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Secteur de la cimenterie au Bénin:Les raisons de la flambée du prix du ciment [4 juillet 2007]

Ça va mal dans le secteur de la cimenterie au Bénin. En effet, ce matériau de construction devient de plus en plus rare sur le marché béninois et par ricochet, son prix connaît une hausse vertigineuse. Depuis quelques mois, les Béninois notamment ceux dont les maisons et entreprises sont en construction ont des difficultés à s’approvisionner en ciment. Le prix de cette matière solide à base de calcaire, de bauxite et chaux a connu une augmentation et sa distribution dans les différents dépôts est au ralenti. Deux raisons expliquent la pénurie du ciment selon Emmanuel Zounon, agent de la cimenterie d’Onigbolo. ...

Première raison : la Chine en raison de ces volumes d’exportation monopolise tous les navires. Donc il est difficile d’avoir un navire pour transporter le clincker de l’Europe vers l’Afrique. Deuxième raison : la hausse du prix des produits pétroliers a tôt fait d’augmenter le coût du transport de la matière première devenue de plus en plus cher. Les sociétés productrices de ciment font semblant selon lui, de ravitailler les dépôts. Mais ils vendent en gros dans les usines. Les hommes riches s’en procurent à des fins utiles. Tous ceux qui s’approvisionnent dans le département de l’Ouémé, transportent le ciment vers le Nigéria où la tonne est vendue à 120.000 Fcfa. L’autre facteur à ne pas occulter est la décision du Nigéria de se désengager de l’usine d’Onigbolo. Le Nigéria s’est substitué en la personne de Dangoté qui détient 43% des actions, le Bénin 51% et la Fls une société de construction de l’usine, 6%. « Scb Lafarge est locataire de l’usine. Cette situation crée une panique au sein des membres de la société Lafarge et de tous les travailleurs. Ce qui repose la question de la privatisation de la cimenterie d’Onigbolo. Voilà autant d’équations que le gouvernement doit résoudre », a conclu Emmanuel Zounon. A en croire les propos du gérant d’une quincaillerie installée à Akpakpa au quartier Midombo, Francis A., le prix de la tonne du ciment qui était à 65000 Fcfa est passé à 69000 Fcfa avant la prise du pouvoir par le président Yayi Boni. « Au moment où le délestage se répétait tous les jours, on nous expliquait qu’à cause de cette interruption prolongée de l’énergie électrique et de la chèreté des matières premières, le prix du ciment a connu une hausse. Mais depuis que le gouvernement a essayé de remédier un tant soit peu au délestage, le prix n’a toujours pas baissé », a confié Francis A. Il a précisé que dans les sociétés « Cimbénin » et « Scb », le prix de la tonne du ciment est à 69000 Fcfa. « Dès que je prends le nombre de tonnes que je veux, j’assure aussi le déplacement jusqu’à mon magasin où je paie ceux qui font le déchargement. Avec toutes cette peine qu’on se donne avant de l’avoir en plus du prix d’achat élevé, celui de vente ne peut être qu’au-delà de 80000 Fcfa », a ajouté Francis A. Ce dernier a dit que ce prix de vente varie d’un dépôt de ciment à un autre. Ainsi, a-t-il précisé, certains responsables de dépôts vendent même jusqu’à 90000 Fcfa la tonne de ciment, et l’unité à 4025 Fcfa. Léontine Yèwenou, la gérante du dépôt de ciment de Tokplégbé, point de vente ravitaillé par Cimbénin Sa, a déclaré que la tonne de ciment initialement vendue à 69000 voire 69700 Fcfa selon les dépôts, se négocie actuellement à 100 000 Fcfa dans le marché noir. « Cette hausse du prix du ciment s’explique simplement par le fait que certains commerçants détaillants de par leur pouvoir d’achat élevé s’accaparent de toute la production afin de la revendre plus cher », a-t-elle ajouté. La raison de cette pénurie du ciment est ailleurs, estime par contre Hyacinthe Koumassou, un des responsables du dépôt de Dégakon. « Notre fournisseur, la Scb Lafarge voulait augmenter le prix du tonnage. Le délestage évoqué par ses dirigeants comme cause de la pénurie n’est qu’un faux prétexte vu que toutes les usines disposent d’un grand générateur pour pallier d’éventuelles coupures électriques. Et c’est dans cette même optique que ces responsables ont écarté plusieurs dépôts au profit des détaillants qui fixent désormais le prix du paquet de ciment à leur bon vouloir », a-t-il affirmé avec indignation.

