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Angélique Kidjo, Une diva de dimension mondiale

publié par Loccidental, le dimanche 15 juillet 2007

Après Makeba, Dibango, Fela, Youssou N’Dour et Mory Kanté, Angélique Kidjo est la plus jeune des artistes africains à connaître une véritable carrière internationale. Son contrat avec Island n’y est évidemment pas pour rien, tant il est vrai que le continent noir est une pépinière de talents, hélas trop souvent à l’écart des grands circuits phonographiques.

Pour cette semaine, le Messager vous permet de mieux découvrir la personnalité attachante de cette grande diva dimension planétaire.

Angélique Kidjo naît le 14 juillet 1960 à Ouidah, petite ville portuaire de la République du Bénin qui, jusqu’en 1975, se nommait le Dahomey. Issue de l’ethnie Pedah, Angélique est baptisée à sa naissance Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kango Manta Zogbin (le sang d’une lanterne ne peut allumer une flammèche). Sa mère, Yvonne, est chorégraphe et directrice de théâtre renommée, ainsi qu’une femme d’affaires avertie. Quant à son père Franck, quand il ne travaille pas comme fonctionnaire des postes, il pratique activement la photo et à l’occasion, joue du banjo. Elevée au milieu de ses huit frères et sœurs, Angélique est très tôt au contact d’une multitude de cultures, de langues, de traditions. Sa langue maternelle est le fon, mais elle en comprend et en parle bien d’autres que l’on retrouvera à travers ses disques. Dès l’âge de six ans, Angélique chante et danse dans l’ensemble que sa mère dirige. La troupe fait de nombreuses tournées à travers l’Afrique de l’Ouest, et la petite fille se forge déjà une solide expérience. Vers neuf ans, elle reprend l’école mais à onze, elle chante dans le groupe de ses frères, le Kidjo Brothers Band. Avec eux, elle acquiert une connaissance aiguë du répertoire afro-américain soul et rythm and blues, et en particulier celui de James Brown qu’elle connaît sur le bout des doigts.

KidjoPretty

Adolescente, Angélique est déjà une chanteuse connue dans toute la région. Son énergie et la qualité exceptionnelle de sa voix séduisent le public impressionné par cette petite femme au tempérament volcanique. Vers quinze ans, elle écrit quelques chansons et se réfère souvent à son idole, la sud-africaine Myriam Makeba. Avec le groupe de son lycée, les Sphinx, elle nourrit encore un peu plus sa notoriété. En 1979, la radio lui ouvre ses portes et, très sensibilisée aux problèmes de l’Apartheid en Afrique du Sud, Angélique choisit d’interpréter un titre de sa composition sur Winnie Mandela. Elle rencontre alors le chanteur et producteur camerounais, Ekambi Brillant, qui lui fait faire son premier disque “Pretty”, également co-produit par son frère, Oscar Kidjo. Nous sommes en 1980 et Angélique a 20 ans. L’album est enregistré à Paris, mais c’est en Afrique que le succès du disque est énorme. Avec deux titres, “Pretty” qui devient un temps le surnom d’Angélique, et “Ninivé”, Angélique Kidjo devient une star dans l’Ouest africain et remplit les salles au cours de ses tournées, du Togo à la Côte d’Ivoire. Son succès africain est tel que son producteur Ekambi Brillant l’encourage à tenter sa chance en France. C’est donc en 1983 que la jeune artiste de 23 ans débarque dans la capitale française où vit un de ses frères. La vie n’y est pas aisée et quelques illusions disparaissent dans les premiers mois. Cependant, Angélique n’est pas facile à décourager. Elle s’inscrit en faculté de droit, qu’elle abandonne au bout d’un trimestre. La voie musicale lui convient mieux. A Paris, elle découvre de nouvelles influences, de nouveaux musiciens. La scène africaine et caribéenne explosent à Paris dans les années 80 et de nombreux artistes africains enregistrent leurs disques en France, point de transit entre l’Amérique et l’Afrique.

