Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Quand Amilcar Cabral théorisait l’Unité africaine … 
26/06/2007

Le 06 octobre 1968, Amilcar Cabral, la figure emblématique des indépendances au Cap-Vert et de Guinée Bissau, théoricien et praticien de la lutte d’indépendance, du développement économique, laissait une contribution mémorable à la conférence des organisations nationalistes des colonies. Démontrant un sens aigu d’analyse politique, il fondait le «l’Afrique doit s’unir» de Nkrumah des bases de nécessité, de libération.

Cet extrait de texte est tiré de l’ouvrage fort utile «Le Mouvement panafricaniste au vingtième siècle» Recueil de textes, édité par la Francophonie, coordonné par Lazare Ki-Zerbo et paru en 2007 (P.P 294-297).

 

 

 

En mai 1961, il était commode de « classer» les gouvernements des Etats indépendants de l’Afrique dans l’un ou l’autre « bloc » qui consacrait sa division. Il est vrai que, dans certains cas, les orientations politiques et sociales ou les options doctrinales semblaient rendre impossible la « coexistence» des régimes et toute solidarité impraticable entre eux. A cette époque, deux problèmes polarisaient principalement les divergences africaines : la violence des ingérences étrangères au Congo et l’appui à la lute du peuple algérien.

Les compromis qui avaient été à la base de l’accès à la souveraineté nationale de nombreux pays, vers 1960, expliquaient finalement les réticences d’une partie de l’Afrique restée sous la dépendance de l’impérialisme. Cela empêchait certains responsables de réaliser le caractère indivisible de la liberté et de l’indépendance nationale.


La troisième session de la Conférence des peuples d’Afrique, qui eut lieu un mois après le déclenchement du premier front de la lutte armée contre le colonialisme portugais, mettait justement en évidence les insuffisances et les limites de l’indépendance politique des « Etats émergents ». La résolution sur le néo-colonialisme déclare: « Le néo-colonialisme qui constitue la survivance du système colonial malgré la reconnaissance formelle de l’indépendance politique des Etats qui deviennent les victimes d’une domination directe et subtile sur les plans politique, économique, social, militaire ou technique, représente le plus grand danger qui menace les pays africains ayant récemment obtenu leur indépendance ou qui vont l’obtenir prochainement ».


« [...] Les exemples du Congo, de la Communauté française et de la Fédération du Rhodésie-Nyassaland…indiquent que le système colonial et l’impérialisme international utilisent les moyens les plus variés afin de sauvegarder l’essentiel de leur pouvoir économique et militaire ».                                                                                                                                                                                                       
Mais cette Conférence des peuples d’Afrique, réalisée au Caire, en mars 1961, fut le dernier acte de la lutte menée dans le cadre fixé par 62 organisations nationalistes à Accra, en décembre 1958.                                                                                                                                                             
On comprendra la raison pour laquelle l’assemblée constitutive de la C.O.N.C.P. eut lieu à Casablanca (avril 1961). Il n’y avait rien de surprenant dans le fait qu’au début du mois de mai de la même année, les chefs d’Etat participant à la conférence de Monrovia se soient prononcés en faveur du droit légitime du peuple angolais à ...
l’autonomie.                                     
Un décalage était évident entre les positions publiques d’un bon nombre d’Etats africains et les revendications fondamentales des mouvements en lutte pour leur indépendance nationale.                      
De nombreux facteurs, dont la pression des masses populaires pour une libération complète, l’entrée en scène de l’Algérie indépendante, l’effacement temporaire de la crise congolaise, ont modifié le visage de l’Afrique. La disparition des anciennes hypothèques qui pesaient sur la solidarité dans la lutte des peuples dépendants d’une part, et la compréhension des contradictions principales de l’Afrique d’autre part, ont entraîné la disparition des blocs politiques.                                                                                                                                                                                 
Certains Etats africains, généralement considérés comme l’avant-garde du continent, s’aperçurent que le fait d’accentuer les contradictions internes existantes en Afrique, contradictions sur les options politiques, les voies de développement et les diversités des régimes, constituait en réalité une arme au service des impérialistes qui, en l’exploitant, prétendaient perpétuer la balkanisation du continent. D’un autre côté, l’évolution verticale de tel ou tel Etat, pris individuellement, ne faisait que consacrer son isolement. La division ne pouvait ainsi qu’inciter les pays africains à chercher à l’extérieur des forces d’appui à leur développement.                                                                                                                                                                 
Sous la forme d’une injonction - l’Afrique doit s’unir - allant jusqu’à la formation d’un noyau pour un gouvernement continental, ou sous la forme d’appels bien intentionnés en vue d’une coopération concernant la survivance des équipes au pouvoir, l’unité africaine devient un élément important de la politique des Etats africains.                                                                                           
La conjoncture actuelle est donc le résultat d’un développement progressif de trois phases:
la première, caractérisée par le triomphe du préalable de l’indépendance, la seconde, par la recherche d’un contenu véritable pour cette indépendance, à travers une revendication de liberté économique; et la troisième, prolongement de la seconde, conduisant à cet équilibre de la coexistence des raisons d’Etat, dans le cadre de l’unité africaine, et parallèlement, l’affirmation d’une personnalité propre à l’Afrique, libérée du dilemme d’un choix entre les blocs formés par les grandes puissances.                                                                                                                              
Un autre élément de la conjoncture africaine est représenté par les accords régionaux basés sur la coopération économique, ou par les regroupements commandés par un héritage commun de l’époque coloniale. Ces accords et ces regroupements ne recouvrent pas nécessairement une identité des options politiques, impliquant dans certains cas une coexistence des régimes, fragile par nature. A l’heure actuelle, cette fragilité est mise à l’épreuve par les manipulations des interventions étrangères, en particulier dans « l’affaire congolaise ».                                                                                                                                                                                  
Chaque fois que l’impérialisme entreprend une phase décisive pour sa survivance économique dans une région vitale du continent, les fondements de l’unité africaine sont secoués. Au lieu d’une convergence des options, à la lumière des aspirations des peuples mis en cause, on assiste à un balancement des attitudes, à une condamnation formelle de l’assistance fournie par quelques-uns envers les formes visées par l’intervention impérialiste, sous le prétexte du principe sacré de non-ingérence dans les affaires intérieures.                                                                   
Les réactions enregistrées devant l’intervention de Stanleyville et de ses prolongements qui constituent aujourd’hui « la question congolaise» montrent la fragilité de la solidarité interafricaine. Le problème fondamental demeure, à savoir les contradictions inhérentes à la nature du pouvoir politique des Etats.

 

 

Tag(s) : #ACTIVITES MILITANTES

Partager cet article

Repost 0