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Deuil chez l’ex-chef d’Etat béninois : Mathieu Kérékou a perdu son unique frère


12 juin 2007   L’ancien chef de l’Etat béninois Mathieu Kérékou est en deuil depuis hier lundi 11 juin 2007. Le « Grand camarade de lutte » de la période révolutionnaire a en effet perdu dans la journée d’hier, son unique frère Madougou Kérékou, décédé des suites d’une longue maladie. Le journal Le Matinal avait rencontré il y a deux ans à la veille des élections législatives de 2006, ce grand homme dans son domicile à Natitingou. Nous publions ici en exclusivité, l’interview qu’il nous a accordé en juillet 2005. ...

Du seul frère que l’ancien président de la République Mathieu Kérékou a eu au monde, on n’en parlera désormais qu’au passé. L’homme a tiré sa révérence dans la soirée d’hier lundi 11 juin 2007 à Natitingou des suites d’une longue maladie. Laissant le Général Mathieu Kérékou dorénavant « seul » au monde. Car, feu Madougou Kérékou, frère aîné de Mathieu Kérékou était de son vivant l’unique parent très proche que l’ancien président de la République avait encore à ses côtés après le décès de sa maman Firmine Yokossi Ondo Otcha, notoirement connue comme l’être le plus influent de la vie de Mathieu Kérékou. Le grand frère du Général Mathieu Kérékou a rejoint le ciel hier 11 juin dans son lit à son domicile sis au quartier Winkè à Natitingou, aux environs de 17h des suites d’une longue maladie. Il avait 78 ans et était gravement alité depuis plusieurs semaines. Aussitôt informé de la disparition tragique par des proches de la famille, le Général Mathieu Kérékou a donné de fermes instructions pour que le corps de son grand frère soit gardé à la morgue du Centre hospitalier départemental (Chd) de l’Atacora/Donga. De sources proches de la famille Kérékou, l’ancien président de la République serait en train de prendre personnellement des dispositions pour l’inhumation dans les prochains jours, de son frère. Il est indiqué que ce dernier sera enterré dans le mausolée de la famille Kérékou sis à Dassagaté dans la ville de Natitingou ou au domicile du défunt au quartier Winkè toujours à Natitingou. Madougou Kérékou a longtemps été un exploitant agricole ; il a travaillé notamment à la ferme d’agrumes de Natitingou. Homme très discret durant tout le long mandat de son président de jeune frère, mais très influent et consulté par Mathieu Kérékou, Madougou Kérékou entretenait de l’avis des proches de la famille, une relation très intime avec son frère cadet. Le président Mathieu Kérékou l’avait ainsi toujours consulté avant de prendre des décisions très importantes au cours de son règne à la tête du pays. Par exemple en 1995, avant de se présenter aux élections présidentielles, Mathieu Kérékou avait consulté son frère aîné pour prendre son avis. Celui-ci lui aurait donné sa bénédiction, de même qu’en 2000 quand Mathieu Kérékou est retourné le voir avant les élections présidentielles qui ont porté le Caméléon au pouvoir pour un troisième mandat. On raconte qu’en 2005, alors que la population soupçonnait le général Kérékou de vouloir se maintenir au pouvoir, ce dernier est allé voir son frère et lui aurait signifier qu’il n’avait pas l’intention de briguer une fois encore la magistrature suprême. Ce que Madougou Kérékou aurait approuvé. Depuis hier lundi, Mathieu Kérékou n’aura plus à demander de conseil à son frère. Madougou Kérékou laisse derrière lui une veuve et six enfants.

Askanda Bachabi & Prince Ouindé (Br Atacora-Donga)

Interviews de M. Madougou Kérékou, frère aîné du Président Kérékou.

Le Matinal : Bonjour papa et merci d’avoir accepté de nous entretenir sur l’histoire de votre frère. Nous sommes une équipe de journalistes désireux de savoir, de tout savoir sur votre origine, nous voulons connaître d’où vous venez qui sont vos parents. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet de notre présence dans votre maison, permettez nous de vous demander de vous présenter. Votre nom et prénoms, votre âge.

M. Madougou Kérékou : Rires, salut mes enfants. Vous voulez savoir mon nom pourquoi faire ? Je suis Madougou. Je ne connais pas avec précision mon âge. Je n’ai pas été à l’école.

Le Matinal : Pourquoi ?

Ironie du sort. Vous savez à l’époque ce n’était pas comme aujourd’hui. On recrutait un enfant par famille et les autres allaient au champ. Comme j’étais un peu plus grand, le vieux a envoyé Tchaa à l’école à Natitingou. Nous étions à Kotopounga (qui est aujourd’hui un des 9 arrondissements de Natitingou).

