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Au Congo, trois millions d'otages de la Françafrique

Manifestation de Survie, devant les grilles du Sénat, ce jeudi (A. Chareyron)

Nicolas Sarkozy avait promis, durant sa campagne présidentielle, une rupture avec les régimes corrompus et autoritaires. Et annoncé, lors de son discours d'investiture, une politique de la France au service des droits de l'homme dans le monde. Ces espoirs ont été vite déçus.

Les visites d'Omar Bongo, de Denis Sassou Nguesso ou du président centrafricain François Bozizé à l'Elysée, le voyage de Nicolas Sarkozy au Gabon, n'ont été accompagnés d'aucun discours de fermeté. Force est de constater que, sur le plan de la communication présidentielle relative aux droits de l'homme, l'Afrique apparaît totalement absente.

Ce mercredi 6 décembre, à l'instant où les radios retransmettaient les messages radios adressés par Nicolas Sarkozy pour la libération d'Ingrid Bétancourt, signe d'un volontarisme diplomatique que l'on ne peut que saluer, on pouvait regretter de voir s'ouvrir au Sénat, sous le patronage de ce même président, un "Forum mondial du développement durable" inauguré par le pétro-dictateur congolais Denis Sassou Nguesso et organisé par la revue Passages.

Les partenaires habituels de la "dictature durable" au Congo, les groupes Total ou Bolloré ne manquaient évidemment pas à l'appel, de même que d'autres sponsors de poids comme Suez, BP, EDF, la Poste et la Sncf, sans oublier le ministère des Affaires étrangères.

Une seule sénatrice a réagi à ce colloque

Après les hommages rendus à Bongo, le paternalisme du discours de Dakar, les accolades au tchadien Idriss Déby (malgré un contexte diplomatique difficile), c'est donc aujourd'hui un camouflet de plus que la France adresse aux démocrates africains, cette fois au Palais du Luxembourg, enceinte censée incarner la démocratie et la représentation populaire. Les parlementaires français qui réclament depuis longtemps plus de contrôle sur la politique étrangère peuvent-ils cautionner un tel cynisme diplomatique dans leurs propres murs?

Peu ont malheureusement réagi aux courriers de protestation émanant d'une quinzaine d'associations qui les invitaient à dénoncer la présence du dictateur congolais à ce colloque parrainé par le Sénat, en particulier par sa commission des finances. A part une sénatrice, qui s'est fendue d'un courrier au président Poncelet et quelques attachés parlementaires "compatissants", les réactions ont brillé par leur absence.

Les manifestants venus afficher leur opposition à ce colloque ont même été surpris de se voir refuser par la police l'accès aux jardins du Palais du Luxembourg, lieu prétendument "privé". Mais n'est-ce pas les citoyens que l'on a ainsi privés d'expression? Etait-il normal de voir, comme cela a pu être constaté sur place, des policiers dissuader des passants de rejoindre un rassemblement pacifique organisé dans un lieu aussi symbolique, et fouiller systématiquement leurs sacs? Triste image qui permet également de relativiser l'état de la démocratie en France.

Manifestation de Survie devant les grilles du Sénat, ce jeudi (A. Chareyron)

Il y a en Afrique des laissés pour compte de la "rupture"

Les paradoxes de la diplomatie française amènent des questionnements sur la valeur relative accordée au droits de l'homme en fonction des continents, car pour quelques infirmières bulgares, un poignée de zozos humanitaires français ou une femme politique franco-colombienne pour lesquels d'importants efforts diplomatiques sont fournis, combien d'Africains seront laissés à leur triste sort, combien de Congolais condamnés à la pauvreté, combien de journalistes emprisonnés dans le silence?

Il y a manifestement en Afrique des laissés pour compte de la "rupture" et de l'hyper communication présidentielle sur cette prétendue défense des droits de l'homme. Des droits si vite oubliés quand les intérêts économiques sont en jeu en Libye, au Congo, au Gabon (mais aussi en Russie, on l'a vu récemment). On peut pourtant le dire sans provocation et sans relativiser le sort des victimes qui bénéficient du soutien de la France: il y a 3 millions d'otages au Congo, victimes de l'arbitraire, de la répression et de la mauvaise gestion des affaires publiques. Il y a également des milliers de familles qui pleurent les crimes impunis du régime congolais (à l'exemple des 353 "disparus du Beach" assassinés en 1999).

Quel message tient aujourd'hui à leur adresser Nicolas Sarkozy? Demain s'ouvre à Lisbonne le deuxième sommet UE-Afrique, un sommet qui aurait pu ne pas avoir lieu car les Britanniques menaçaient de le boycotter, si le président zimbabwéen Robert Mugabé était invité. La présence de Denis Sassou Nguesso, d'Omar Bongo et des autres dictateurs de la Françafrique n'a malheureusement pas posé autant de problème, en tout cas pas à la France.

Mais comme il est bien prévu à l'ordre du jour de ce sommet de parler de gouvernance et de démocratie, il paraît légitime d'espérer qu'à cette occasion, le président français osera prononcer un discours ferme sur le respect des droits de l'homme en Afrique et lancer ainsi un message de soutien à un continent tout entier qui l'attend avec impatience. Mais au-delà des discours incantatoires, ce sont bien des actes qui devront être enfin posés par la diplomatie française en matière de démocratie et de respect des droits de l'Homme.

Tag(s) : #Politique Africaine
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