Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

FMI • La fronde du Sud contre Strauss-Kahn
(Courrier International 19/07/2007)


Le directeur général du FMI est traditionnellement un Européen. Mais cette fois-ci, alors que l'ancien ministre français est en passe d'être désigné, les pays en développement aimeraient avoir leur mot à dire, rapporte Le Messager de Douala.

Le FMI se cherche un nouveau patron. Depuis la création des deux institutions de Bretton Woods, il y a soixante ans, une règle non écrite veut que la présidence de la Banque mondiale revienne à un Américain et que le directeur général du FMI soit originaire de l'Europe de l'Ouest. Les Américains, qui ont récemment obtenu la nomination de Robert Zoellick pour remplacer Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale, ont déjà annoncé qu'ils soutiendront un candidat européen. Lequel n'est autre que Dominique Strauss-Kahn, adoubé la semaine dernière comme le candidat de l'Union européenne.

Le nouveau locataire de l'Elysée estime que Strauss-Kahn a "les qualités indispensables à cette fonction". Il est vrai qu'un départ de Dominique Strauss-Kahn à New York ferait bien les affaires de Nicolas Sarkozy, qui verrait ainsi s'éloigner un adversaire politique sérieux et ambitieux, qui aurait pu être son challenger lors de la prochaine élection présidentielle. Mais l'élection de l'ancien ministre des Finances français n'est pas encore acquise. Plusieurs voix s'élèvent, en effet, contre la mainmise des Occidentaux sur les institutions financières internationales.

L'ONG internationale Oxfam, qui milite pour la réforme du FMI, estime que "le processus de sélection du successeur de Rodrigo Rato doit être basé sur le mérite et les capacités des candidats à assurer cette fonction". Pendant trente-deux de ses soixante-trois années, le FMI a déjà été dirigé par des Français, parmi lesquels Michel Camdessus, pendant douze ans. Ce dernier comprenait déjà que l'on puisse remettre en cause le fameux "accord tacite". "Une telle répartition se justifiait en 1950, quand le reste du monde n'était pas représenté ici (à Washington), à part quelques pays d'Amérique latine. Aujourd'hui, les pays émergents sont sur le devant de la scène. Aujourd'hui, les pays les plus pauvres doivent avoir leur mot à dire", estimait Michel Camdessus dans son discours d'adieu, en 2000.

Du côté des pays émergents justement, des voix remettent en cause la mainmise des Occidentaux sur les institutions de Bretton Woods. C'est le cas de l'Afrique du Sud, qui assure la présidence du G-20, le groupe des vingt économies émergentes et avancées. "Il serait malheureux qu'on ne suive pas un vrai processus fondé sur le mérite, permettant une analyse des candidatures de tous les pays membres, avancés ou moins avancés", estime Trevor Manuel, le ministre des Finances sud-africain, qui dit partager cette position avec ses homologues australien et brésilien.

Le nouveau ministre des Finances britannique, Alistair Darling, semble lui aussi remettre en cause ouvertement le partage des pouvoirs actuel à Bretton Woods. Il souligne que le "gouvernement britannique veut voir quels autres candidats pourraient être mis en avant par le FMI". Peut-être sera-t-il exaucé, puisque le FMI rappelle que "chaque membre de son Conseil d'administration peut soumettre une candidature pour ce poste, sans critère de nationalité". Alors, les pays émergents vont-ils se lancer dans la course pour barrer la route de Bretton Woods à Dominique Strauss-Kahn ?



Ambroise EBONDA
Le Messager

Tag(s) : #Politique Internationale

Partager cet article

Repost 0