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Vendredi 26 Octobre 2007
     
  L’itinéraire de deux figures emblématiques  
     
  Le militantisme des jeunes et leur engagement en politique est plus que jamais d’actualité avec l’avènement du régime du changement que le président Boni YAYI s’emploie à incarner depuis son investiture en avril 2006. Le 26 octobre constitue dans l’histoire post-indépendance du Bénin une étape au cours de laquelle, la jeunesse a été l’épicentre d’un débat qui fortement mis à l’épreuve son unité face aux enjeux politiques découlant du régime qui allait s’installer après le coup d’état. Les noms de Abdoulaye issa et de Adjo Boco Ignace sont particulièrement liés à cette période, de part leur choix politique. Dans l’analyse qui suit, l’Autre Quotidien a choisi de placer ce 26 octobre 2007 – 35è anniversaire d’un évènement qui a influé sur le cours de l’histoire de l’Etat béninois – sous le signe du rappel de la mémoire de ces deux personnalités disparues dans la fleur de l’âge et en pleine action politique.  
     
 

   Il y a quelques semaines, l’Association Elan de Reckya Madougou a eu l’heureuse initiative d’engager un processus dont l’objectif est de mettre certains jeunes en contact avec des personnalités qui, de par leur parcours, peuvent être considérées comme des références en matière de militantisme juvénile et estudiantin. A travers les déclarations enregistrées, pendant les manifestations organisées pour donner de la visibilité à cette entreprise inédite dans le contexte délétère qui caractérise de nos jours l’esprit d’engagement des jeunes pour des idéaux bien définis, Elan ne fait pas mystère de son but qui est de créer un vivier de jeunes pour impulser véritablement la dynamique du changement voulu par le régime issu de l’élection présidentielle de Mars 2006. Le système de « mentorat » mis en place au terme du séminaire de sensibilisation et de mise en condition organisé à l’intention des jeunes sélectionnés est assez éloquent sur les précautions dont Elan veut entourer cette opération pour laquelle, hauts cadres, ministres et même des dirigeants de représentations diplomatiques et d’organisations internationales ont été mobilisés. Pour les passionnés de l’histoire et de la mythologie grecques, Mentor est un personnage dont ils ne peuvent oublier le rôle combien déterminant dans l’éducation de Telémaque, ce cher fils dont Ulysse était préoccupé de l’avenir avant son départ pour le siège de Troie. En décidant de confier à des mentors les jeunes détectés pour être formés au leadership, l’association Elan entend inscrire son initiative dans la durée ; elle veut aussi combler ce qu’elle considère comme un vide en matière de repères dont peut s’inspirer la jeunesse béninoise pour participer à la mise en oeuvre de cette politique d’émergence du Bénin qui est le leitmotiv des déclarations et discours officiels. Mais la jeunesse béninoise manque-t- elle véritablement de références pour son éveil et son éducation à la vie militante en vue de faire face à son rôle historique dans l’évolution du pays ? Comment en est-on arrivé à cette situation, quelque peu paradoxale, où c’est dans le cadre d’hôtels luxueux, de salles de conférence hyper climatisées et autour de croissants et autres petits fours que l’on veut initier de futurs dirigeants à une vie de luttes et de sacrifices pour qu’ils soient aptes à anticiper et à répondre aux aspirations légitimes des populations au progrès et au bien – être ? Les mentors sélectionnés sauront sans doute fournir des réponses judicieuses aux questionnements des jeunes soucieux d’apporter une contribution de qualité à l’émergence de leur pays qui, plus de quatre décennies après l’indépendance de 1960, fait encore partie des pays les moins avancés (PMA). Mais en ce mois d’Octobre qui a été marqué d’évènements significatifs dans l’évolution du Dahomey – Bénin, il parait utile de rappeler les figures de deux personnalités dont la vie militante mérite d’être connue par la jeunesse en quête de repères. Si l’on convient que le militantisme est un engagement plus ou moins stable ou professionnel en faveur d’une cause, si l’on accepte que le militantisme est plus qu’un soutien ou une adhésion ; qu’il exige régularité, rationalité et organisation, il serait difficile de ne pas voir en Abdoulaye Issa et Adjo Boco Ignace des exemples qui ont été au bout de la logique du militantisme auquel ils ont choisi de consacrer leur existence.

