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Paris rattrapé par des exactions de l'armée centrafricaine

Voici un rapport dérangeant: l'organisation Human Rights Watch (HRW) accuse les forces armées centrafricaines d'avoir tué des centaines de civils - dans un pays où l'armée française mène régulièrement des actions de combat pour défendre le pouvoir du général François Bozizé, arrivé au pouvoir dans un coup d'Etat en 2003.

Dans un rapport de 116 pages publié vendredi, intitulé "État d’anarchie: Rébellion et exactions contre la population civile" (à lire en intégrale ou à télécharger en cliquant ici), l'organisation documente précisément les exactions commises par l'armée gouvernementale, en particulier la garde présidentielle, dans sa lutte contre la rébellion du nord. Le rapport n'épargne pas non plus les groupes de rebelles/bandits connus sous le nom de zaraguinas, qui, précise HRW, enlèvent souvent des enfants pour les échanger contre une rançon.

Human Rights Watch souligne que, "depuis le début du conflit à la mi-2005, les forces de sécurité centrafricaines se sont rendues responsables des violations les plus graves commises pendant le conflit, dont de multiples exécutions sommaires et tueries, des incendies d’habitations civiles à grande échelle, et le déplacement forcé de centaines de milliers de civils. (...) Les forces de sécurité ont souvent tué des dizaines de civils en une seule journée, et certaines des personnes ont été massacrées avec une brutalité inouïe". Les tueries n’avaient toujours pas cessé le mois dernier, précise le rapport.

Ces informations seraient, hélas, presque banales, si elles ne concernaient un pays dans lequel, sans s'en vanter, sans faire de bruit et sans jamais avoir été débattu en France, l'armée française participe à la survie du régime centrafricain. Il s'agit certes d'empêcher le développement, au Tchad comme en Centrafrique, du chaos provoqué par les débordements de la situation au Darfour voisin. Mais, ce faisant, l'armée française n'a-t-elle pas cautionné des violations massives des droits de l'homme au nom de la stabilité régionale?

Dans son communiqué, Human Rights Watch appelle la France à dénoncer les exactions de l’armée et à exiger que les auteurs de ces crimes répondent de leurs actes. "La France, qui est le principal soutien du gouvernement centrafricain et dispose de troupes sur le terrain, pourrait en faire bien davantage pour inciter les autorités de la RCA à mettre un terme aux exécutions et aux incendies", a déclaré Peter Takirambudde, directeur à la Division Afrique de Human Rights Watch.

Les ambiguités françaises sont telles que Peter Bouckaert, un des auteurs du rapport, s'inquiète des informations selon lesquelles la force internationale de stabilisation de la situation dans cette région pourrait être placée sous les ordres d'un officier français. Or, a-t-il déclaré, "les forces françaises ont fermé les yeux face aux exactions commises par les force gouvernementales".

Des accusations graves, dans l'arrière cour africaine de la France, sur laquelle on aimerait entendre un point de vue clair du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, particulièrement en pointe sur le sujet du Darfour.

Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE
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