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Courrier international - 11 juil. 2007
Article
FRANÇAFRIQUE - L'anticolonialisme selon Sassou-Nguesso
Alors qu'il est poursuivi en France pour "recel de détournement de biens publics", Denis Sassou-Nguesso a été reçu le 5 juillet à l'Elysée. Le chef de l'Etat congolais en a profité pour revenir sur l'affaire en criant, entre autres, au racisme.
Les milieux les plus réactionnaires ont toujours aimé vider de leur contenu les mots qui les menacent. Objectif : les banaliser, créer la confusion sémiologique et discréditer avec eux ceux qui, en les prononçant, prêchent pour un nouveau monde, radicalement différent de celui qui existe.

Le 5 juillet, dans la cour de l'Elysée, le président congolais Denis Sassou-Nguesso a appliqué cette vieille technique avec un art consommé et un cynisme scandaleux en évoquant la procédure judiciaire consécutive à la plainte déposée par 27 associations pour "recel de détournement de biens publics" contre son homologue gabonais (et gendre) Omar Bongo et lui-même. Où ces présidents ont-ils, en effet, pris l'argent grâce auquel ils ont acheté leurs somptueuses résidences parisiennes, ce que leurs salaires et avantages ne permettent pas ?

Sassou-Nguesso a hurlé, après un entretien tout de complaisance avec Nicolas Sarkozy, au "néocolonialisme" : "Si cette affaire n'avait pas des relents, disons, de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation gratuite, on l'aurait laissée mourir […]. C'est plutôt honteux de traiter ce dossier-là […]. En France, tous les dirigeants du monde ont des châteaux et des palais, qu'ils soient du Golfe, d'Europe, de l'Afrique […]. On peut même s'étonner de voir que, de la manière la plus triste, on ait trouvé deux cibles sur lesquelles on voudrait tirer. Je n'en dis pas plus."

Passons sur la manière grotesque dont Sassou justifie sa kleptomanie et le pillage de son pays. Il aimerait, peut-on comprendre, qu'au titre des droits de l'homme on reconnaisse les droits des tyrans à affamer leurs peuples sans distinction de race. Pour Sassou, les associations et les juges français ne s'intéressent, pour les embêter, aux dictateurs qui détournent l'argent de leurs peuples que lorsqu'ils sont Africains. On aimerait lui rétorquer que c'est une agréable déclinaison de la "discrimination positive" et qu'il faudrait plutôt s'en féliciter.

Le problème, dans la rhétorique de Sassou, est plus profond. S'il s'auto-célèbre en héraut du combat contre le néocolonialisme, il devient le compagnon de lutte des morts de [l'hôtel] Ivoire tués par les soldats de la force Licorne en novembre 2004, de
François-Xavier Verschave [écrivain et fondateur de l'association Survie, mort en 2005 et fervent opposant au pillage de l'Afrique par l'Occident], de Nelson Mandela. C'est une insupportable imposture.

Le néocolonialisme, ce n'est pas la dynamique vertueuse qui ambitionne de traduire les pantins de l'Empire devant les tribunaux de la République ; c'est la force vicieuse qui a permis au dictateur congolais de revenir au pouvoir par les armes en 1997, dans les roues des chars de l'armée française et au prix de plusieurs milliers de morts, après en avoir été chassé par les urnes cinq ans plus tôt.

Par ailleurs, seuls les naïfs s'étonneront de l'empressement de Nicolas Sarkozy à recevoir à l'Elysée des présidents africains richissimes qui ne symbolisent en rien la "rupture" avec les "réseaux d'un autre temps" dont il s'est prévalu durant sa campagne. Si ce n'est pas un moyen d'intimider les juges, alors qu'est-ce donc ?
Théophile Kouamouo
Le Messager
Tag(s) : #Politique Africaine

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