Alafia

Parallèlement à la fac, elle prend des cours aux Ateliers-Chansons de Paris où elle se forme au chant classique, au mime et au travail corporel. Elle chante à cette époque avec un groupe bénino-togolais, Alafia. Puis, elle intègre le CIM, une autre école plus axée sur le jazz. Elle y reste trois ans, et grâce à une enseignante américaine, perfectionne le travail respiratoire et l’aspect technique du chant. C’est à cette époque qu’elle rencontre Jasper Van’t Hof, pianiste hollandais et leader du groupe allemand, Pili Pili. Entre jazz, funk et musique africaine, Angélique Kidjo trouve sa place au sein du groupe. Elle en devient la voix à partir de 1984. Ensemble, ils tournent dans toute l’Europe et petit à petit, Angélique Kidjo se fait un nom, en particulier en Allemagne. En 1986, elle enregistre aux Etats-Unis un album, “Ewa Ka Djo” avec un saxophoniste hollandais, Tom Barlage, rencontré lors d’une tournée avec Pili Pili. En 1987, le groupe est au festival de Montreux en Suisse. Cette étape est un tremplin professionnel pour Angélique dont la renommée est de plus en plus solide et flatteuse. Ses prestations scéniques sont énergiques et sensuelles, d’autant plus que la jeune béninoise est une excellente danseuse. Mais c’est surtout sa voix cinglante et riche de larges possibilités qui impressionne le public. De la berceuse au funk le plus endiablé, Angélique Kidjo est à l’aise dans tous les domaines. Angélique Kidjo enregistre plusieurs disques avec Pili Pili dont “Hoomba Hoomba” en 1985, “Jakko” en 1987 et “Be in two minds” en 1988. Même après son départ du groupe, elle participera parfois à certains enregistrements.

Parakou

En 1988, elle monte également son propre groupe, Angie Kidjo. Elle y est entourée de jeunes musiciens français, plutôt issus du jazz, dont le bassiste Jean Hébraïl, qui devient son mari. Mais, 1989 marque le réel début d’une carrière solo à laquelle Angélique aspire depuis longtemps. Cette année-là, sort l’album considéré comme le tout premier entièrement conçu par la chanteuse “Parakou”. Parakou est une ville du centre du Bénin, un carrefour commercial et culturel, symbole donc de la multitude d’influences présentes dans cet album. Makossa, zouk, soul, reggae et surtout jazz, Angélique Kidjo effectue un travail de synthèse musicale qui ouvre un très large horizon pour l’auditeur. Le pianiste Jasper Van’t Hof est invité sur un titre intimiste, “Blewu”. Le succès de l’album est accompagné d’un événement exceptionnel pour la jeune femme. En mai 1989, elle réalise son rêve de toujours en chantant en première partie de Myriam Makeba à l’Olympia à Paris. La chanteuse sud-africaine a elle-même, beaucoup d’admiration pour Angélique Kidjo, les deux femmes partageant le même tempérament, une voix exceptionnelle et une grande sensibilité politique. En 89, Angélique Kidjo enchaîne les concerts et les participations à de grands festivals. Le 13 avril, elle est au Petit Journal Montparnasse à Paris, en juillet au Festival de jazz de Manosque dans le sud de la France, puis du 9 novembre au 31 décembre, elle s’installe près de deux mois au Sentier des Halles, petite salle du centre parisien. L’année suivante, elle réitère une expérience passionnante en faisant la première partie de la grande chanteuse de jazz Nina Simone à l’Olympia les 9 et 10 avril. Puis, le 27 du même mois, elle investit la salle de jazz du New Morning. Mais, outre la France, on la voit sur de nombreuses scènes étrangères dont Londres.

Island

Dès 1991, sort “Logozo” (“La tortue” en fon), deuxième acte solo pour Angélique et point de départ d’une notoriété internationale. L’album est enregistré à Miami et produit par le label Island. Cette fois, le travail entamé dans “Parakou” est plus cohérent. Les multiples influences musicales et culturelles sont mieux travaillées et trouvent leur place tout naturellement à travers les dix titres du disque. La plupart d’entre eux sont composés par Angélique Kidjo et son mari Jean Hébraïl. En particulier les deux extraits qui marchent le mieux, “Batonga” et “Wéwé”. L’album est produit par un américain d’origine cubaine, Joe Galdo. Des invités prestigieux traversent le disque avec bonheur, que ce soit le saxophoniste camerounais Manu Dibango, le jazzman américain Branford Marsalis ou le zaïrois Ray Lema, qui prête sa voix sur le titre “Sénié” accompagnant ainsi la magnifique voix a cappella de la chanteuse. De plus, Angélique reprend une chanson traditionnelle très célèbre en Afrique, “Malaïka”, hommage à Myriam Makeba qui l’avait immortalisé avant elle. C’est en fin d’année qu’Angélique Kidjo est de retour sur une scène béninoise lors de la dixième édition des Découvertes RFI organisées du 5 au 9 décembre. Elle est elle même la marraine de l’événement et reçoit le Prix RFI-SACEM (Société des Auteurs-Compositeurs). Le 5, elle chante à Porto-Novo, capitale du Bénin puis le 8, à Cotonou où sont organisées les Découvertes. A son retour à Paris, elle donne un concert le 19 décembre à la Cigale. Vedette internationale, Angélique Kidjo s’envole en 1992 au Japon, en Australie et aux Etats-Unis en septembre. A cette occasion, elle participe à l’émission de jazz que présente Branford Marsalis, le “Tonight Show”. Cette année-là, elle est également nommée trois fois aux New Music Awards américains (meilleur nouvel album, meilleur album de world music et meilleur artiste solo). Enfin, elle est récompensée aux Octaves de RFI à Montréal, prix décerné à un chanteur et à une chanteuse francophones. Le 31 octobre, Angélique Kidjo remonte sur la scène de l’Olympia mais cette fois en vedette. La première partie est assurée par le zaïrois, Lokua Kanza qui fait alors ses débuts en France. La jeune femme est à ce moment-là enceinte de quatre mois d’une petite fille, Naïma-Laura, qui voit le jour en 1993. Pendant presque un an, la jeune femme disparaît donc du devant de la scène pour se consacrer presque exclusivement à son bébé. Elle trouve cependant le temps de préparer un nouvel album qui sort dès le début de l’année 1994.

