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VOUS ETES EN TRAIN DE TRINQUER, BENINOIS…LA DEGUSTATION SERA POUR D’AUTRES

Chronique du 30 août 2007

Vous me croirez ou non, je suis désolé de devoir revenir sur le dossier de la téléphonie mobile au Bénin. Il faut dire que j’ai la faiblesse de croire que vous faites partie des personnes sensées dans le pays, et que ce dossier, les personnes sensées en ont par dessus la tête. C’est pourquoi je vous confesse que suis sincèrement désolé de revenir sur le dossier en question ; mais il y a vraiment de quoi : cela se savait, que dans notre pays, les choses ne se passent jamais comme ailleurs, mais tout de même !… Dans cette affaire-là, on commence à marcher carrément sur la tête.
Mais, comme il ne sera pas dit qu’à une certaine époque, tous les Béninois marchaient sur la tête, je voudrais ici pêle-mêle, revenir dans le dossier, sur ce que je considère comme des erreurs, des étrangetés, des absurdités, des incongruités.

[Suite:]

Tout commença en fanfare, comme tout ce qui se fait désormais à l’ère du changement ; sur fond de volontarisme inébranlable à faire le ménage, dans un domaine où la pourriture et l’abjection avaient pourtant, si j’ose dire, atteint des sommets. Comme désormais à l’ère du changement, on se précipita, on ne prit pas le temps de cerner tous les contours du problème, et on commit l’irréparable. L’irréparable, pour moi, étant la mise hors tension des deux réseaux les plus importants du pays. L’irréparable, je pèse bien mon mot, puisque les dégâts engendrés par cette suspension ne peuvent être que multiples, multiformes, incalculables, et irréparables. Il faudrait d’ailleurs, quand tout sera fini, qu’un bilan sérieux soit fait, pour déterminer dans tous les domaines, avec le plus de précisions possibles, le coût réel de cet imbroglio. Pour que tout au moins, un imbroglio d’une telle gravité ne puisse plus jamais survenir dans le pays.
Tout commença donc en fanfare : il urgeait de faire le ménage dans l’univers des GSM ! Or, pour un ménage comme celui-là, dans un environnement aussi bordélique – n’ayons pas peur des mots ! – la raison et la logique imposent de faire un état des lieux sévère et en profondeur. Une sagesse bien de chez nous enseigne que ce n’est pas là où vous avez chuté qui doit vous préoccuper, mais bien là où vous aviez trébuché au préalable. Hélas !, la sagesse de chez nous ne fut pas prise en compte : les croisés du ménage express dans l’univers des GSM, avaient considéré l’endroit où nous avions trébuché, de même que les responsables de cette perte d’équilibre, comme des détails ; seul l’état actuel de la route les avait intéressé ; cette route couverte de boue bien grasse, la boue dans laquelle pataugeaient les opérateurs du secteur. Il ne fallait donc pas chercher plus loin les responsables de la chute : ils étaient tout désignés, c’étaient les opérateurs Moov et Areeba. Ces fauteurs de chute avaient commis, entre temps, la faute inexpiable de changer leur nom commercial et, si l’on peut dire, le péché capital d’avoir des actionnaires majoritairement étrangers. De plus, ils avaient engrangé, pendant des années, des centaines de milliards de francs. C’étaient donc eux, les baudets sur lesquels tout le monde devait crier haro.
Dans cette entreprise de lynchage, la presque totalité des médias fut mise à contribution : il fallait diaboliser ces « opérateurs-étrangers-voleurs »,
et mobiliser les abonnés pour que ceux-ci, par dévotion au dogme culinaire éternel selon lequel on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, acceptassent le sacrifice de ne plus pouvoir joindre des tiers et devenir eux-mêmes injoignables. Le lynchage marcha, au-delà des espérances des ses initiateurs.
Il est vrai que personne n’avait cru devoir avouer aux abonnés devenus injoignables et ne pouvant plus appeler personne – parce qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, n’est-ce pas ? – personne n’avait cru devoir leur avouer que nul ne connaissait ceux qui allaient, au final, déguster l’omelette. Ils ne devraient pourtant pas se plaindre, les abonnés : le nationalisme intransigeant et la démonstration éclatante de l’autorité de l’Etat, méritaient bien que l’on fasse d’eux les dindons d’une farce… culinaire.
