Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La part de vérité de Boni Yayi sur les dossiers brûlants de l’actualité nationale
En marge de sa visite de travail de deux jours en France la semaine dernière, le Chef de l’Etat, le président Boni Yayi a accordé une interview à notre confrère de Rfi, Christophe Bouabouvier. Il est largement revenu sur certains dossiers brûlants qui défrayent actuellement la chronique au Bénin dans le pays. De la marche verte du 16 juillet dernier contre la corruption à l’incarcération de Séfou Fagbohoun, en passant par le conflit entre l’Etat et les opérateurs Gsm, tout a été abordé par le président Boni Yayi en France.

Monsieur le président bonjour. Le 16 juillet dernier, vous avez marché 10 km dans la ville de Cotonou pour protester contre la corruption. Est ce que ça veut dire que tous vos efforts depuis un an sont restés vains ?

Non, pas du tout. C’est pour surtout faire passer le message que cette conviction ne saurait changer et que le chemin de la prospérité de mon pays passe par la bonne gouvernance. Cette marche symbolise notre détermination.

Depuis un an, l’ancien directeur de société d’Etat, Fagbohoun est en prison. Est-ce le bouc-émissaire de cette lutte ? Est ce que les autres personnes responsables de détournement peuvent dormir tranquille ?

Vous me parlez du président Fagbohoun que j’aime bien naturellement. Il s’agit d’un dossier qui est pendant devant la justice. Mais la justification de l’acte qui a été posé est claire au niveau de tous les Béninois. Il s’agit d’un problème de mal gouvernance que le peuple a voulu élucider.

Quand vous avez fait campagne, vous avez dit avec moi, la corruption, c’est terminé, il n’y aura plus de contrebande de l’essence avec le Nigeria par exemple. Et un an après, ça continue. Est-ce que quelque fois, il n’y a pas des choses qui sont au dessus de vos forces ?

Je crois qu’il faut savoir mettre de l’ordre lorsqu’on veut se déchausser. On ne se déchausse pas les deux pieds à la fois. Ce dossier dont vous venez de parler est une priorité, c’est vrai. Mais c’est un secteur qui utilise près de 2 millions de Béninois à qui je ne suis pas encore arrivé à proposer une formule alternative. Il est impératif qu’on mette un terme à ce commerce illicite et dangereux. Et on a besoin de l’adhésion de tous. Et tout ce que j’ai compris, c’était de renoncer à la violence parce que à cette violence, on peut m’opposer aussi la violence et l’instabilité ; ce que je ne souhaite pas. C’est pourquoi, j’ai choisi le chemin du dialogue et naturellement la question de la réinsertion semble être, disons, la meilleure voie.

Pour les contrebandiers ?

Naturellement. Donc, nous avons lancé d’abord le premier programme de micro-crédits. Bon nombre d’entre eux sont en train d’en tirer profit en ce moment, surtout du côté des femmes. Pour y arriver, il faut la stabilité.

Monsieur le président, quand Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux vous disent : « Il y a plus de médecins béninois à l’extérieur du Bénin qu’au Bénin, et ce n’est pas normal », qu’est ce que vous leur répondez ?

Moi, je crois que la question de l’immigration est une question d’actualité. En ce qui concerne mon pays le Bénin, la particularité est que mes compatriotes qui sont concernés par ce phénomène appartiennent à une certaine élite. Vous avez des médecins, des avocats et autres de profession libérale. Nous avons attiré l’attention des autorités françaises pour leur dire qu’aujourd’hui, cette situation nous fait du mal parce que mon pays a besoin de ces compétences, de ces talents. Et je crois que cet instrument basé sur la carte compétence talent est déjà encourageant, en ce sens qu’après six années, mes compatriotes concernés auront l’occasion de bénéficier de l’appui français pour leur réinsertion dès leur retour dans leur pays natal ; c’est-à-dire au moment où on aura besoin d’eux. Je pense que l’instrument que veut nous proposer aujourd’hui la nouvelle coopération française est une bonne chose. Maintenant, je suis heureux puisqu’à cette occasion, les autorités françaises nous ont marqués leur disponibilité à passer à la phase active ; c’est-à-dire la signature d’un accord de co-développement qui est important pour mon pays.

A la suite des législatives de mars dernier que vous avez gagnées, vous avez fait rentrer dans votre nouveau gouvernement, l’un des fils de l’ancien président Soglo. Est-ce que ça veut dire que vous avez la même stratégie que A.T.T au Mali, c’est-à-dire, faire rentrer toute l’opposition au gouvernement pour qu’il n’y ait plus d’opposant ?

C’est une ouverture salutaire. Il s’agit d’un gouvernement qui a été mis en place dans cette vision ; c’est à dire un gouvernement du Bénin et non d’un parti politique. Et nous avons vu en Monsieur Galiou Soglo, une compétence et un talent qui soient compatibles vraiment avec cette vision ; c’est-à-dire la nécessité de mettre sur pied une équipe qui puisse faire gagner mon pays.

Monsieur le président, depuis une semaine, l’Etat est en conflit avec deux opérateurs de téléphonie mobile. Et de nombreux Béninois ne peuvent plus appeler l’étranger et on ne peut plus les appeler. Le téléphone ne marche plus pour beaucoup de Béninois. Comment sortir de la crise ?

La sortie de crise est pour bientôt. Mon pays est ouvert à la promotion du secteur privé et aux capitaux privés, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Mon pays a ouvert son ciel, ses comptes, ses marchés aux investisseurs privés. Tel est le cas du secteur des télécommunications dans mon pays. Mais nous sommes dans la phase de l’assainissement de ce secteur. Nous voudrions sécuriser les investissements privés dans ce secteur parce qu’aujourd’hui, tel qu’il est géré, ce n’est pas de nature à encourager la promotion des investissements privés. Nous voulons assainir. Et le premier opérateur Bénincell qui est devenu Areeba et Areeba qui va devenir bientôt Mtn, je n’étais pas informé moi. Pourtant, la règlementation en place exige que toute transformation capitalistique ; c’est à dire qui touche le capital ou les actionnaires, soit portée au préalable à la connaissance des autorités compétentes. Ce qui n’a pas été fait.

Il faut régler le conflit quand même

Nous sommes prêts à ce que l’on reprenne le dialogue avec eux et qu’ils viennent nous donner raison en acceptant ce que nous proposons dans la nécessité d’assurer la conformité de leurs activités aux dispositions légales. Et je crois qu’en réalité, la sortie de cette crise est pour bientôt puisque j’ai compris qu’ils ont compris ce que nous voulons. Nous voulons un partenariat sain où il y a l’éthique, et un partenariat gagnant-gagnant.

Merci Monsieur le président.

Propos recueillis par

Christophe Boisbouvier (Rfi)

Tag(s) : #Politique Béninoise

Partager cet article

Repost 0