Spéculation autour du prix du ciment

Dans la crise que traverse la production, la distribution et la vente des produits cimentiers au Bénin, les différents acteurs se jettent la pierre quant à l’origine de la spéculation qui résulte de la pénurie. On a vite fait d’accuser les revendeurs alors que dans certains dépôts, la spéculation est à son comble. A Togoudo dans la commune de Calavi, le prix de la tonne de ciment varie d’un dépôt à un autre quelle que soit la société fournisseuse. Ainsi dans un dépôt situé non loin du carrefour Iita, la tonne de ciment coûte 69000 Fcfa au lieu de 65000 Fcfa habituellement. En plus de cette augmentation, le gérant de ce dépôt explique que pour avoir du ciment, il faut aller passer la commande à la direction de la cimenterie, avant de venir le récupérer dans le dépôt. De cette façon, le ciment entreposé dans le dépôt a-t-il dit, « est déjà réservé pour des clients ». Dans ces conditions, il est difficile voire impossible d’acheter du ciment en détail. Interrogé sur les raisons de cette situation, ce gérant déclare ne rien en savoir. Il pointe cependant du doigt l’usine qui selon lui, ne produit plus assez pour permettre aux distributeurs agréés de couvrir leurs besoins. Dans un autre dépôt non loin de là, et fourni par une autre usine, la situation est pire. Le gérant approché, affirme qu’il n’y a pas de ciment. Sur insistance, il avoue qu’il peut trouver une tonne à condition qu’on y mette le prix. Son prix, c’est 80000 Fcfa. Pour le détail, il dit vendre le paquet de ciment à 4000 Fcfa. Le plus triste dans ce comportement est qu’ils se refusent de dire le prix auquel l’usine leur livre la tonne de ciment. Ce qui laisse penser que la spéculation part de certains dépôts agréés contrairement aux allégations qui accusent les revendeurs d’être à la base de cette situation.

69.000 Fcfa la tonne du ciment est un prix suicidaire selon les producteurs

Le directeur technique de la cimenterie du Bénin (Cimbénin), Benoît Van Calster a accueilli froidement la décision du gouvernement de maintenir le prix du ciment à 69.000 Fcfa la tonne toute taxe comprise. Comme un coup de massue sur leur tête, cette dernière décision vient renforcer la faillite technique qui sévit dans le rang des producteurs de ciment. La plupart des producteurs interrogés, sont unanimes sur le fait que le prix de 69.000 Fcfa de la tonne du ciment est suicidaire. Le clincker selon eux est livré à 62.000 Fcfa la tonne au Port autonome de Cotonou, la Tva est égale à 18% soit 11160 Fcfa, les frais d’électricité et autres ajoutés font banalement 88160 Fcfa. Alors que les producteurs sont sommés de vendre la tonne à 69.000 Fcfa. Les iproducteurs de ciment constatent leur mort programmée et menacent de fermer les usines. Les actionnaires des usines de production du ciment veulent, disent-ils, des bénéfices. Et selon des indiscrétions, l’état financier 2005-2006 de la société de production Cimbénin était catastrophique. 2007, selon la même indiscrétion n’augure pas d’un lendemain meilleur pour cette usine de production qui emploie à 98% des citoyens béninois. Avec ce prix , les industriels ont le dos au mur, car selon Benoît Van Calster, le transport de la matière première par le bâteau coûte excessivement cher. « Le calcaire local est moins cher mais cause des problèmes techniques parce qu’il n’y a pas de bon calcaire au Bénin et même en Afrique de l’ouest. En dehors de cela, le Psort autonome de Cotonou revient trop cher pour les industriels. Son caractère exigu crée d’énormes problèmes aux navires qui sont obligés de passer plus de temps que prévu sur le quai. Le droit de douane trop coûteux est aussi un os dans la gorge des industriels », a fait savoir Benoît Van Calster, avant de préciser que le prix de la tonne fixé à 69.000f conduit les usines de production au mouroir.

