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Les leçons vénézuéliennes

Connaissez-vous Hugo Chavez ? C’est le chef de l’Etat vénézuélien. Son pays, situé en Amérique latine, brille, en ce moment, de mille feux à la surface de l’actualité : il regorge de pétrole; il veut être la Rome du « socialisme du XXIe siècle », il a à sa tête un président atypique au possible, d’une exubérance à nulle autre pareille.

La semaine dernière, mal lui en prit. Hugo Chavez a appelé son peuple à un référendum qu’il a perdu. La Constitution du pays aurait dû être révisée pour lui assurer, entre autres, des pouvoirs étendus, ceux d’un monarque en République, et surtout, excusez du peu, la présidence de la République à vie.

Mais le peuple vénézuélien, dans sa majorité, a dit « non ». Une défaite cuisante, cinglante pour ce président qui rêve de devenir un tzar à l’orée du XXIe siècle. Un coup d’arrêt brutal qui ne peut ne pas avoir une portée politique certaine. Que faut-il en penser ? Quelle leçon doit-on en tirer ? Pourquoi est-il nécessaire, voire important de le faire ?

[Suite:]

Le Venezuela, par rapport à l’Afrique, ce n’est pas la porte à côté. Mais dans le contexte d’un monde qui se globalise, réduit aux dimensions du village planétaire du Canadien Mac Luhan, le Venezuela est proche de nous. Le récent épisode de sa vie politique nationale, avec le référendum perdu par son président, a valeur d’une grave interpellation. Il mérite qu’on s’y arrête.

L’Etat vénézuélien, que prétend incarner Hugo Chavez, se prélasse douillettement sur un matelas rembourré de pétrodollars. Cela a permis au président de se lancer dans un vaste programme social au profit des catégories vulnérables de son pays : réhabilitation de vastes zones d’habitation occupées naguère par des bidonvilles, accès à l’eau et à l’électricité au bénéfice des plus pauvres, promesse d’une réforme agraire…Qui tient cette frange de la population, estimait-on avant le référendum, tient le pays. Et pourtant, le peuple visé par les réformes sociales de Hugo Chavez, a fait faux bond au président vénézuélien. Et si l’ingratitude n’était que la pièce de monnaie dont on paie les services de ceux qui se découvrent trop vite une âme de bienfaiteur de l’humanité ? Tous les peuples de la terre sont imprévisibles. Hugo Chavez l’a appris à ses dépens.

Le pouvoir du président vénézuélien n’était nullement menacé. Un référendum n’était pas nécessaire pour tester sa cote de popularité auprès des « larges masses » selon une terminologie propre au socialisme populiste qu’il prône. L’histoire retiendra qu’il l’a pourtant fait, mais surtout qu’il a perdu une élection dont il a eu l’initiative, une élection qu’il a organisée, une élection sur laquelle il aurait pu avoir la haute main en la gagnant haut les mains.

On a beau donner à Hugo Chavez des noms d’oiseaux, le tenir pour un monstre politique, ou le clouer au pilori comme un autocrate boulimique qui a toujours faim et soif de pouvoir, force est de reconnaître que sa défaite, reconnue et acceptée par lui, vaut toutes les belles et bonnes leçons de démocratie. Son mérite n’a été que plus grand quand il s’avisa de saluer ses vainqueurs et de confesser qu’il a bien compris le message du peuple vénézuélien. Que celui qui s’estime plus démocrate, lui jette la première pierre.

Ils ne nous ont pas habitués à ce fair-play politique les pays d’Afrique et d’ailleurs qui jurent pourtant de leur bonne foi, la main sur le cœur, d’avoir tourné le dos au parti unique et à la pensée unique. Sous nos latitudes, celui qui est au pouvoir perd très rarement l’élection qu’il s’est donné la peine d’organiser selon le format de son choix. Tout se joue ou tout est joué à l’avance. Il a toujours bon dos, le peuple. On s’en sert comme d’une référence constante et redondante pour légaliser et légitimer la fraude.

A moins que l’exception vénézuélienne ne soit pour Hugo Chavez une manière de positionner et de mettre sur orbite ce socialisme dit du XXIe siècle dont il se fait le concepteur enthousiaste, le propagateur ardent et le chantre infatigable. Un socialisme qu’il semble vouloir différent de celui qui fit naguère les beaux jours des régimes totalitaires de l’ère glaciale de la guerre froide.

Peut-on imaginer, un seul instant, qu’en Corée du Nord, où sévit l’un des derniers spécimens de ces régimes totalitaires, les tenants du pouvoir puissent perdre une élection qu’ils ont programmée, organisée et bien sûr, contrôlée ? Doit certainement être troublé par cette exception vénézuélienne Fidel Castro de Cuba, tenu pour l’ami fidèle et le modèle admiré du chef de l’Etat vénézuélien.

Mais le fait le plus significatif de ce référendum perdu par Hugo Chavez, c’est la détermination de la jeunesse, la jeunesse estudiantine en particulier, à faire échec à un projet qui prétend bâtir l’avenir du pays sans elle, avec un président qui pense être le seul Vénézuélien a avoir le compas dans l’œil pour ce faire. Le « Non » de cette jeunesse a valeur d’un symbole politique fort. C’est le refus de remettre à quiconque, s’agissant de l’avenir, un chèque en blanc. C’est l’affirmation et la revendication d’une liberté sans frontière. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont-ils pas l’internet pour espace commun de ralliement ? Aussi naviguent-ils sur place. Aussi franchissent-ils toutes les frontières du vaste monde sans visa. Si les pères du socialisme scientifique sont morts de leur plus belle mort, c’est en vain qu’on cherche à les ressusciter sous le masque d’un socialisme dit du XXIe siècle. La mort, dit un proverbe de chez nous, ne bat pas le tam-tam.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 6 décembre 2007

Tag(s) : #Politique Internationale
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