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Entretien à bâtons rompus avec El Hadj Alassane Yaro :« Pour une affaire de gros sous, le torchon brûle au Fard–Alafia » [27 août 2007]

Suite à notre article Top secret : « Alassane YARO quitte le Fard-Alafia » du Mercredi 22 Août 2007 dernier et celui d’un confrère du même jour intitulé : « L’argent d’un opérateur économique divise les membres du Fard-Alafia » : le doyen Alassane YARO menace de claquer la porte. Les deux rédactions ont cherché à se rapprocher de l’intéressé pour en savoir plus à travers un entretien que nous vous proposons de lire. On ne vous présente plus dans ce pays. Vous êtes un des doyens au niveau de la corporation de la presse Béninoise, et aussi au niveau de votre formation politique, le Fard-Alafia. Que se passe-t-il au sein du parti ces jours-ci, puisque nous apprenons que l’argent d’un puissant homme d’affaires vous divise et vous, doyen, vous menacez de claquer la porte. ...

Merci pour votre question, mais avant toute réponse, vous me permettrez une petite rectification. De la manière dont votre confrère avait écrit son titre, c’est comme si c’est à la suite d’un mauvais partage de cet argent que moi j’ai menacé de claquer la porte. Or, de près comme de loin, avant, pendant et après l’histoire de cet argent dont on parle tant aujourd’hui, je n’étais pas du tout informé. Je n’ai été au courant de ce problème que dans la semaine du Lundi 6 Août dernier au moment où ces responsables du parti, concernés par cette situation étaient en train de se chamailler. Aussitôt, je me suis rendu le lendemain chez le ministre Tawéma, l’ancien secrétaire général du parti pour connaître la véracité des faits et me situer.

Votre réaction à la suite de cette rencontre ?

Ma réaction était en deux temps. Primo : Satisfait de savoir que ce dernier n’était pas mêlé à cette pourriture. Secondo : Indignation totale de ma part. Et pour cause ? Comment comprendre qu’à notre dernier congrès extraordinaire de Décembre 2006 dernier à Parakou, et surtout après notre déclaration de soutien au Président Yayi Boni, certains responsables de ce parti se permettent de prendre l’argent d’un Homme d’affaires aux dernières élections législatives.

Vous êtes responsable du parti à un niveau donné ?

Oui je suis vraiment un responsable, mais pas un irresponsable. Aujourd’hui dans le département de la Donga et surtout dans la commune de Djougou, quand on parle du parti Fard-Alafia, on me voit d’abord. A cause du parti Fard-Alafia, depuis sa création, et surtout à cause du leader que j’ai toujours supporté politiquement, j’ai eu toutes les difficultés du monde chez moi et ça, tout le monde le sait. C’est pourquoi je suis indigné que les jeunes frères et amis qui étaient nos candidats ont même reçu leur part de cet argent sans m’en parler.

Comment en sont-ils arrivés à vous marginaliser de cette façon ?