Le Matinal : Quel est le nom de votre père ?

_Il s’appelait Tchérékou

_Tchérékou est votre propre père ?

_Non, c’est notre grand père maternel chez qui nous sommes restés .

Dans quel village êtes vous nés, toi et ton petit frère Tchaa et qui est votre mère ?

- Notre mère s’appelait Wando. Elle nous a tous mise au monde à Kouarfa ( un arrondissement de la commune de Toucountouna) .

- Quel est le nombre d’enfants que votre mère a eu ?

- Nous sommes nés deux seulement, après moi vient mon unique petit frère Tchaa (c’est à dire Mathieu Kérékou. )

-  Vous êtes de même père avec Tchaa ?

-  Nous somme de même père et de la même mère

-  Qui est votre père ?

-  Pourquoi cette question ? Rires et silence de Madougou

-  Nous sommes venu connaître l’origine de notre Président Mathieu Tchaa . Et c’est dans ce cadre que nous rencontrons ceux-là qui l’ont connu et côtoyer.

Quel lien existe –il entre lui et vous ?

Je dis que je suis son grand-frère.

De combien d’années vous le dépassez ?

J’ai trois ans de plus que Tchaa.

Vous êtes combien de même père et de même mère ?

Nous sommes nés deux et notre mère n’a plus jamais fait d’enfant après la naissance de mon seul et unique frère Tchaa.

Votre mère n’a pas fait un autre enfant qui est peut-être décédé ?

Non, aucun décès.

A quel âge, le blanc l’a recruté pour l’école ?

Il était aussi grand, 10 ans environs, je ne connais pas exactement.

Dans quel village l’a-t-on recruté et où viviez-vous quand on l’a engagé pour l’école ?

Nous étions à Moussiborifa avec le vieux Chabi Thérékou.

Ø Ce vieux Chabi Thérékou est –il votre vrai père ?

Ø Non il était notre grand-père

Ø Comment ?

Ø Chabi Thérékou est le père de ma mère

Ø Et pourquoi, vous portez le nom Kérékou ?

Ø C’est parce qu’il représentait tout pour nous

Ø Quel est votre village natal ?

Ø Nous tous deux nés à Kouarfa, notre village maternel.

Ø Kouarfa est le village de votre père ?

Ø Non, c’est le village de notre mère.

Ø Et votre grand père maternel Kérékou est d’où ?

Ø Il est de Kotopounga. Ils étaient tous à Moussiborifa et après à Kotopounga où il est mort et enterré.

Ø Et quel nom portait votre grand père maternel ?

_On l’appelait Yoro-Béli

Ø Il est mort où et dans quel village est-il enterré ?

Ø A Moussiborifa situé trois km environs de Kotopounga

Ø Et votre propre père ?

Ø Il est enterré à Kpatékotika non loin de Ouroubouga.

Ø Comment s’appelait-il votre Père ?

Ø Rires . non ne me demandez pas ça. Ø Vous pouvez reconnaître sa tombe ?

Ø Pourquoi pas. Je connaîs bien là. C’est à Kpatékotika et vous pouvez aller demander à notre grand-frère l’actuel Kpayarikaté (le chef de terre de ouroubouga)

Ø Comment est -il votre grand-frère puisque votre mère n’a plus fait d’enfant à part vous deux ?

Ø Le père de l’actuel chef de terre Kpayarikaté était le grand frère de notre père donc il est notre frère et puisque son père était plus âgé que notre père il est selon la tradition notre grand-frère ( en d’autres termes des cousins)

Ø Connaissez-vous votre père ? Comment était il ?

Ø Je ne peux le dire. Je ne me souviens pas de lui. Il est mort lorsque nous étions encore petits

Ø Quel âge aviez vous en ce moment ?

Ø Je ne connais pas.

Ø Et où est il enterré ?

Ø Je dis à Kpatékotika et sa tombe est encore visible derrière la montagne de Ouroubouga

Ø Parlez-nous de votre petit frère Tchaa

Ø Il est ce qu’il est et moi différent de lui

Ø Avant qu’il n’aille à l’école dites-vous un peu l’ambiance qui régnait entre vous.

Ø Nous étions à Moussiborifa et on allait ensemble cultivez au champ parfois nous allons rester à Kouarfa

Ø Est-ce qu’il arrivait une bagarre entre vous lorsqu’il revenait en vacances

Ø Plusieurs fois. Il ne tardait pas à sortir son coûteau ou parfois à prendre son arc et une flèche de son carquois pour me poursuivre lorsque je le frappais

Ø Depuis qu’il est devenu Président est-ce qu’il vous est arrivé de vous bagarrer ?

