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Yayi Boni : La Communication pour masquer l’inaction


Passées les élections présidentielles de Mars 2006 et retombée la fièvre post-électorale au Bénin, le nouveau pouvoir s’est installée. 

Après le nécessaire phase de consultation, l’installation de Chef de l’Etat lui-même et la formation du gouvernement, le pays tourne toujours au ralenti. 

06 Avril 2006 - 31 Août 2007. Loin d’être une épitaphe, c’est le constat de la potion amère que constitue l’ère dite du changement. Annoncé et clamé par la nouvelle classe dirigeante, la révolution économique, le changement, la nouvelle ère tarde à dessiner ses premiers contours. Pire est que le schéma de navigation à vue propre au régime kérékouiste sortant est préservé et entretenu. Du gouvernement novateur que tant ont cru devoir saluer avec fracas, on a une impression de collectif pataud, inexpérimenté et désarticulé qui ne sait que faire, ni comment le faire. Les cabinets ministériels ne sont pas formés, les principales structures d’état n’ont pas connu les mutations attendues, ne serait-ce qu’au niveau des hommes. Aucune action d’envergure n’est menée pour montrer au peuple et démontrer aux partenaires au développement que la volonté politique est réelle.

Evoquons tout d’abord le Chef de l’Etat lui-même .Le Dr (puisque c’est le nouveau vocable très prisé) Yayi Boni a été élu et bien élu . Elu à plus de 74% des suffrages par le peuple et la classe politique issue de la majorité comme de l’opposition au Général Kérékou. 

Assisse politique et légitimité incontestables donc .Toutes choses qui selon ses supporters, griots et autres zélateurs laissaient augurer une forte liberté de ton, d’action et de réaction. 

Mais voilà que, mais voici qu’après son installation et la formation de son premier gouvernement, puis du second, alors que nous attendions les premières mesures phares, le Président Yayi nous a préféré un long périple de remerciements et de négociations avec l’étranger .S’affichant ça et là près, sinon au bras de nombre de dinosaures politiques africains à la moralité douteuse et au palmarès politique, économique, social très nauséabond. Puisqu' on nous dit qu’il s’agit des futurs pourvoyeurs de la nation en hydrocarbures, passons. 

Jetée la morale et les beaux discours de rupture au placard, nous attendions encore le début des activités de terrain .Las ! C’était sans compter avec les actions à dose homéopathique distillées ça et là avec fracas dans l’opinion.
Audit des structures d’état alors qu’elles sont encore infestées des rats et ratons qui les ont laissées exsangues. Quelle avancée pour l’homme du renouveau économique? 

Grande manifestation de réjouissances politico-mystico-religieuses au Palais des Sports alors que le peuple languit des actions promises. Soit ! 

Mais alors quand il s’agit des tournées dans des institutions ou organisations publiques, relayées à grand renfort de presse, permettez nous de dire stop.
De la Mairie de Cotonou à la CCIB, c’est de la politique de bureau qui est menée par la Président Yayi ! Combien de béninois moyens se soucient de ce qui se fait en matière de commerce et d’industrie ? L’industrie requiert du travail, une main d’œuvre qualifiée et vaillante .Peut on transformer le coton graine le ventre vide, le corps enfiévré de paludisme ? 

Le peuple a faim, le peuple est mal soigné, les enfants du peuple souffrent de méséducation. Bien beaux les grands travaux à 1350 milliards, bien beau le nouveau port hyper sécurisé, certainement magnifique le futur beau quartier digne des Almadies ou des Deux Plateaux. Mais si nous voulons être sérieux un instant : il devient insistant et impérieux de mettre le beau costume blanc du Dr. Boni Yayi au placard , de remiser la cravate étincelante du brillant Mr Koupaki et de chausser les crampons pour descendre sur le terrain des vrais défis .
La présidence du verbe et le ministère de la parole ne peuvent qu’être les ressorts d’un gouvernement par l’illusion.
Or d’illusion les béninois n’en ont pas besoin.