Oui c’est vrai et c’est exact. C’est cela la vie. Quand vous êtes ensemble et que vous ne pouvez pas vous regarder en face et vous dire souvent la vérité, dès que toi tu essaies de la dire un peu, tu es mal vu. Tenez : après les élections présidentielles de mars 2006, les problèmes de dissidence ont commencé jusqu’au congrès avorté de Kandi I. Une délégation du comité des sages du parti dont j’étais le porte parole, a été reçue le Lundi 24 Juillet 2006 par le Président Yayi Boni en son domicile à Parakou. Ce jour-là, le Président disait ceci : « mes chers doyens faites tout pour que l’unité revienne au Fard-Alafia. Je ne veux pas de la cassure du Fard. C’est donc dans cette logique que moi je suis resté tout en travaillant dans ce sens, quand la naissance du nouveau parti Alafia est intervenue le 09 Septembre 2006. Le vin était donc tiré, il fallait savoir comment le boire. Le 28 Septembre 2006, j’ai fait publier un article d’opinion Intitulé : « La formation politique Fard Alafia : quel avenir après la naissance du parti Alafia » ? Vers la fin de mon analyse, je disais ceci : « Ce qui se passe aujourd’hui au sein du parti Fard-Alafia est bien sûr la résultante du comportement et des agissements négatifs de nous-mêmes responsables du parti à tous les niveaux. Très tôt, les idéaux de la création du parti ont été foulés aux pieds. Les responsables, vivants sous l’ombre du Président, le Général Kérékou se comportaient comme des princes intouchables, refusant tout partage du fruit de la victoire. Tout pour eux seuls et rien pour les autres, oubliant et ignorant même les pistes par lesquelles ils étaient arrivés là. Cette situation aujourd’hui est difficile et regrettable pour les membres de le grande famille Fard-Alafia. Mais que voulez-vous à qui la faute et qui condamner ? C’est encore et toujours nous-mêmes responsables de cette grande famille Fard-Alafia. C’est pourquoi en son temps nous avions salué et applaudi, même si quelque part, malgré nous, le retrait aujourd’hui de la scène politique du Général Kérékou avec un certain honneur même mitigé. Cela nous a permis de voir aujourd’hui le dos de ceux là qui sortis du néant hier se croyaient tout permis. Hier, personne n’aurait cru à tout ce que nous observons, voyons et entendons aujourd’hui. Qui vit longtemps verra dit-on. Et avec la patience on arrive à voir et à toucher le sang du caillou. Aujourd’hui, nous respirons l’air du changement. Le père de la Nation, le Président Yayi Boni, doit faire beaucoup attention avec son équipe et son entourage pour que demain l’histoire ne leur reproche quoi que ce soit. Car les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets » . Dès lors j’ai été mis en quarantaine par tous. Personne ne s’approchait plus de moi. L’organisation du congrès de décembre a commencé et du début à la fin, personne ne m’a rien dit. Même mon frère presque jumeaux, comme on nous appelle et avec qui je suis nuit et jour partout et qui était membre du comité d’organisation ne m’a jamais appelé une seule fois pour m’en parler. Le congrès étant pour un samedi, c’est le mercredi que l’honorable Adam Abou Souley m’a envoyé un message sur mon portable pour m’informer et le jeudi matin le Président du comité des sages, le doyen Alou, m’a aussi appelé pour me demander de tout faire pour être à Parakou Samedi. J’ai donc voyagé vendredi matin pour Parakou. samedi matin jour du congrès je suis allé chez mon frère qui prenait le petit déjeuner. Et après les salutations, il me dit ceci : El hadji, tu es arrivé c’est bon. Mais il faut que tu prennes la parole aujourd’hui pour te situer. Les gens ne savent pas si tu es encore Fard-Alafia ou si tu es Alafia ? « J’ai dit Ah bon ! Jusqu’à moi » ? Et effectivement à la plénière, par deux fois j’ai pris la parole et beaucoup ont applaudi. J’ai dit ceci : j’ai été membre fondateur du parti et nous avons travaillé ensemble pour le retour de notre père le Général Kérékou en 1996. Nous l’avons assisté jusqu’à son départ. Aujourd’hui c’est notre frère Yayi Boni qui est là. Si à la fin du congrès, nous publions une déclaration de soutien du parti au Président Yayi Boni, je serai toujours au Fard-Alafia. Fin de citation. » Depuis la fin du congrès en décembre, je n’ai plus vu personne jusqu’aux élections législatives. Les gens tenaient leurs réunions de préparation sans rien me dire, et je les suivais dans le silence et la discrétion. C’est à une semaine de l’ouverture de la campagne que le doyen Professeur Tévoèdjrè, ce baobab infatigable m’a réveillé un samedi matin à 7h 10, et ceci parce qu’il sait que je suis un responsable du parti Fard-Alafia, En effet, j’étais allé solliciter son intervention au début de la crise du parti. C’était à la veille de son voyage. Avant son retour le parti Alafia est né. Ce samedi matin il me disait ceci : El hadji, le Fard-Alafia va aux élections en alliance avec mon parti Ensemble. Je sais que tu iras à Djougou faire la campagne pour ton candidat. Mais je voudrais que tu restes quelques jours ici avec nous pour nous aider à mobiliser tes parents ressortissants de la Donga de Djougou vivant ici à Porto-Novo et environs à voter pour notre candidat qui est Joseph Gnolonfoun que tu connais bien. C’est après son départ que j’ai téléphoné au Secrétaire Général Batoko à Parakou pour l’informer, et ensuite j’appelle les miens à Djougou, pour savoir quels sont ceux qui sont candidats titulaires, suppléants et membres de la direction de campagne. J’ai donc fait quelques jours ici avant d’aller à Djougou avec mes propres moyens (voiture et carburant) accompagné de mon épouse qui était la nièce du frère candidat.

