usagers. Quant à la haute administration, elle doit publier régulièrement les comptes de l’Etat. La dette publique, la dette privée, les aides au développement, les chiffres du commerce extérieur, toutes ces informations doivent être à la disposition de tout citoyen. 

Actualité oblige, le souci majeur du commun des Béninois, c’est la sécurité. Sans sécurité, il ne peut y avoir d’investissement ou d’activité économique. Si le pays est menacé dans sa sécurité, il faut le défendre. Les Forces armées nationales, les forces de sécurité, de renseignement et de surveillance du territoire doivent faire le maximum pour remplir leur mission. Si elles ont besoin de renfort, il faut leur en fournir. S’il faut rétablir le service national, militaire ou civil, il faudra le faire. Autre chose : l’approvisionnement en énergie pose problème ? Comment éviter qu’en 2016 ou 2020 on continue à parler de « délestage » ? En lançant par exemple, dès aujourd’hui, la construction d’un barrage hydro-électrique sur le fleuve Ouémé. Ce n’est pas l’homme qui a financé de nombreux projets régionaux qui me dira que cette idée est farfelue. Une telle centrale peut desservir le Bénin et au delà. Les Béninois se ruinent pour se loger et se logent mal ? Une grande campagne d’aménagement du territoire s’impose avec à la clé, l’équipement des régions, le désenclavement, le désengorgement, la construction de logements sociaux et le respect de la continuité territoriale. Le secteur associatif doit être libéralisé, encouragé, soutenu.

Enfin, dans le fonctionnement des institutions politiques, deux réformes majeures s’imposent : d’une part, la réforme du mode de scrutin à l’élection présidentielle et d’autre part, la réforme du fonctionnement de l’Assemblée nationale. Ces réformes sont si urgentes que dès le lendemain des prochaines élections législatives, l’homo politicus béninois qui rêve d’un avenir meilleur pour la démocratie au Bénin doit s’atteler à les rendre possibles. Elles ne se feront contre personne mais pour le pays.

D’un côté, sans limiter le nombre de partis politiques, il faut complexifier l’éligibilité. Par exemple en imposant un système de parrainages et de validation à la base pour que tout candidat à une élection puisse se prévaloir d’une volonté populaire minimum. D’un autre côté, limiter les « transhumances » parlementaires en créant les conditions d’un exercice plus responsable et plus honorable de la fonction de député.

Voilà les quelques idées que je tenais à partager. En souhaitant à toutes et à tous foi dans l’avenir.

 

 

 

Jean-Baptiste Adjibi

Professeur de Lettres (Académie de Versailles), écrivain. Dernier ouvrage paru, La Reine et son Complice, roman, Paris, éditions Afridic, 2006.

Tag(s) : #Politique Béninoise

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