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16/07/2007

Brazzaville et son pays le Congo ne cessent de défrayer la chronique depuis quelques années à propos de toutes sortes de sorties médiatiques et politiques peu gratifiantes pour le pays, et pour les Africains, allant des guerres fratricides, des biens mal acquis, de la gabegie clanique pétrolière et on en laisse des meilleurs, au culte du colonial. A l’occasion du Festival Panafricain de Musique, le Fespam, une vingtaine de pygmées Baka, venus du département de la Likouala ont été «logés» dans un zoo de la capitale pendant plusieurs jours [source AFP.13.07.07], puis réinstallés selon le gouvernement au lycée technique du 1er mai.

 

 

Naturellement plusieurs scandales se trouvent résumés dans cette affaire. D’une part, que pour un festival financé sur fonds publics, se voulant panafricain, personne côté autorités publiques n’ait jugé indécent de reléguer les Baka dans un lieu réservé aux animaux, fût-ce dans la partie «détente» où ne se trouvent pas les animaux, est en soi d’une gravité sans nom. Pis, certains arguent de deux justifications presque aussi graves que le mal : les Baka seraient de mauvais clients d’hôtels, ils emporteraient tout sur leur passage !, quand ils ne préfèreraient pas un hébergement se rapprochant de leur habitat naturel et culturel, la forêt.

 

 

Non content d’imposer cette indélicatesse et ce traitement dégradant à des populations consultées quotidiennement par toute l’Afrique forestière pour leurs connaissances de la pharmacopée, leur science cynégétique, leurs thérapies traditionnelles, le Fespam n’avait pas prévu de rémunérer comme les autres, le groupe Baka venu se produire pendant le festival ! Une exploitation économique donc, en plein événement se voulant une promotion culturelle panafricaine, événement dont l’édition 2007, la sixième, était organisée par l’Union africaine et soutenue par l’Unesco et le Ciciba, des institutions supposées garante de la culture africaine et universelle. Ubuesque et caricatural jusqu’au détail.

 

Heureusement l’Observatoire congolais des Droits de l’Homme s’est insurgé contre cette situation qu’il a dénoncée, acculant le gouvernement à revoir sa copie. Relogement des Baka et paiement des prestations artistiques des Baka ont été obtenus, ce qui n’efface rien.

Pourtant le fait d’avoir invité des pygmées à ce festival était en soi une heureuse initiative. Les pygmées subissent effectivement toutes sortes de relégations dues à leur mode de vie forestier, à un système de valeur qui n’accorde pas la même importance aux biens matériels que les autres peuples, ce qui en fait des sujets d’exploitation économique. Leur enclavement ou implantation en forêt rend peu évidente une intégration à la vie du reste des peuples des pays d’Afrique centrale, Gabon, Congo, Centrafrique, Cameroun, Guinée équatoriale. Du coup, pourvoyeurs de soins traditionnels, de défenses d’éléphants, capables de retrouver des mines d’or ou d’argent là où peu y parviendraient, et ne demandant généralement en rétribution que du sel ou autres objets utilitaires peu onéreux dans le système de prix courant, tout le monde trouve intérêt à les exploiter politiquement et économiquement. Il serait faux pour autant d’imaginer un apartheid, il y a des mariages avec les «Bantu», et une réelle considération pour leur statut de conservatoire des trésors anciens du continent. Cela ne se mesure certes pas, à côté des déplacements de populations, de la destructions de leurs sites colonisés par les grues des exploitants forestiers ou le passage des pipeline dont ils ne tirent aucun avantage, sinon nuisances sonores, pollution, déplacements forcés. Autant d’éléments qui font bondir les droits-de-l’hommistes européens, heureux de trouver des cas de «racisme bantu» compensant les crimes qu’ils ne parviennent ni à raturer des mémoires ni à absoudre totalement aux yeux du monde.

 

Le problème reste cela dit entier et par delà l’anecdote qui est révélatrice, la question du rapport de l’Afrique à elle-même, à ses traditions, à son histoire, à son patrimoine, à l’institutionnalisation de ces rapports reste entière, l’indignation ne suffira guère à esquisser des solution pérennes. Le Congo paraît tenir la palme de cette malfaçon des sociétés africaines malades d’aliénation et d’anomie, de disparition de leurs repères autocentrés, la construction du Mausolée en l’honneur de Savorgnan de Brazza colon et auteurs de sacrilèges dans le Kongo ancien [le royaume Teke] le laissait entendre. L’épiscopat congolais ne souhait-il pas lancer une étude en béatification de Pierre Savorgnan de Brazza en juillet 2005 ? Le syndrome Savorgnan de Brazza qui est apparent et aggravé au Congo n’est que la face visible d’une Afrique qui souffre de ne plus se reconnaître, pour une part désemparées devant les mutations sociétales qu’elle ne maîtrise pas et qu’elle ne sait que subir à ce jour.

 

 

Tag(s) : #INEDITS

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