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De Gaulle, étrange nom pour un chien martyr de Tirailleur africain 
18/08/2007

 

Les habitants de la localité de Mengeme, à quelques dizaines de kilomètres de la petite ville de Mbalmayo près de Yaoundé la capitale du Cameroun, se souviendront longtemps du martyre du malheureux De Gaulle, étonnant nom pour un chien souffre-douleur de son maître.

 

C’est que le dénommé Bekoa, qui avait pris ses habitudes de coups de pieds et injures quotidiennes à son De Gaulle de chien de … compagnie était tenancier d’une épicerie et d’un bar dans son village de Mengeme. Son histoire est elle aussi de celle que l’on raconte sur des générations. Il était du nombre de ceux qui avaient été mobilisés, parfois raflés, pour aller guerroyer au pays des Blancs pendant que ceux-ci s’affairaient à en découdre entre eux en 1939-45.

On les avait appelé avec ironie "Tirailleurs sénégalais", et ils avaient sauté les premiers au secours d’une France occupée, conquise. La considération qui leur était accordée n’avait pas beaucoup changé avec les sacrifices qu’ils consentirent, et un demi siècle plus tard c’est à peine si ils appartiennent à l’histoire officielle à laquelle ils contribuèrent.

 

Bekoa était chauffeur dans l’armée résistante française. Sans nouvelles de lui pendant de nombreuses années, sa famille s’était faite une raison. Bekoa, comme beaucoup de malheureux africains avait servi de chair à canon au devant des troupes allemandes, on en le reverrait plus.

 

C’était sans compter avec la ténacité et l’étoile propre de Bekoa qui débarqua un jour dans son village marchant à pieds et regagnant la demeure familiale. Un tel retour ne pouvait être que celui d’un esprit maléfique incapable de trouver le sommeil éternel, et de Tirailleur Bekoa devînt un dangereux revenant. Tout le village fut pris de panique en voyant un authentique vampire, certainement mal à l’aise chez les ancêtres défunts, se mouvoir sans complexe parmi les humains, chose qui ne se produit d’ordinaire que dans des rituels rares, préparés et dans des circonstances précises.

 

La vérité était plus prosaïque pourtant. Bekoa était un rebut de la guerre des Blancs qui avait "mangé" la vie et le sang de tant d’Africains. Il avait été jeté au port de Douala, selon ses dires, sans rien pour regagner son village distant du port camerounais de plus de trois cent kilomètres. Suivant le proverbe beti qui dit "rentre au village qui ne craint la pluie", il avait attaqué la route, à pieds et sans solde, perçant la forêt et affrontant tous les périls qu’elle abritait, pour déboucher un jour enfin à Mengeme.

 

Faire la guerre pour un pays et récolter une telle ingratitude devait transformer la vie de Bekoa qui consigna cet épisode de son existence dans le sort réservé à un chien "bouc émissaire", qui définitivement porta la trahison de la France et du chef de ses armées, le général de Gaulle par devers lui. Ainsi le De Gaulle de Bekoa et de Mengeme, couvert d’injures et d’anathèmes permis t-il au soldat africain floué et volé d’une tranche de sa vie, d’expier au quotidien son ressentiment. Un ressentiment qui ne risque malheureusement pas de s’éteindre de si tôt à en juger par l’empressement mis pour faire rentrer les "Tirailleurs africains", leurs familles et descendants dans leurs droits entiers, intérêts et rétroactivité des pensions non payées incluse.

 

 

* Texte issu du témoignage direct d’un parent de M. Bekoa, "Johnny" B.

Tag(s) : #INEDITS

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