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Mathématiques : quand le mythe perdure

Ouidah les accueille depuis le 3 septembre. Les mathématiciens venus du Brésil, du Togo du Gabon, de la Côte d’Ivoire, d’Haïti, de France, des Etats-Unis y resteront jusqu’au 22 septembre. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la coopération scientifique entre les mathématiciens Béninois et Brésiliens qui, depuis 1995, discutent et échangent. Et c’est dans l’esprit de systématiser et de formaliser ces contacts que les deux parties ont prévu des rencontres scientifiques en Afrique entre mathématiciens.

Ouidah sera retenu comme le tout premier jalon sur un chemin qu’il faut souhaiter long et qu’emprunteront, à saison régulière, à partir d’une initiative béninoise, africaine, brésilienne, les mathématiciens, les chercheurs du vaste monde. Et c’est justement parce que Ouidah s’impose désormais comme la base fondatrice de cette merveilleuse aventure de la connaissance, qu’il nous plaît de faire un clin d’œil en direction des organisateurs.

C’est vrai, la rencontre de Ouidah est élitiste à plus d’un titre. Elle l’est tout à la fois par le thème autour duquel s’organisent les échanges entre les participants que par la qualité même de ceux-ci. Il s’agit, en effet, d’enseignants, de chercheurs de haut vol venus confronter leurs savoirs et leurs expériences sur la notion de l’optimisation : calcul de variation et recherche opérationnelle.

[Suite:]

Si nous sommes fiers, comme Béninois, de voir notre pays offrir son cadre pour une si savante réunion, c’est pour, aussitôt, regretter le fait que nous n’ayons pas su placer cette réunion dans un ensemble d’autres activités qui auraient pu valoriser les mathématiques et les mathématiciens. Une belle occasion que nous n’avons pas pu saisir pour faire aimer les mathématiques aux Béninois et aider peut-être à esquisser, chez nous, le profil d’une nation mathématicienne.

En effet, ici au Bénin, comme dans la plupart des pays africains, des idées plutôt fausses courent sur les mathématiques estimées être une discipline scientifique difficile, voire rébarbative. La peur des mathématiques a été ainsi consciencieusement et savamment cultivée, d’une génération d’élèves et d’étudiants à l’autre. Quand ceux qui font office de mathématiciens ne sont pas tenus pour des martiens, perdus, égarés sur la terre des hommes, ce sont les mathématiques qui passent pour un épouvantail.

La rencontre Brésil-Bénin des mathématiques à Ouidah aurait pu être l’occasion rêvée d’une grande ouverture des mathématiques sur le grand public, bien au-delà des frontières de l’école et de notre système éducatif. Il paraît important d’amener le citoyen lambda à corriger son regard, et partant, son avis sur les mathématiques. Il paraît également important de tordre le cou à un certain nombre de préjugés pour libérer les mathématiques, chez nous, de leur gangue d’a priori et d’idées reçues.

Auraient pu être envisagées, dans ce cadre, des rencontres avec un public large et pluriel, allant des parents d’élèves et d’étudiants, aux libraires, aux journalistes et gens des médias, aux responsables des structures d’orientation scolaire et professionnelle. Auraient pu être envisagées, également, des conférences grand public autour de l’importance des mathématiques dans le développement, avec les nombreuses applications de cette discipline qui s’est imposée comme l’auxiliaire, le soubassement de la plupart des autres disciplines scientifiques.

Le monde scolaire et universitaire ne devrait pas être en reste. Une simple rencontre avec les élèves de nos lycées et collèges, avec les étudiants de l’université et de tous nos centres d’enseignement supérieur, aurait été une bonne approche pour valoriser et pour rendre encore plus utile le séjour, sur le territoire national, des plus grands mathématiciens d’Afrique et d’ailleurs. Un concours de mathématiques spécial lancé dans le cadre de cette rencontre aurait connu son épilogue dans l’apothéose de la remise des prix et des distinctions aux meilleurs par nos hôtes.

Pour un jeune élève et étudiant, le fait de recevoir un prix des mains d’un des grands maîtres des mathématiques, n’a rien de banal. Cela pourrait bien prendre les allures d’un évènement de portée exceptionnelle qui marque une vie, confirme ou consolide une vocation, porte au berceau un grand et beau rêve appelé à grandir. Car, il est de ces circonstances que l’on croit fortuites, mais qui enfantent des destins et tracent des destinées.

Ne pas agir ou négliger d’agir dans ces différentes directions pour donner un autre visage aux mathématiques, pour autoriser une nouvelle perception des mathématiques, c’est participer, consciemment ou inconsciemment, à cette campagne insidieuse, mais redoutablement efficace, contre les mathématiques. Une telle campagne ne permet pas de prendre conscience de la valeur de cette discipline dans la formation des hommes. Une telle campagne n’aide pas à comprendre la place des mathématiques dans le développement d’un pays.

Il faut croire que le mal vient de plus loin. En effet, l’Institut de Mathématiques et des Sciences physiques que notre pays abrite, depuis une quinzaine d’années, est mal connu des Béninois. Certainement par déficit de communication. Sûrement pour insuffisance d’actions de promotion. Du reste, un tel institut a choisi de s’enclaver en rase campagne en allant s’installer loin de tout grand centre urbain. A moins que le lyrisme poétique qui se dégage de la nature s’accorde avec le rationalisme implacable qui porte les mathématiques.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 11 septembre 2007

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