    Disparus dans la fleur de l’âge

    Quand il meurt le 1er Avril 1977 des suites d’un accident de la circulation, Abdoulaye Issa était dans sa 32è année. Adjo Boco Ignace avait 40 ans quand la maladie a eu raison de lui à Cuba, le 15 octobre 1982, où il était resté de longs mois pour suivre des soins appropriés. Tous deux sont donc morts dans la fleur de l’âge, alors qu’ils assumaient des responsabilités de premier plan dans le régime mis en place après le coup d’Etat du 26 Octobre 1972, qui a constitué un tournant capital dans l’histoire contemporaine du Bénin. Le militantisme de Abdoulaye Issa et de Adjo Boco Ignace tire sa source dans l’Union générale des élèves et étudiants du Dahomey (UGEED) qui, à la fin des années 1950 et dans les années 1960 et 1970, a été la grande école de formation pour tous les jeunes intellectuels qui ne voulaient pas être en marge des débats engageant le devenir du nouvel Etat indépendant du Dahomey. Dans le même temps, ils étaient aussi des animateurs de premier plan de mouvements de jeunes de leur circonscription administrative d’origine; l’Organisation de la jeunesse de la sous-préfecture de Dassa-Zoumè OJSD) pour Adjo et pour Abdoulaye, le Front d’action commun des élèves et étudiants du nord (FACEEN) dont il a été l’un des principaux fondateurs. La création du FACEEN fut un moment d’épreuve pour le mouvement étudiant du Dahomey et au niveau de l’UGEED, le Front a été longtemps considéré comme un instrument que les hommes politiques originaires de la partie septentrionale entendaient utiliser pour briser l’unité des élèves et étudiants dahoméens face au pouvoir. Au FACEEN, on s’est toujours défendu d’être un « cheval de Troie » au sein du monde scolaire et étudiant. On mettait plutôt en exergue les spécificités des problèmes que devaient affronter les élèves et étudiants du Nord – qu’il y soient natifs ou installés momentanément du fait de l’affectation de leurs parents pour raison de travail – pour justifier la création de cette organisation. Le FACCEN, qui en 1971 refusa de participer à Parakou aux manifestations du onzième anniversaire de l’indépendance, subit les foudres du Conseil présidentiel qui interdit la tenue de son deuxième congrès ordinaire. Du coup, cette rencontre se fit dans la clandestinité.

   De la théorie à l’action

   Dans la fièvre qui caractérisait les associations et mouvements des jeunes et étudiants à la veille du coup d’Etat militaire du 26 octobre 1972, Adjo Boco Ignace et Abdoulaye Issa furent parmi les fondateurs et principaux animateurs du Front uni anti impérialiste de la jeunesse du Dahomey (JUD). Les jeunes intellectuels qui participèrent à l’élaboration du discours programme du gouvernement militaire révolutionnaire de novembre 1974 sont issus de cette organisation dont la mise en place a constitué une étape significative en son temps dans le processus d’unification des forces juvéniles. C’est dans cette dynamique qu’il faut sans doute comprendre la décision des deux jeunes leaders de passer de la phase de la réflexion théorique à l’action sur le terrain en acceptant d’occuper des postes de responsabilité au sein des structures politiques et administratives de l’Etat révolutionnaire naissant. La présence de Abdoulaye Issa et Adjo Boco Ignace au sein du Conseil national de la révolution (CNR) et à la tête de la province de l’Atacora pour le premier et du Borgou pour le second, va être un sujet de polémique, pour ne pas dire un scandale, pour nombre de leurs camarades de la JUD. Et, quand, dans le cadre de l’application du discours programme du régime, ils choisirent de s’engager à travers des actes concrets dans leurs sphères de compétences, la plupart de leurs compagnons de route des luttes estudiantines choisirent, d’une manière voilée pour les uns et radicale pour d’autres, de les considérer comme des adversaires politiques. Cette adversité politique ne déboucha pas, heureusement, sur des règlements de compte tragiques, mais donna plutôt lieu à des débats idéologiques dont bon nombre de ténors sont aujourd’hui des leaders de partis politiques créés à la veille et au lendemain de la conférence nationale de Février 1990. Sur le front de l’administration territoriale où ils choisirent d’aller vivre les réalités du terrain, Abdoulaye Issa dans la province de l’Atacora (actuels départements de l’Atacora- Donga) et Adjo Boco Ignace dans le Borgou (actuels départements du Borgou-Alibori), s’employèrent à jeter les bases d’une organisation véritablement au service des populations. Dans l’Atacora, en particulier, en trois années d’exercice, Abdoulaye Issa a arrêté et mis en oeuvre les grandes lignes d’une politique de développement pour cette région considérée alors comme un « goulag », une colonie pénitentiaire pour fonctionnaires indésirables par leurs hiérarchies. Quand il succombait le 1er avril 1977 des suites d’un grave accident de circulation, il laissait une province où les populations vivaient l’expérience des régies mises en place pour répondre aux besoins notamment en matière de transports, de stockage et de transformation de produits vivriers. Dans le Borgou où il a exercé la fonction de préfet avant d’être porté à la tête de l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR), Adjo Boko Ignace a fait preuve d’une détermination qui a fini par nourrir bien de rumeurs et d’anecdotes au sujet de la maladie qui va l’éloigner pendant quelques années du Bénin pour aller recevoir des soins à Cuba. L’insuffisance rénale qui finira par avoir raison de lui dans sa quarantième année sera expliquée et interprétée de mille manières, surtout dans le contexte de la fameuse lutte antiféodalité dont lui tout comme Abdoulaye Issa en tant que membres des structures dirigeantes de l’Etat révolutionnaire étaient considérés comme les cerveaux. Dans l’histoire du militantisme des jeunes en politique, Abdoulaye Issa et Adjo Boco Ignace ont été au bout de la logique qui guidait leur engagement. Leur disparition, dans l’intervalle d’une décennie du processus politique auquel ils ont décidé d’associer leurs noms, a constitué sans aucun doute un tournant dans le jeu des rapports de force au sommet de l’Etat. Il reste que les principaux acteurs de cette période de l’histoire contemporaine du Bénin, acceptent d’apporter les éclairages nécessaires pour permettre à la jeunesse de situer ces actions dans une perspective d’approfondissement et de consolidation des acquis des pionniers du militantisme juvénile, qu’ils soient décédés ou encore sur la scène politique. NDLR : Le journal serait heureux de recevoir des contributions pour faire découvrir d’autres animateurs de l’histoire du militantisme de la jeunesse béninoise.

 
 
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2004© continentalmag.com

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