Afro-funk

Beaucoup plus dance, l’album “Aye (“La vie” en yoruba) est enregistré entre le Paisley Park Studio de Minneapolis aux Etats-Unis, Londres et Paris. Le disque est produit par Will Mowat (Soul II Soul) et surtout David Z, producteur de Prince. Les dix titres prouvent une nouvelle fois le talent d’écriture de la chanteuse et reprennent les éléments de son succès, soit le mélange de funk et de tradition africaine, plus souvent qualifié d’afro-funk. Le meilleur exemple en est le titre “Agolo”, qui évoque les problèmes de l’environnement, et qui devient le plus gros tube d’Angélique Kidjo. Sur tous les continents, on danse sur “Agolo”, empreint de juju music, rythme provenant de la culture vaudou du Nigéria et basé sur le principe du “talking-drum” (“le tambour qui parle”). La tradition vaudou est très présente dans le travail d’Angélique Kidjo, elle-même issue d’une région où ce genre de rituels est omniprésent. A partir du 17 février 94, Angélique Kidjo repart sur les routes pour une longue tournée internationale qui démarre en Scandinavie. En mars, elle est de retour aux Etats-Unis où elle est une des très rares artistes africaines à s’être faite un nom. Le 25 mai, elle est sur la scène du Bataclan à Paris, puis durant l’été elle navigue entre de nombreux festivals dont elle est désormais une des invitées de marque. On la voit de nouveau à Montreux en Suisse, puis au festival de jazz de Nice. Elle est également une des têtes d’affiche du festival itinérant Africa Fête qui présente la musique africaine à travers le monde et en particulier aux Etats-Unis et au Canada où le festival traverse une dizaine de villes chaque année. Début 95, Angélique Kidjo et son mari Jean Hébraïl passent plusieurs mois au Bénin pour enregistrer des musiques traditionnelles à travers les villages du pays. C’est un long travail de recherche et d’écoute que le couple compte utiliser pour le prochain album de la chanteuse. Si c’est également une occasion de se ressourcer, Angélique Kidjo en profite pour s’inspirer des percussions béninoises pour les intégrer à ses compositions. Une part des enregistrements a donc lieu sur place et ce voyage au Bénin prend une large place dans le nouvel album, qui se veut différent des précédents. Produit par Jean Hébraïl, “Fifa” (“La paix” en fon) est aussi enregistré entre Paris, Londres, Los Angeles et San Francisco où elle invite le guitariste Carlos Santana, idole de son enfance. Pour la première fois, la chanteuse chante en anglais quelques titres, mais l’essentiel est en fon. Angélique Kidjo aborde à nouveau le thème du vaudou dans “Goddess of the sea” et “Shango”, mais surtout dans “Korokoro” qui décrit une cérémonie particulière concernant le retour des ancêtres décédés. Bien que catholique, Angélique considère que le vaudou est sa première religion tellement l’impact est important dans la culture de son peuple. Enfin, le dernier titre “Naïma” est consacré à sa fille.

Drôle

En 1995, on retrouve le titre “Fifa” sur la bande originale du film américain “Ace Ventura”. Déjà en 93, sa reprise de “Malaïka” avait été utilisée par André Téchiné dans son film “Ma saison préférée”. Puis en 1994, on retrouve la chanteuse sur la bande originale de “Journal intime “ de l’italien Nanni Moretti, et de façon plus inattendue, sur la bande originale de “Street Fighter”, avec Jean-Claude Van Damme. Ces nombreux emprunts au répertoire de la chanteuse béninoise prouvent à quel point sa renommée est internationale. Cette fois, c’est à New York que démarre la tournée 96, puis en mai elle se partage entre les scènes de Londres et de Paris. Puis de novembre à décembre, elle traverse le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, pays où bien avant l’Europe, Angélique Kidjo fut une star. En 1997, les tournées continuent et s’étendent jusqu’en Australie. Un autre album sort en juin 98 : “Oremi” (Mon ami). Enregistré aux Etats-Unis, cet opus comporte notamment une reprise de Voodoo Child de Jimi Hendrix. Largement inspirés par le jazz et le rythm’n’blues, les quelques douze titres sont essentiellement écrits par Kidjo elle-même, et son mari Jean Hébrail. Des invités aussi prestigieux que Cassandra Wilson ou Branford Marsalis viennent apporter leur contribution à cette production. De plus en plus souvent aux Etats-Unis, Angélique choisit de s’installer à New York dès la fin de l’été 98. Elle déclare y trouver plus de facilités pour travailler et plus d’ouvertures artistiques.

