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Pouvoirs africains : Des institutions solides pour palier la gestion clanique

(Le Pays 10/09/2007)


La succession pose réellement problème à la tête des Etats africains. Par leur refus de l’alternance démocratique et leur amour immodéré du pouvoir, de nombreux dirigeants ou leurs proches exposent leur peuple aux excès de clans qui s’entredéchirent constamment. Les tiraillements de plus en plus observés entre les fils Éyadema du Togo depuis le décès de leur père, constituent à cet égard une réelle source d’inquiétude.
Si à ce jour, les efforts de médiation, les concessions faites de part et d’autre par la classe politique et la société civile, ont permis de franchir des pas insoupçonnés, les observateurs notent que la mésentente perdure au sein de la famille présidentielle dans laquelle chacun compterait désormais ses partisans. Il est donc à craindre que des rivalités sur fond de crise institutionnelle ne ruinent à terme les acquis difficilement obtenus sur le chemin de la paix sociale au Togo.

Sans doute la règle des « ayants droit » est-elle reconnue aussi bien de nos traditions que du droit moderne s’agissant principalement des biens. Toutefois, en matière de gestion du pouvoir, les sages, connaissant bien la voracité de l’espèce humaine, ont pris soin de la contenir par des règles qu’il convient de respecter. Cela est tout aussi valable dans la chefferie coutumière que dans la gestion des états modernes.

Le pouvoir dit-on, ne se partage pas. Encore moins sous des régimes à saveur dictatoriale. En démocratie, cette assertion est cependant atténuée par les règles du système qui imposent un mode de fonctionnement, un partage des responsabilités, une ligne de conduite et des organes de contrôle. Malheureusement, sous nos tropiques, les gouvernants dont la plupart ne sont démocrates que de nom, ont de tout temps cherché à contourner les règles et à garder le pouvoir ad vitam aeternam. Sous la pression des proches et des partisans, parfois celle de l’étranger qui défend ses intérêts. Dans tous les cas, au mépris des engagements et aux dépens des constitutions qu’on s’amuse à tripatouiller à son profit exclusif. C’est pourtant dans la solennité que ces dirigeants ont juré, la main sur le cœur, la Bible ou le Coran, de respecter la loi fondamentale, de veiller aux intérêts du peuple. Comment donc s’étonner des rébellions et des coups d’État qui lézardent l’histoire des expériences démocratiques sur le continent ? Qui plus est, ces familles et clans présidentiels, après avoir longtemps abusé du pouvoir, osent encore se disputer une succession bien souvent imméritée, à un moment où le peuple croupit dans la misère.

Du temps de la gestion paternaliste des premières républiques, les « pères de la nation » contournaient les difficultés en écartant leur progéniture des cercles du pouvoir. Comme s’ils redoutaient de les voir s’embourber dans un univers dont ils connaissaient les tentations, les dérives et les scandales. À l’époque, on avait le sens de l’honneur, de la dignité et surtout de la responsabilité vis-à-vis des siens. On agissait donc avec discernement et discrétion. L’exil doré constituait alors une solution alternative : ambassade lointaine ou organisation internationale.

Cette forme de gestion semble en emprunter à la tradition avec son principe du banissement. Pour avoir commis un sacrilège, l’individu était alors chassé du village pour un temps ou définitivement.

"Le Pays" l’a déjà souligné : la plupart des princes qui gouvernent l’Afrique, sont loin d’être des visionnaires, encore moins des enfants de chœur. Ils souffrent atrocement d’un manque de leadership et de charisme. Du pouvoir, ils n’ont le plus souvent qu’une vision étriquée, se bornant surtout à singer le modèle hérité du prédécesseur en faisant fi du contexte qui, lui, a beaucoup évolué. Il s’en suit une confusion entre possessions familiales et biens publics, le développement du clientélisme et avec lui le laxisme, la médiocratie, la corruption et bien entendu la répression en cas de contestation. La constitution ? Elle n’existe que dans l’imagination des autres. Le principal dirigeant s’étant mis dans la peau d’un messie, la mégalomanie devient jour après jour, une réalité avec laquelle il faut désormais compter. Ainsi, rêve-t-on de bâtir des dynasties, dans une Afrique qui semble pourtant avoir compris que l’avenir est de façon irrémédiable dans l’alternance démocratique.

La mauvaise gestion des querelles intestines, hypothèque à terme le fonctionnement des institutions. C’est bien pourquoi en Occident, les dirigeants ont toujours cherché à sauver la forme. Cas récent du nouveau ministre français de la Justice qui n’a pas daigné intervenir en faveur de son frère dealer, lequel a été sanctionné par les tribunaux. Aux États Unis, en dépit des excès qu’on peut leur reprocher, le père et le fils Bush ont toujours fait l’effort de mettre la loi avant tout. La succession a ainsi respecté les normes, et la gestion, même décriée, est fort habile.

Certes en Afrique, la famille est sacrée et les réalités socioculturelles tenaces : difficile de sacrifier l’un des membres. Mais si l’opinion peut en comprendre la difficulté, elle ne s’accomode cependant pas d’un laxisme susceptible de mettre en péril les institutions, et d’entâcher la réputation du régnant et sa famille, à fortiori la crédibilité du pays tout entier. La solution ?

L’alternance démocratique à travers des élections propres, équitables et qui consacrent l’avènement au pouvoir d’acteurs crédibles. Pour ce faire, privilégier le respect strict de la loi fondamentale et du consensus, bâtir des institutions solides, défendre à tout prix l’État de droit. Tout autre schéma est hasardeux.

Le pays

 

 

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Tag(s) : #Politique Africaine

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