De même, personne n’avait cru devoir expliquer au bon peuple pourquoi aucune disposition n’avait été prise, pour que les réseaux toujours opérationnels – Libercom et BB com – puissent accueillir le flot des naufragés des réseaux suspendus. Ce flot de naufragés, on n’avait pourtant pas besoin de sortir de Polytechnique pour prévoir son ampleur. Hélas !, déjà gravement pénalisés – et traumatisés – par la mise hors tension de leur réseau, les naufragés devaient encore ramer dur pour acheter, à prix d’or, les puces Libercom et BB com. L’improvisation et l’ imprévoyance à un tel degré, c’étaient carrément les Beaux Arts.
Quant aux réseaux encore opérationnels, personne n’avait cru devoir certifier au bon peuple qu’ils avaient effectivement payé les 30 milliards du nouveau cahier des charges. Pour Libercom, le ministre des Télécommunications monta au créneau, il est vrai, pour affirmer que cela avait été fait ; mais c’était sans grande conviction, et il ne convainquit personne, ou presque. Quant à BB com, il avait sollicité, nous informa-t-on, un délai pour le paiement des 30 milliards. Au jour d’aujourd’hui, Dieu seul pourrait répondre au quand du comment du pourquoi ; surtout qu’il se dit que Libercom et BB com vont fusionner sous peu dans un beau mariage, pour reparaître dans les habits neufs d’un nouvel opérateur. Comme a dit l’autre, ce sera le mariage de la carpe et du lapin. Quand on connaît les relations incestueuses de ces deux réseaux naguère, et qu’on se rappelle qu’à son arrivée, le ministre des Télécommunications s’était indigné de ce qu’il avait trouvé un trou de plus de 170 milliards dans les comptes bordéliques de Bénin Télécoms – Bénin Télécoms, le géniteur de Libercom –, on se demande ce qu’il faut finalement déplorer dans l’histoire : l’absence de transparence ou le « foutage de gueule » à l’endroit des citoyens.
A propos des négociations laborieuses entre les réseaux suspendus et les pouvoirs publics, on voudrait bien ne pas insister sur les pertes incroyables de temps et d’énergie mais, peut-on passer sous silence le fait inouï que c’est là un dossier qui mobilise beaucoup trop de monde, et presque de façon permanente : l’Autorité transitoire de Régulation, le ministre en charge des Télécommunications, le Médiateur auprès de la présidence de la République, une armée de cadres de la nation, sans compter le Président de la République lui-même, de temps en temps. Une telle mobilisation de ressources humaines de si haut niveau, une telle quantité d’heures consacrées à un seul dossier, sont-elles rationnelles dans un pays normal ?
De même, dans un pays normal, est-il rationnel, est-il convenable que lors de la signature du contrat avec un opérateur GSM, fût-il nouveau et, pour tout dire, providentiel, est-il rationnel, est-il convenable que soient présents pas moins de sept ministres de la République ? Assurément, non !
A une telle incongruité, on ne peut d’ailleurs manquer d’ajouter la ruée, sur les plateaux de télévision et dans les studios de radios, de tous ceux, mandatés ou non, compétents ou non, qui s’évertuent à entretenir la flamme du nationalisme et du sacrifice, sur l’air du refrain magique : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Mais, parlant d’œuf, je l’ai dit tout à l’heure, aucun de ces messieurs dames ne pousse le talent jusqu’à nous dire qui sont ceux qui vont, au final, déguster l’omelette.