Quel sentiment avez-vous de votre existence au sein du Fard-Alafia ?

J’ai d’abord le sentiment d’avoir été fidèle tout le temps au parti depuis 1994. Je ne suis allé ni à droite ni a gauche et ceci surtout à cause du leader qu’on supportait ; pourtant j’avais des opportunités. Mon oncle l’ex chargé de mission du président Kérékou, Amadou Tchénin, le frère Idrissou Ibrahim Président du Rund, mon ami Houngbédji du Prd tous avaient tout fait avec les moyens dont ils disposaient pour que je sois avec eux dans leur parti. Et je disais toujours au Président Houngbédji de ne pas m’en vouloir. Tant que Kérékou est là je ne peux aller ailleurs. Pendans ce temps c’est ceux qui n’étaient pas sincères avec lui et le trompaient qui faisaient la pluie et le beau temps. C’est bien ça le comportement des gens qui sont venus nous trouver au Fard-Alafia ou que nous avons fait venir au Fard. Et c’est cette vérité que les gens ne veulent jamais reconnaître. Mais Dieu nous regarde tous. Je nourri également le sentiment d’avoir aidé les gens à ma manière dans une certaine mesure avec mes maigres moyens même si eux ils ne l’ont pas fait pour moi. Par exemple, pour des élections communales de 2002 - 2003, lorsqu’il y a eu reprise dans certaines parties du Borgou, j’ai été sollicité par Batoko et Arouna ABOU à Parakou et Adam Souley Abou à Nikki pour aller mobiliser les nôtres de la Donga vivants chez eux là bas à voter pour eux. Voilà comment nous assistons ces responsables qui ne savent pas faire le retour de l’ascenseur.

Pourquoi c’est maintenant que vous réagissez ?

Oui, c’est vrai, je suis un homme très prudent et patient. Je suis allé un peu à l’école de Kaméléon. Je prends toujours mes précautions et mon temps avant toute action. Quand je soulève le pied, je dois savoir où et comment le poser. Si avec tout ce qui se passait, que je savais, qui me faisait mal et je me taisais malgré moi, si je réagissais en ce moment, d’une manière ou d’une autre, surtout avec ces dernières élections législatives, on allait m’attribuer le résultat de cette chute catastrophique du Fard-Alafia partout, surtout chez moi à Djougou. Maintenant je quitte le parti la tête haute sans aucune dette vis-à-­vis d’aucun responsable, sauf le ministre Tawéma à qui je reconnais ses qualités de bienfaiteur. Après feu Sacca Kina, voilà celui qui faisait la vie du parti ; il faut le lui reconnaître, même s’il avait ce défaut de communication que tout le monde lui reprochait et qu’il doit corriger. C’est l’homme qui aidait presque tous les militants du parti au moins à 90%. A part Tawéma moi, je ne pourrai jamais dire que de tous ces cadres du Fard-Alafia qui ont été ministres jusqu’à leur départ, pour quelque circonstance que ce soit, j’a reçu quelque chose de consistant. Et pourtant nous savons ce qui se passait. Le Président Kérékou disait ceci : Tous ces cadres, ministres et DG un peu partout. Pourquoi on les nomme à ces postes ? C’est pour aider les autres ou c’est pour leurs seuls intérêts ? »

Vous êtes un homme d’une certaine expérience. Avant la prise d’une si grave décision, vous devez quand - même consulter quelqu’un pour avis ou un conseil.

