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Le "salope" de Devedjian relève-t-il du discours privé?

Le dérapage du patron de l'UMP relance le débat sur les "confidences" des politiques. Daniel Carton témoigne.

 

Patrick Devedjian en 2005 (Alessandro Bianchi/Reuters).

 

"Cette salope!" Quand Patrick Devedjian parle de la MoDem Anne-Marie Comparini, il n'y va pas par quatre chemins. Une insulte dont s'est évidemment indignée l'intéressée, même si le nouveau chef de l'UMP a toutefois dit "regretter son interjection déplacée" à l'égard de l'élue à qui il "renouvelle son estime et toute son amitié", selon un communiqué envoyé à 20Minutes.fr. (Voir la vidéo.)

 



 

Son entourage a cependant pris moins de pincettes et pointe du doigt TLM, la télévision lyonnaise ayant diffusé mercredi le dérapage verbal, qui s'est ensuite propagé à vitesse grand V sur internet. "La télévision dit qu'il était au courant qu'il était filmé, c'est faux", ont affirmé des proches de Devedjian au site de 20 Minutes. "Il avait une conversation dans un cadre totalement privé. Il n'a fait aucune déclaration destinée à être rendue publique sur Mme Comparini."

Mais Jean-Pierre Vacher, directeur de Télévision Lyon Métrople, est catégorique: "Nous suivions le nouveau député UMP, Michel Havard, depuis le début de la journée et nous étions à un mètre d'eux avec une grosse caméra. D'ailleurs le regard vers l'objectif de Patrick Devedjian ne trompe pas, il ne peut pas dire qu'il ne savait pas qu'il était filmé."

Une fois la séquence enregistrée et après une réflexion en interne, TLM a décidé de montrer les images. C'est la pratique du "off the record" qui est ici visée. Pratique qui consiste pour un journaliste à reproduire les propos d'un homme politique sans dévoiler l'identité de celui-ci.

Ancien journaliste politique au Monde et au Nouvel Observateur, Daniel Carton s'est fait une spécialité de dénoncer ce qu'il considère être une dérive, comme dans son dernier livre "Une campagne off" (éditions Albin Michel, 2007). Pour lui, Devedjian a bien prononcé cette insulte, elle devait donc être diffusée:


La frontière entre les déclarations publiques et le "off" est ténue. Les journalistes politiques sont loin d'adopter tous le même comportement face aux petites phrases distillées par les dirigeants devenus experts en communication. Certains pourtant se font encore piéger. Lionel Jospin avait dû ainsi s'expliquer en 2002 pour avoir glissé au cours d'un voyage en avion que Jacques Chirac était "vieux, usé, fatigué". Idem, relève Daniel Carton, pour Ségolène Royal, filmée durant la campagne présidentielle en train d'exhorter les enseignants à respecter les 35 heures de travail hebdomadaire:


Si Internet permet de faire bouger les lignes, la pratique du "off" reste solidement ancrée dans les relations entre journalistes et hommes politiques. Un confrère de Daniel Carton lui avait glissé, lors de la dernière course à l'Elysée, l'agenda médiatique d'un des spécialistes du genre:


A l'inverse, certains journalistes entretiennent volontairement l'usage du "off" pour enrichir leurs articles, parfois au détriment de la transparence. Une pratique qui ne fait que renforcer le sentiment d'impunité des hommes politiques face à leurs déclarations, selon Daniel Carton:


Particulièrement visés, les journalistes qui conservent petites phrases et anecdotes pour les retranscrire plus tard dans un livre, plutôt que dans les colonnes de leur journal. Franz-Olivier Giesbert, PDG du Point, a fait montre de sa maîtrise de la technique avec ses ouvrages publiés à la fin des règnes de Mitterrand et Chirac. Les deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, s'y sont également essayées dans "La Femme fatale", livre qui raconte les déboires du couple Hollande-Royal à l'aube de l'élection présidentielle. Symptomatique des dérives du "off", dénonce en conclusion Daniel Carton:

Tag(s) : #INEDITS

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