Par ailleurs, parlant de talent, celui de Maître Lionel Agbo ne fait aucun doute. Ceux des Béninois dont le nationalisme vacillait, ou qui hésitaient encore à entrer dans la guérilla anti-opérateurs-GSM-voleurs-qui-défient-l’autorité-de-l’Etat, ils ont dû être gonflés à bloc par le show lumineux, donné sur une chaîne de télévision, par le brillant avocat. Un show d’autant plus lumineux que la chaîne nationale, celle dite des grands évènements, n’hésita pas à proposer à ses téléspectateurs une rediffusion de cet évènement grandiose, qui était passé sur une chaîne concurrente, une chaîne on ne peut plus privée. C’est vrai que depuis l’avènement du changement, entre les programmes des chaînes de télévision, plus que des passerelles, se sont établis de véritables boulevards. En tout cas, en fait d’événement, c’en était vraiment un ! Et comme l’a souligné l’éditorialiste de talent Arimi Choubadé, après le réquisitoire à charge de l’excellent pénaliste qu’est Maître Agbo, il ne restait plus qu’à préparer la guillotine pour régler leur compte à ces criminels des réseaux Moov et Areeba. Certes, le côté spécieux de certains aspects du réquisitoire n’avait pas échappé à certains citoyens, mais ce ne pouvait être là, au fond, que des détails.
Mais parlant toujours de talent, j’avoue ne pas comprendre pourquoi après Maître Agbo, on a cru devoir envoyer sur les plateaux de télévision le jeune Patrick Tchiakpè, avocat de son état lui-aussi. Ce jeune homme est nettement moins sémillant que son aîné ; et le fait qu’il semble n’avoir pour souci que de démontrer la justesse de la position de fermeté du chef de l’Etat, n’ajoute rien à son mince talent. De talent, la flamboyante Rékya Madougou n’en manque pas, et cela se sait. C’est pourquoi sa présence sur le plateau de Golfe Télévision le dimanche dernier, en même temps que Maître Tchiakpè, ne fut manifestement pas à l’avantage de celui-ci.
Cependant, ce ne sont pas les talents comparés de ces deux jeunes gens qui me posent problème. Ce qui me pose problème, c’est que malgré la pugnacité de tous ceux qui défilent à la queue leu leu sur les plateaux des télés et dans les studios des radios, pour faire le réquisitoire à charge contre les réseaux suspendus, il n’a pas encore été décidé, au sommet de l’Etat, qu’après avoir été simplement suspendus, lesdits réseaux soient carrément pendus.
Plus sérieusement, je ne comprends pas pourquoi, étant donné que ces opérateurs qui ont engrangé des milliards, en exploitant une licence qui appartient au Bénin, et qui défient l’autorité de l’Etat depuis des semaines, je ne comprends pas pourquoi cette licence ne leur a pas encore été retirée, purement et simplement.
Pourquoi ?
La question ne manque pas d’intérêt. La réponse, qui se trouve être une autre question, ne manque pas d’intérêt non plus : n’est-ce pas parce que l’Etat béninois, en dépit du réquisitoire – dont on nous assure qu’il est à la fois clair et lourd – n’est-ce pas parce que l’Etat béninois – dont on bafoue si ouvertement l’autorité – ne peut pas oser retirer les licences, purement et simplement ?
Ce sont là, citoyens béninois, si vous ne marchez sur la tête, certaines des questions que vous devez vous poser, en vous demandant aussi, pendant que vous y êtes, si les pouvoirs publics avaient vraiment besoin de vous priver de votre droit de communiquer, puisqu’il y avait encore possibilité pour eux de continuer les négociations, comme ils le font depuis six semaines. Et une question entraînant d’autres, n’est-ce pas, au fond, parce que devant les milliards potentiels qui sont dans le secteur de la téléphonie mobile, des vautours dans les allées du pouvoir ont fait l’option de l’intransigeance à tout casser ? Ceci afin que les opérateurs suspendus, lynchés et acculés, finissent par s’effondrer ? Et que sur le terreau de leur dépouille, naissent d’autres réseaux dont eux, les vautours, seraient les parrains… ou les dégustateurs ?
Justement, il était question tout à l’heure d’une certaine omelette que l’on ne peut faire sans casser des œufs, et qui va être dégustée, au final, par on ne sait quels dégustateurs. Citoyens béninois, vous devez refuser que l’on continue de vous faire marcher sur la tête ! Vous avez là, peut être, l’une des clés de l’imbroglio actuel dans le secteur de la téléphonie mobile de notre pays. Et cette clé semble se trouver malheureusement dans les mains de vautours et de dégustateurs.
C’est ce que je crois.
T.L.F.

Tag(s) : #Politique Béninoise