Tout à fait. Je ne pouvais pas le faire sans que quelqu’un de proche ne soit informé, surtout à cause de la manière dont mes propres frères ont fait baisser totalement mon moral vers la fin du mandat du Général Kérékou et au cours de l’actuel mandat de Yayi Boni. Tenez : Mon garçon aîné qui faisait parti à d’un groupe de réflexion, s’était porté comme candidat au poste de Président. 72 heures après il désiste en faveur du candidat Yayi Boni comme l’avait fait l’honorable Edgard Alia. Aussitôt les gens n’ont pas hésité et devant moi, de le traiter de délinquant politique. Il va en campagne à Djougou, les parents contents de son acte lui demandent d’organiser un meeting de soutien au niveau de notre deuxième Arrondissement de Djougou. Après mon premier salaire de la Cec-Donga, je l’ai aidé avec 100.000 Francs CFA pour l’organisation. Les gens disent encore pourquoi j’ai fait ça. Depuis la période KEREKOU, j’ai l’habitude de publier des articles d’opinion. A ce début du règne de Y A YI Boni, je fais publier un article pour dire ce que je constate et que nous avons vraiment constaté. On me dit pourquoi cela et on me traite de tout. Je ne réagissais pas au point que mes enfants et mes petits frères étaient mécontents. C’est pourquoi, ils ont été les premiers à être informés et ensuite le week-end dernier profitant de notre voyage de remerciement des populations de la Donga, j’ai informé le roi KPETONI de Djougou, et envoyer une commission à celui de Ouassa-Péhunco. Après, en revenant à Cotonou, je suis passé par Parakou pour informer notre Doyen du comité des sages du parti, le vieux El hadj Alou.

Des amis politiques, vous en avez en dehors de vos militants du Fard-Alafia ?

Bien sûr et dans ce cadre il y a quand même des personnes qu’il faut saluer : le ministre Damien Alahassa par exemple, quelque soit ce qu’il est aujourd’hui, est un homme responsable. Les amis, on ne peut pas oublier les ministres Félix Dansou, Houdé Valentin, le jeune frère Dayori Antoine, le président du Ces Rafiou Toukourou, l’ancien Préfet Félix Zanfongnon et à Porto­-Novo ici le doyen Tévodjrè et le Président Ataou Soufiano sans oublier mon vieux sage El hadj Karim Da-Silva. Pour clore cette liste je dois avoir une pensée particulière de reconnaissance à un grand frère à nous. L’ancien ministre Pascal Chabi Kao dont je garde un souvenir précieux depuis qu’il était Ministre des Finances du Gouvernement du Conseil Présidentiel présidé par Papa Hubert Maga en 1971. C’est grâce à lui que depuis cette période je dors dans une petite chambre construite avec un prêt de deux mois de salaire qu’il m’avait accordé. A l’époque la tonne de ciment était à 6000 Francs CFA. C’est l’histoire et ça ne s’oublie pas. Voilà en principe ce que doit faire un bon responsable politique. Lui il a déjà oublié ça, mais moi non.

Pour finir, quel va être votre point de chute si vous quittez réellement le Fard-Alafia ?

De toutes les façons je ne serai pas orphelin. Je suis à l’étape de la réflexion. J’ai déjà deux maisons devant moi dont les portes sont largement ouvertes. Le nouveau parti Ensemble c’est plus sûr du 02 Septembre 2006 dirigé par des jeunes frères et amis dans la Donga et celui du 09 Septembre 2006 Alafia dirigé par des anciens militants du Fard-Alafia avec qui on a déjà vécu ensemble.

Votre mot de fin

D’abord je vous remercie très infiniment de m’avoir permis de me défouler et vider un peu ce que je couvais dans mon cœur depuis très longtemps. J’ai peut-être trop parlé c’est vrai : c’est aussi une déformation professionnelle de ma part. Il fallait que je parle ainsi pour que les gens me comprennent un peu parce que je souffrais beaucoup de cette mesquinerie des gens. Seulement à ma connaissance je ne pense pas avoir menti sur le compte de quelqu’un, ou diffamé quelqu’un. Tout ce que j’ai dit, c’est du vécu réel. Mais si quelqu’un trouve le contraire, je peux être amicalement interpellé pour m’expliquer. Je quitte le parti, mais mes relations de parents, de frères et d’amis ne souffriront pas. Quitter un parti n’est pas la fin du monde, et je ne serai pas le premier dans cette logique même si c’est la première action de ma part. Je vais aussi demander aux lecteurs de bien vouloir m’excuser pour les incorrections qu’ils relèveront dans tout ce que j’ai dit.

Propos recueillis par Augustin Afouda

Tag(s) : #Le matinal

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