Le calvaire des populations du Borgou et de l’Alibori

Il n’est plus un secret de Polichinelle que le ciment est devenu une denrée très rare et que ne s’en procure plus qui veut. Dans le septentrion et plus spécifiquement dans les départements du Borgou et de l’Alibori, le calvaire des populations pour l’achat du ciment n’a cessé de croître en tout cas depuis le début de l’année 2007, la recherche du ciment par les populations du Borgou et de l’Alibori est un véritable casse-tête. De Tchaourou à Malanville en passant par Parakou, Nikki, N’Dali, Bembèrèkè, Gogounou et Kandi pour ne citer que ces communes, le ciment est quasiment indisponible. Or la construction et la finition de certains grands chantiers de développement à l’intérieur des communes sont conditionnées à la disponibilité du ciment. Si à Tchaourou et à Parakou, il arrive parfois que quelques tonnes de ciment parviennent dans les dépôts, à l’intérieur des communes, le manque de ciment est plus criard. Il y a très longtemps, confiait un interlocuteur de la commune de Sinendé, que cette commune du Borgou n’a plus eu le ciment produit au Bénin. Idem pour les communes de Nikki et de Bembèrèkè. A Parakou, les quelques paquets de ciment qui y arrivent de façon sporadique sont largement en deçà de la demande. L’offre est insuffisante au point où lorsque le ciment vient à Parakou, il s’en suit des comportements peu citoyens. En effet, c’est la croix et la bannière pour pouvoir s’en procurer. Ainsi, lorsque l’information selon laquelle le ciment est disponible à Parakou fait le tour de la ville, les populations ne perdent aucun instant pour se rendre dans les dépôts de ciment. Le plus souvent, c’est très tôt le matin qu’elles s’y rendent. Elles attendent plusieurs heures l’arrivée des gérants qui, par moment, viennent les narguer. Les gérants ne suivent pas toujours l’ordre d’arrivée des clients pourtant bien alignés. Ils établissent eux-mêmes les priorités et définissent le nombre de paquets de ciment qui peut être vendu à chaque client. Quand ils démarrent les opérations de vente, quelques minutes après, ils arrêtent et servent la célèbre phrase « le ciment est fini ». Toute chose qui révolte certains clients qui n’arrivent pas à contenir leur colère. Des cas de violences dus à cet état de choses, mais vite maîtrisés, ont été déplorés il y a quelques mois devant certains dépôts de ciment à Parakou. Sur le plan du coût de cession du ciment, c’est une autre réalité. A Parakou, c’est à de la surenchère que l’on assiste. En cas de pénurie chronique, le paquet de ciment passe de 3450 Fcfa à 4.000 Fcfa voire 4.500 Fcfa ce qui porte le coût de la tonne de ciment de 69.000 Fcfa à 80.000 Fcfa ou à 90.000 Fcfa. Qu’à cela ne tienne. Puisqu’à l’impossible, nul n’est tenu. Certains clients essayent de comprendre cette situation de flambée des prix due à la pénurie du ciment. Dans ces conditions, nombreux sont ceux qui sont prêts à acheter le ciment à n’importe quel prix. L’essentiel pour ces clients est de s’en procurer pour démarrer ou achever leur chantier. L’inflation sur le ciment n’est pas du goût de la plupart des citoyens. Car justifient-ils, « les salaires n’ont pas augmenté. Faire passer le prix de la tonne de ciment de 69.000F à 100.000F, sans penser à augmenter les salaires dans des proportions doubles, c’est empêcher le citoyen de construire ». Mais depuis deux jours le ciment est disponible dans les principales villes des départements du Borgou et de l’Alibori. Est-ce ce matériau de construction sera disponible de façon permanente dans la région septentrionale du Bénin. Wait and see.

La Rédaction

Tag(s) : #Politique Béninoise

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