KidjoAmerica

Désormais, sa carrière est nettement installée aux Etats-Unis et rares sont ses venues professionnelles en Europe. En 2001, la chanteuse signe chez Columbia et sort une compilation de 18 de ses meilleurs titres, “Keep on Moving”. Une tournée américaine suit de mai à septembre. Nouvel album en avril 2002, “Black Ivory Soul”, aux couleurs brésiliennes. Après les Etats-Unis en 98 avec l’album “Oremi”, la chanteuse continue son exploration des Amériques noires. Elle devrait poursuivre avec Cuba et Haïti. Dans cet album, Angélique Kidjo a écrit trois titres avec Carlinhos Brown et reprend “Refavela” de Gilberto Gil. Enregistré entre New York et Bahia, “Black Ivory Soul” est interprété par une pléiade de musiciens brésiliens, africains, antillais ou américains, le tout produit par Bill Laswell, un des plus grands artisans de la “world fusion”. Cela n’empêche pas Angélique de chanter trois titres en français dont une reprise de Gainsbourg, “Ces petits riens” et un titre signé Jimmy Kapler, frère de Jean-Jacques Goldman (“Ne cédez jamais”). A l’occasion de la sortie de cet opus, Angélique reprend la route : en mars, elle se produit aux Etats-Unis et au Canada. Les 9 et 10 avril en France à Paris (à l’Européen) et continue dans le monde entier. Le 25 juillet 2002, elle est nommée par l’UNICEF, ambassadrice de bonne volonté, et se déplace dans plusieurs pays d’Europe ou d’Afrique pour défendre les droits des enfants à la santé, l’éducation et la protection.

Kidjo_Oyaya2004 : “Oyaya !”

Angélique Kidjo sort au printemps 2004 le troisième volet de son voyage musical à travers les terres d’exil forcé des peuples africains au temps de l’esclavage, “Oyaya !” Après les Etats-Unis (Oremi) et le Brésil (“Black Ivory Soul”), l’artiste béninoise sonde les Caraïbes. Un album joyeux qui n’exclut pas des réflexions profondes notamment sur la religion et le sida. Ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF en Tanzanie, Angélique Kidjo a écrit notamment une chanson sur les enfants des villages ravagés par le Sida, “Mutoto Kwanza”, en Mina togolais : “Les enfants d’abord”.... En avril 2004, la chanteuse démarre sa nouvelle tournée internationale au Canada. Angélique Kidjo participe en mai 2005 au festival Mawazine de Rabat au Maroc. La même année, elle apporte son concours à la réalisation de la bande originale du dessin animé “Kirikou et les Bêtes Sauvages”, mise en musique par Manu Dibango. Ce deuxième volet des aventures du petit héros africain de Michel Ocelot, réunit bon nombre de grandes voix du Continent et remporte un franc succès. 2006 marque pour Angélique Kidjo le début des sessions de travail d’un nouvel album, “Djin Djin”, qu’elle envisage comme un retour aux sources. Elle s’entoure de deux percussionnistes béninois, Crespin Kpitiki et Benoît Avinouhé, membres du Gangbé Brass Band et invite pour la première fois un florilège de personnalités internationales. Peter Gabriel, Alicia Keys, Carlos Santana, Brandford Marsalis, Ziggy Marley ou le producteur Tony Visconti participent à cet album, qui donne à voir, en miroir, le chemin parcouru par Angélique Kidjo, des rues paisibles de Ouidah à la bouillonnante vie new-yorkaise. “Djin Djin” sort le 30 avril 2007. De mai à juillet 2007, Angélique Kidjo part en tournée européenne, elle fait notamment une halte au New Morning le 4 juin et un détour par le Festival des Musiques sacrées de Fès le 7 juin, ainsi qu’un crochet par le SOS festival Live Earth, à Johannesburg, en Afrique du Sud, un mois plus tard. Angélique Kidjo fait voyager et connaître la richesse de la musique africaine aux quatre coins de la planète. Inspirée par de grandes chanteuses telles Miriam Makeba ou Aretha Franklin, elle a atteint au fil des années le même niveau de talent et de notoriété. Femme attachante et fort drôle, elle est désormais une des artistes majeures issue du continent africain.

Source : lemessager.sn

Tag(s) : #COUPS DE COEUR

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