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Immigration: trente ans de stigmatisation

Le texte qui arrive à l'Assemblée n'est pas le premier à prétendre mettre fin au "laxisme". Retour en images.

Hortefeux et Debré le 15 décembre 2005 à Paris (Charles Platiau/Reuters)

La session extraordinaire s'ouvre en fanfare avec le quatrième texte de loi sur l’immigration depuis 2003. Le gouvernement assure qu’il sera “ferme” mais “protecteur” et qu'il signe la fin du "laxisme". Une rhétorique déjà utilisée sous les précédentes législatures. Seule nouveauté en 2007: le projet de loi émane du jeune ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Rétrospective.

1973: "La France n’est pas raciste!”

L'immigration de travail est "favorisée": la perte d'emploi implique, pour les étrangers, la perte de la carte de séjour. Lors d'une conférence de presse, le président George Pompidou clame haut et fort que la “France n’est pas raciste!” avant de se reprendre et d'expliquer que, sans une politique ferme, les Français risquent de le devenir. Dans son viseur, "la concentration" des étrangers dans quelques agglomérations et banlieues. La solution? Leur "répartition" sur l'ensemble du territoire. Et George Pompidou d'établir une comparaison pour le moins douteuse: "Il est déjà difficile de vivre avec ses voisins..."

 

 

S'ensuivent les années VGE: c'est la fameuse "immigration zéro" à laquelle veut tendre le jeune président de la République. 1981: l'arrivée de François Mitterrand suspend toutes les expulsions. En 1984, la loi sur le titre unique de séjour et de travail est votée à l’unanimité. Ce sera l'exception dans le débat le plus polémique en France.

1986: "Le pays risque d'être embrasé par une flambée de xénophobie"

Dans la nuit du 4 au 5 juillet 1986, Loïc Lefèvre, un automobiliste roulant à contresens, est tué par un policier. Séance très agitée à l’Assemblée nationale. Charles Pasqua est ministre de l'Intérieur. Le débat sur l'immigration qui a alors lieu est contaminé par l'affaire. L'ambiance est houleuse. Charles Pasqua monte tout de même à la tribune: la présence trop forte des immigrés ajoutée à la crise économique est une réalité qui ne peut être "cachée" et qui risque d'aboutir à une vague de...xénophobie. Les mesures de M.Pasqua? Les préfets ont le droit de prononcer la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière et la liste des étrangers qui obtiennent de plein droit une carte de résident se fait peau de chagrin.

 

 

1989: "Un clandestin? Il doit être renvoyé chez lui"

Mitterrand réélu, la loi Pasqua est assouplie. Interrogé sur la situation des clandestins, le président socialiste appelle à la "fermeté" mais dans "les conditions du droit". En clair: les clandestins doivent être renvoyés chez eux. Du côté des associations, c'est l'exaspération face à une politique jugée peu claire: "Si les entreprises n'ont pas besoin des clandestins, qu'elles le disent et qu'on les renvoit chez eux."

 

 

1991: "J'avais le sentiment de ne pas entendre monsieur Chirac mais Jean-Marie Le Pen"

Le torchon brûle entre Edith Cresson, Premier ministre, et Jacques Chirac, président du RPR. L'un accuse le gouvernement de "laxisme", l'autre répond: "On croit entendre Le Pen". Qui, lui, se frotte les mains: "Les électeurs préfèreront l'original à la copie."

 

 

1991: "Il faut arrêter toute immigration nouvelle"

Un mois plus tard, c'est le Parti communiste qui se distingue par la distribution d'un tract fustigeant l'immigration ("Trop!"), les "abus" relatifs au regroupement familial et à la distribution des ressources. L'émotion est vive chez les militants.

 

 

1996: "Pourquoi l'immigration serait un sujet tabou?"

C'est la foire d'empoigne au Palais Bourbon. Jean-Louis Debré, ministre de l'Intérieur, se lance dans une politique sécuritaire. Le Parti socialiste parle d'instrumentalisation de l'immigration par la droite. Laurent Fabius, s'adressant au ministre de l'Intérieur, lui reproche de se servir de l'immigration comme d'un "bouc émissaire."

 

 

1997: "Il faut donner la parole au peuple"

Un an après, le PS est au pouvoir. C'est Elisabeth Guigou qui crée l'émoi au Sénat avec son projet de loi sur la nationalité. Alors que Lionel Jospin avait promis l'abrogation des lois Pasqua-Debré durant la campagne de 1997, la loi Guigou va plus ou moins les "aménager". Concernant la nationalité, un pas est accompli: un enfant né sur le sol français peut devenir français.

 

 

 

Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE
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