Ø Quand il revient à Natitingou ou bien lorsque je vais le voir chez lui à Cotonou où il vivait avec notre mère on se taquine.

Ø Racontez nous un peu comment ça se passait la scène

Ø Je me rappelle une fois à Natitingou il était rentré pour quelques jours.

Ø Qu’est ce qui a été à la base de votre discorde ?

Ø J’aimais bien boire l’alcool et lui n’aime pas me voir saoulé. Il m’a retrouvé dès son arrivée dans l’alcool et il s’est fâché

Ø Il a dit quoi ?

Ø Il m’a dit que je bois beaucoup, je bois mal. que je ne bois pas comme les autres qui consomment de façon modérée. Il m’a dit de cesser de boire l’alcool tue l’homme lorsqu’on dépasse largement la dose nécessaire. Il m’a dit que le tabac aussi tue parce qu’il sait due je chique le tabas mais j’ai cessé de boire l’alcool et prend maintenant la boisson sucré , le Moka que j’adore beaucoup. Mais avant que je ne cesse de boire la dernière fois il m’a dis « puisque tu ne veux pas cesser de boire l’alcool tu vas mourir un jour et on va t’enterrer ». je lui ai répondu que l’alcool n’a jamais tué. Je lui ai demandé si lui il ne boit pas l’alcool ?

Ø Et il répondu comment ?

_Et il a répliqué qu’il boit mais de façon modéré. Et que ceux qui boivent l’alcool jusqu’à devenir ivre meurent . Je sais qu’il aime boire le local Tchoukoutou. Lorsqu’il arrive ici à Natitingou il ne boit que ça. Mon épouse prépare et elle lui donne ou il envoie acheter.

Ø Il vous est – il arrivé une fois d’échanger des coups de poing.

Ø Rires, oui mais pas sérieux. En terme de blague, il me frappe légèrement et lorsqu’il est à côté de moi je lui rends il coup

Ø Comment vous vous voyez souvent ?

Ø Je vais chez lui dans la maison d’en face quand il vient à Natitingou ou c’est lui qui vient chez moi lorsque ça lui plait de me voir. Parfois aussi je vais à Cotonou, je quitte mon logement pour aller le voir dans sa chambre et il me demande très souvent ce que je veux ? Et je lui réponds que je veux de l’argent pour acheter à boire. Parfois il me donne de l’argent ou il envoie quelqu’un me chercher la boisson que je veux boire. Nous causons quelques instants et je repars dans mon logement.

Ø Est-il arrivé une fois d’échanger avec lui ?

Ø Oui nous causons souvent.

Ø De quoi ?

Ø De tout

Ø Qu’est-ce qu’il aime ?

Ø Qu’on reste ensemble pour causer. Il veut savoir tout de Natitingou.

Ø Vous sortez souvent ensemble ? une balade à pieds ?

Ø Non, pas à pieds. Mais en voiture nous allons voir les proches parents et les amis.

Ø Qui sont ceux-là ?

Ø Lorsqu’il décide de sortir ensemble il dit celui ou ceux qu’il aimerait revoir et nous allons les revoir. Je lui demande qui tu veux voir ? Il répond en appelant leur nom et nous partons toujours les voir en voiture

Ø Qui sont ceux qui vous accompagne pendent ces sorties ?

Ø Son chauffeur et ses gardes de corps armés. Ø Et arrivée là-bas, que faites-vous ensemble avec eux  ? Ø Nous causons

Ø De quoi ?

Ø Rires nous causons de tout et après nous continuons dans une autre maison ou parfois nous revenons au domicile

Ø Parlez-vous souvent de la stabilité politique du pays ?

Ø Oui je lui pose la question de savoir quand il y aura un changement brutal et quelqu’un prend le pouvoir de force. Que ferions-nous ? Et il répond qu’on va quitter le pays.

Ø Pour aller où ? Est-ce qu’il dit souvent le pays d’exil ?

Ø Non, il dit souvent partout où nous voulons.

Ø Tout récemment il a décidé de ne pas réviser la constitution sous son mandat qui prend fin l’année prochaine. Avez-vous parlez de ce sujet avant qu’il ne le dise publiquement ?

Ø Non. Mais après sa déclaration je suis allé le voir pour mes problèmes de santé et au cours de mon séjour à Cotonou, il m’a dit qu’il ne se représenterait plus pour l’élection présidentielle qui arrive c’est sa volonté et j’adhère. Laissez moi comme ça. Ça va comme ça. Je voyage à Kouarfa pour un décès dans la famille. Ne me dérangez plus.

Propos Receuillis par Boubacar BOni BIAO & Yervé YOTTO


Tag(s) : #Politique Béninoise

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