Au plan économique, on nous a annonce avec bruit le renouveau de la filière coton .La presse une fois encore a cru devoir user des superlatifs frisant par moments le grotesque. 

La filière coton connaît des problèmes structurels depuis une bonne décennie .La ventrocratie des acteurs politiques et de leur affidés est le plus important. On les connaît, on sait ce qu’ils font et pourtant .Au lieu de faire rendre gorge, au lieu de couper net les circuits mafieux on réintroduit de l’argent et des moyens dans le circuit sans changer les hommes et les méthodes .Tout cela pour plus de ventre vides, plus de misères noires dans les années à venir.
L’inventaire économique et financier de la nation est indispensable. Auditer c’est bien, sévir c’est mieux . Car comme le disait l’autre : une fois taxé au portefeuille, le citoyen qui s’est cru au dessus des lois est déjà plus enclin à entendre le propos de la force publique. 

La restauration de l’autorité de l’Etat est un enjeu considérable .Pour cela qu’on s’attaque aux gros poissons qui nagent dans les rivières troubles de la République . Que l’on traque les maquereaux de tous ordres qui prostituent l’image du Bénin à l’étranger avec des trafics en tout genre . Et qu’on fiche la paix aux menus fretins qui profitent de ce système bien établi. 

L’exemple doit venir d’en haut . La moralisation n’a pas besoin de Haut Commissariat ni de Conseil Présidentiel . Elle peut s’articuler sur des principes bien définis , une impunité totale et une bonne dose de conviction . Avec une équipe solide et courageuse de magistrats , d’experts comptables , d’auditeurs chevronnés et de technocrates rompus aux rouages de l’administration , bien épaulés par un détachement de la sécurité publique , on peut obtenir des résultats rapides . Saper les bases des criminels de tous autres et les traquer dans leurs derniers retranchements .
 
A moins que le changement ne soit qu’un changement à la « pousse toi de là que je m’y mette ».  

On nous a annoncé bien des choses depuis : réorganisation des télécoms, réorganisation de l’infrastructure portuaire, etceteri, etcetera.
Nous attendons de voir, mais attention à ce que le scepticisme des jours anciens ne prenne  le pas sur les prémices d’un changement digne de nom.

Ce qui est encore pire c’est la minimisation de l’impact social et sociologique de la situation qui tend à s’installer. Depuis Avril 2006, rien n’a changé . Le peuple se morfond à rêver, rêves régulièrement entretenus par les annonces régulières émanant des autorités étatiques. Communiquer c’est bien,  mais agir c’est encore mieux. Car il est toujours préférable d’utiliser le faire savoir pour évoquer les résultats de son savoir-faire ! 

Avec son vocable de changement, le Chef de l’Etat a drainé des espoirs monstres au sein du bas peuple. L’espoir de rupture est réel. Mais n’a-t-on pas trop et tout promis ? 

A croire que, une fois frottés aux réalités de l’exercice du pouvoir d’Etat, les choses ne sont plus aussi faciles qu’il n’y paraissait. Le temps des élections est passé . Nous sommes au temps de l’action.  Aucun béninois , quel que soit son bord politique , quel que soit son zèle , ne peut espérer en un échec du régime YB . Car au-delà des hommes et des méthodes, ce serait un enième coup dure pour la nation et pour le bas peuple . 

Car,  au lieu d’applaudir et parfois niaisement, au lieu de marcher comme des badauds, au lieu de prouver quotidiennement leur incapacité à apporter une dose de contradiction dans le traitement de l’information, nos journalistes et organes de presses devraient revoir leur copie. A commencer par la colportage des idées fausses du genre « Dieu aime le Bénin » et autres. 

Le journalisme béninois doit devenir l’outil quaternaire de la démocratie ainsi qu’au moyen d’éducation des masses. Au lieu de maltraiter l’information, qu’ils descendent sur le terrain nos journaleux pour faire remonter l’information, pour dire quelles sont les appréciations du peuple et ses doléances. Leur œuvre serait déjà plus utile et plus crédible.



El Hadj Ismail Osman Djekin


Tag(s) : #EDITORIAL

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