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Les élites récidivent, elles ne savent faire que ça

Ce que j’aime chez les intellectuels français, c’est la manière arrogante qu’ils ont d’être à côté de la plaque. Il faut reconnaître à leur décharge que parler pour dire quelque chose suppose d’abord de savoir de quoi l’on parle.

Pour s’éviter cet effort, les membres de nos élites ont trouvé la solution: soit ils disent tous la même chose –je parle bien sûr des bêtises qu’ils ânonnent et des lieux communs dont ils se repaissent–, soit ils s’entendent pour parler de sujets qui n’ont rien à voir avec la réalité, ce qui leur évite d’avoir à se confronter au réel.

Les détenteurs indivis du monopole de la parole creuse

L’important après tout, dans le marigot intellectualo-médiatico-politique qui nous tient lieu de réservoir de pensée correcte, est que chacun de ceux qui ont réussi à accaparer la légitimité du verbe autorisé continue d’être reconnu par ses pairs comme détenteur indivis du monopole de la parole creuse.

Comme cela, on ne fait de mal à personne et le monde des dirigeants peut continuer de ronronner en paix. Le seul problème –mais en est-ce vraiment un?– c’est que le reste de l’humanité, qui ne fait pas partie des quelques élus faisant métier de tout savoir sans avoir jamais rien appris, n’a pas d’autre choix que de croire ce qu’on lui dit ou de vomir ce conformisme gluant.

Pourquoi suis-je donc de si méchante humeur ce matin? Parce que j’en ai assez de voir qu’à chaque fois, on nous ressort les vieilles lunes. Je parle évidemment du "débat" sur la récidive, aussi médiocre que l’est notre classe dirigeante, intellectuels compris.

Le ton en a été donné par M. Badinter, vieux sage en fin de parcours qui est venu distribuer les bons et les mauvais points avec des arguments qui n’ont pas changé depuis Victor Hugo. Il a seulement oublié de voir, comme tous les autres avec lui, que de l’eau a coulé, depuis, sous les ponts.

De l’insondable indigence de la pensée correcte

Et ce matin, j’entendais encore sur France Culture M. Olivier Duhamel, requinqué par sa toute nouvelle nomination dans le comité Balladur, nous affirmer sans ciller qu’il n’y avait aucun pénaliste en France pour défendre le projet de loi sur la récidive. Qu’on me comprenne bien: je ne suis ni un partisan farouche, ni un détracteur acharné de ce texte, qui n’est ni aussi bon qu’on le dit, ni aussi mauvais qu’on nous le fait croire. Je voudrais simplement qu’on en finisse avec les radotages qui ne prouvent qu’une seule chose: l’insondable indigence de la pensée correcte dont nos élites, de droite comme de gauche, se sont arrogé l’apanage.

J’ai déjà proposé une analyse de cette réforme, dans mon premier post, sur laquelle je ne vais pas revenir. Mais je voudrais y ajouter une chose: le pire n’est certainement pas que l’on aggrave la réponse pénale envers une délinquance qu’il faudrait peut-être, un jour, étudier de plus près que ne le font nos spécialistes du n’importe quoi médiatico-politique (mais ce n’est pas mon propos d’aujourd’hui).

Il est dans la parfaite incohérence du projet gouvernemental lui-même, qui s’empresse de supprimer de la main gauche ce qu’il prétend apporter de la main droite. Contrairement à ce que pense M. Duhamel, une sévérité accrue pour les récidivistes n’a rien de choquant et le texte soumis au Parlement n’a rien de liberticide.

Je sais dans quel mépris nos élites (et d’autres) tiennent les magistrats français, mais ils pourraient au moins leur reconnaître qu’ils sont capables de dire et d’écrire pourquoi, dans les cas où ils ne voudront pas appliquer les peines planchers, ils descendent en dessous du seuil préconisé par la loi démocratiquement votée.

Mais au-delà de ces balivernes, le problème est tout à fait ailleurs et, bien entendu, aucun de nos doctes commentateurs n’en a la moindre idée. Le 27 juin dernier –ce n’est pas vieux–, la garde des Sceaux a envoyé une circulaire dans tous les tribunaux pour enjoindre aux magistrats d’accélérer la politique, engagée par son prédécesseur M. Perben, d’aménagement des peines. Très bien, dira-t-on, de personnaliser ainsi l’exécution des sentences en vue de la réinsertion des condamnés.

Développer au maximum une politique d'aménagement des peines

Sauf que ce nouveau droit à l’aménagement est tout sauf une personnalisation puisqu’il doit devenir automatique et qu’on peut même se demander ce qu’il reste à la sortie de l’exécution de la peine. Je cite: "La loi du 9 mars 2004 (loi Perben II) a affirmé le principe selon lequel les peines d’emprisonnement ont vocation à être aménagées (…). La conduite de cette politique pénale a permis d’obtenir des résultats encourageants puisque, entre le 1er avril 2006 et le 1er avril 2007, l’ensemble des aménagements de peine a augmenté de 28,6%…"

Et la ministre d’accorder un satisfecit particulier au bracelet électronique, qui a augmenté dans la même période de 59%, pour inviter les parquets à mettre tout en œuvre pour développer au maximum cette politique d’aménagement. Le problème, c’est qu’aménager la peine, cela veut dire: trouver les moyens pour que la peine d’emprisonnement ne soit pas exécutée en prison (voire pas exécutée du tout, comme avec le bracelet électronique).

On peut disserter longtemps, et j’en aurai d’autres occasions, sur la valeur punitive (et autres) de la prison. Mais aujourd’hui, je m’interroge sur une seule chose. Comment peut-on tenir les deux discours en même temps, celui sur la récidive et la nécessaire aggravation de la sanction, et celui sur l’aménagement de la peine et l’indispensable atténuation de ses effets?

J’avoue que cette logique m’échappe, sauf à relever que, comme je le disais en commençant, mais peut-être un peu plus clairement encore, je crois que l’on nous fait prendre les vessies pour des lanternes. Mais l’important, une fois encore, n’est-il pas que la droite continue d’avoir l’air d’être de droite, pour que la gauche puisse continuer de faire semblant d’être de gauche?

Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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