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Rama Yade interdite d’antiracisme par le Crif et le Premier ministre français ?  

08/09/2007

 

 

Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme avec des attributions en politique étrangère, Mme Ramatoulaye Yade qui a du mal à exister comme l’ensemble du gouvernement Fillon transformé en exécutant des décisions présidentielles, vient de subir un double et curieux rappel à l’ordre. Le premier, relevant de l’anticipation ou de la prévention anti antiraciste, provient d’une autorité dont on doute que l’intrusion dans la vie ministérielle laisse indemne la laïcité postulée de la république. Le président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France, Richard Prasquier, s’est rendu au ministère des affaires étrangères avec une délégation de membres du CRIF et y a rencontré selon le site internet de cette institution, la Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme. Il a affirmé à Mme Yade son inquiétude quant à l’organisation de la conférence de suivi de Durban qui aura lieu en 2009, affirmant que la France devrait jouer de tout son poids pour que cette rencontre ne soit pas une tribune antijuive.

Quelques intellectuels juifs médiatiques ont en effet en horreur la conférence contre le racisme qui se déroula à Durban en 2002 et exècrent l’antiracisme tout court -c’est le cas patent d’un bêtisier verbal et ardent nommé Finkielkraut. Pour certains la part accordée à l’antisémitisme à Durban fut trop modeste, car comme disait doctement Edwy Pleyel, l’antisémitisme est le "socle" du racisme [?], sans autre forme de procès intellectuel sinon cette gratuite sentence de monarque. Pour d’autres les positions des Ongs contre la colonisation en Palestine furent intolérables… La Palestine n’eût pas été concernée que ces positions anticoloniales eussent été portées au pinacle vraisemblablement, deux poids deux mesures selon l’innéisme de l‘élection peut-être.

Voilà madame la ministre, noire, d’origine africaine dont le fulgurant parcours est marqué par l’engagement associatif contre les discriminations donc contre le racisme, sommée gentiment par le CRIF de se débarrasser de toutes inconvenantes scories antiracistes. Le maroquin ne suffit-il pas à lui seul ?

Une position CRIF-UMP que Mme la ministre n’ignorait guère, puisque depuis au moins deux ans les discours du candidat devenu président sont allés dans la même veine, et l’influence idéologique qui environne les orientations politiques françaises est de beaucoup déterminée par les aboyeurs de l’antirepentance sélective, par les bulles médiatiques du racisme antiblanc et l’antisémitisme dit des banlieues, et par l’imposition du thème de la montée de l’antisémitisme... Mme Yade devra ainsi éviter de causer antiracisme et au mieux étouffer les velléitaires, elle ne chômera pas pour autant, il y a pour elle quantités de travaux dirigés. Le président du CRIF lui murmure de s’intéresser à l’éducation de la Shoah et … des autres génocides, non cités. Ce à quoi Mme la ministre aurait dit son regret de voir les jeunes générations moins sensibilisées à la mémoire de la Shoah. Ils sont si sensibilisés à la mémoire de la traite négrière par le Pétré-Grenouilleau adulé d’un certain télé-radiophonique Elkabach, avec lequel Mme la ministre collabora à la perfection.

 

En choisissant de rendre une visite suivie de propos politiciens à des familles d’Expulsés d’origine africaine vivant dans des campements de fortune à proximité d’un groupe scolaire à Aubervilliers jeudi 06 septembre, en laissant entendre plus tard que la gauche n’avait pas de leçons à donner en matière de logement, Mme Yade a réussi à faire une forme d’unanimité contre elle. Selon le quotidien gratuit 20 minutes, la ministre dit avoir été interpellée par des associations agissant auprès des familles expulsées des logements sociaux "occupés sans titre" à Asnières et à Aubervilliers. Suite à la décision de justice de déloger par la force publique -la police- les familles regroupées en campements à Aubervilliers dans des conditions d’existence de très grande précarité, Mme Yade aurait décidé de faire une visite sur place et semble t-il affirmé en repartant la nécessité d’un médiateur.

La mairie communiste d’Aubervilliers ayant dénoncé une démarche dite politicienne provoquant la gauche et surtout allant à l’encontre d’une décision de justice rendue et exécutée, les droitisants y voyant pour leur part un soutien aux squatteurs noirs africains, Mme Yade, critiquée aussi par le DAL -association Droit au logement- a été contrainte de s’expliquer devant le Premier ministre sur son déplacement improvisé aux familles en difficultés. Le Premier ministre n’est pas nécessaire plus en cours que Mme la ministre au sein des plus hautes instances, ce qui relative beaucoup la convocation auprès d’un chef virtuel de gouvernement à l’emploi du temps passablement aéré -voir le Canard enchaîné, 05.09.07. Il lui a été signifié que de telles initiatives ne s’improvisent pas et exigeraient une concertation préalable, façon diplomatique de rappeler à Mme la ministre qu’elle n’a pas de décision à prendre, même pas celle de dévier la route de son chauffeur vers des Expulsés, de s’arrêter à leur pieds sans rien changer à leur sort, devant des campements investis par la police en pleine rentrée scolaire. Une scène déjà vue à la télé, un nouveau classique politique français désormais.

 

Mise à part la difficulté d’exister politiquement qu’elle partage solidairement avec tout le gouvernement à commencer par le premier ministre, la sortie de Mme Yade aurait eu un écho différent si elle ne l’avait enterré par des considérations sans relations avec la gravité des souffrances humaines en jeu. Que le vieux jeu polémique de la gauche et de la droite ait été ramené sur le terrain, ou que ce soit la responsable UMP qui se soit déplacée et pas la ministre ne grandit malheureusement pas la démarche qui a fini par déplaire à la gauche, à la droite, aux associations et si on en croit 20minutes, aux expulsés eux-mêmes.

 

Saisie par des trous d’air dans la campagne post-électorale permanente du président Sarkozy, avec l’explosion des déficits budgétaires, extérieurs, sociaux, l’alourdissement de la dette, une croissance atone, la multiplication des lois qui masque de moins en moins le sur place réel, au-delà de l’agitation, il est clair l’équipe présidentielle a peu de marges de manœuvre, même si elle s’échine à laisser penser l’inverse. Reculs et promesses non tenues -privatisation de GDF, cadeaux fiscaux, déductions des intérêts immobiliers, suppressions de postes dans l’éducation nationale, réduction de la dette … - s’égrènent imperturbablement. La répression spectacle des sans-papiers et mal logés africains ou noirs associée aux reconduites aux frontières sont les rares et précieux domaines où l’activité gouvernementale peut faire de la visibilité, de l’affichage, de la promesse tenue. Tenue. La trique sur le plus faible a bien fait le lit électoral de la droite sarkozyste au pouvoir. Il serait par conséquent dangereux quand on n’a rien d’autre à montrer, de brouiller le seul message efficace compris par beaucoup d’avides et de vulnérabilisés par la précarité, comme la politique raciale de jouissance compensatoire de casse spectacle au Nègre. Quant à Mme la ministre, rappelée au silence à l’instar des Kouchner, Borloo, Lagarde, Woerth et d’autres, elle n’est pas plus à plaindre que moins à blâmer, tout ou presque était prédictible dans le choix politique d’être ministre au prix coûtant …

 

Afrikara

Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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