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26 juillet 2007 - La requête du chef de l’Etat en vue de suspendre les députés Luc da Matha Sant’Anna et Célestine Adjanohoun des travaux du Parlement n’a toujours pas de suite. Outre les difficultés pour le président de l’Assemblée nationale à aborder la question, il y a les relations interparlementaires et les contraintes politiques qui obligent à beaucoup réfléchir. ...

Le président Mathurin Nago doit se faire depuis quelques jours de sérieux soucis pour ce qui est de la suite à donner à la requête du président de la République en vue de la suspension des députés Luc da Matha Sant’Anna et Célestine Adjanohoun pour leur mise à la disposition de l’Inspection générale d’Etat (Ige) dans le cadre de l’affaire du marché de gré à gré de plus de trois milliards passés avec une société. Surtout qu’au delà du caractère économique du dossier, il y a son volet politique qui recommande beaucoup de prudence. La première interrogation au sujet de cette requête est l’avenir des relations entre le chef de l’Etat et Mathurin Nago d’une part et entre ce dernier et l’ensemble des députés de la cinquième législature d’autre part D’abord, si Mathurin Nago continue de s’obstiner à garder sur lui la correspondance pour ne pas la rendre publique, ses relations avec le président Yayi Boni prendront facilement un coup et du côté du gouvernement où les courtisans sont prêts à tout pour gagner des postes, il risque d’être jugé comme celui qui veut passer outre la volonté de Yayi Boni à mettre fin à la corruption, la mauvaise gestion et surtout l’impunité. Il risque aussi d’être mal vu dans l’opinion publique où on a l’habitude de faire croire que les premiers adversaires du peuple se trouvent à l’Assemblée nationale. Mieux, en introduisant le dossier tel qu’il se présente actuellement, Mathurin Nago va violer le règlement intérieur. Le dossier sera rejeté et sera étiqueté à la présidence de la République et dans les populations comme celui qui veut protéger les criminels économiques. De la même manière, en livrant ses collègues Luc da Matha Sant’Anna et Célestine Adjanohoun comme le souhaite vivement le premier magistrat du pays, Mathurin Nago aura signé son arrêt de mort. Les autres députés pourraient se retourner contre lui et peuvent facilement le réduire en minorité au sein même du bureau de l’Assemblée nationale pour finir par même le destituer. On dit que le chef de l’Etat est actuellement très bien écouté, les députés de la liste Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) comme l’ensemble de leurs collègues de la mouvance présidentielle lui sont aussi restés très fidèles et la majorité des 48 députés actuels autour de lui sont les moyens suffisants pour aider Mathurin Nago à gérer sans la moindre difficulté le dossier. Mais la réalité est tout autre et les complications sont telles qu’une précipitation autour de ce dossier est germe de préjudice pour Nago. C’est certainement pour cette raison que Mathurin Nago a dû marquer une pause pour mieux réfléchir avant de sortir le lettre de Yayi Boni. Car, on fonçant la tête baisée, il risque se faire piéger. Et les autres députés Fcbe doivent aussi savoir qu’ils sont dans la même situation que Nago et un vote pour la suspension de leurs deux collègues dans les conditions actuelles laisserait la porte ouverte à d’autres cas surtout que certains citoyens commencent à tort ou à raison de taxer l’Assemblée nationale comme le refuge des criminels économiques.  

Le Prd, le Psd et leurs amis Force clé dans de beaux draps

  La requête du chef de l’Etat est également un sérieux piège pour les autres acteurs de la classe politique. Tout le monde veut savoir aujourd’hui ce que seront les députés du Parti du renouveau démocratique Prd), du Parti social démocrate (Psd) et leurs quatre collègues de la liste Force clé face à ce dossier brûlant. Aucun d’eux n’a pour l’instant l’argument adéquat pour ne pas soutenir la position du chef de l’Etat. En votant contre cette requête, ils auraient montré qu’ils s’opposent à la moralisation de la vie publique et seront mal jugés dans l’opinion publique et permettront à Yayi Boni de dire que c’est le Parlement qui refuse de jouer son rôle. Une situation qui ne sera pas sans conséquence directe sur chacun d’eux en cette veille des élections locales. Le cas le plus grave est celui du Prd dont le leader Me Adrien Houngbédji nourrit de sérieuses ambitions pour les présidentielles de 2011. C’est en réalité la période choisie par le président Yayi Boni qui est simplement mauvaise pour la classe politique. Lui s’en est déjà sorti suffisamment grandi. Il peut même se frotter les mains d’avoir bien joué sa partition. Et la dernière marche verte contre la corruption le renforce énormément dans sa position. Il revient aux autres de chercher à tirer aussi leur épingle du jeu. Même si les textes actuels ne le permettent pas. Déjà, dans les couloirs du Palais des gouverneurs à Porto-Novo où les spéculations vont bon train, on estime que c’est à la représentation nationale de donner d’abord la forme juridique adéquate à la requête avant de statuer. Une entreprise qui ne sera pas sans conséquence au regard du caractère sensible du dossier.

Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau)

Tag(s) : #Politique Béninoise