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Les "disparus" des prisons libyennes
LE MONDE | 10.12.07 | 14h07  •  Mis à jour le 10.12.07 | 15h42

la veille du voyage à Paris de Mouammar Kadhafi, des organisations de défense des droits de l'homme ont tenu à rappeler le degré de répression politique dans ce pays, et la fréquence de la torture dans ses prisons. Elles demandent aux autorités françaises de faire figurer les droits de l'homme au menu des discussions avec M. Kadhafi. Amnesty International qualifie la Libye de "dictature", tandis que Human Rights Watch (HRW) met en exergue les cas de disparitions de détenus.

 

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"Nous pensons qu'il y a actuellement des dizaines de prisonniers politiques en Libye", dit Fred Abrahams, un enquêteur de HRW. L'ONG a rassemblé des éléments sur cinq "disparus", dont toute trace a été perdue depuis 2006. Le sort de ces cinq hommes n'a fait l'objet, précise M. Abrahams, d'aucune démarche des émissaires français ou européens au moment où ceux-ci s'efforçaient d'obtenir la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien.

Arrêté dans la capitale, Tripoli, après avoir participé à l'organisation d'une manifestation commémorant l'anniversaire d'une répression meurtrière dans la ville de Benghazi, Rahman Al-Qotaiwi, un étudiant libyen en médecine, est porté disparu depuis février. Un autre manifestant, Juma Bougayed, détenu lors de la même manifestation par des agents de la sécurité libyenne, est aussi porté disparu. Douze autres personnes arrêtées à l'occasion de ce rassemblement sont en instance de jugement et risquent la peine de mort pour avoir "projeté de renverser le gouvernement", affirme un communiqué d'HRW.

Un autre cas est celui de Fathi Al-Jahmi, un opposant arrêté en octobre 2002 pour avoir publiquement critiqué M. Kadhafi et appelé à des élections libres, à la liberté de la presse et à la libération des prisonniers politiques. Son épouse et son fils ont été arrêtés et détenus sans inculpation pendant six mois en 2004. Son procès a débuté en 2005 et, selon son avocat désigné d'office, Fahti Al-Jahmi encourt la peine capitale pour avoir appuyé la constitution de "tout regroupement ou organisation interdits par la loi". Les autorités refusent tout droit de visite depuis août 2006. Selon son frère, sa famille ignore "s'il est mort ou vivant".

Deux autres "disparus" sont Mohammed Al-Rimi et Sofian Ibrahim Hamad Hamoudah, deux Libyens ayant été détenus à Guantanamo puis renvoyés par les Etats-Unis dans leur pays d'origine. Depuis leur retour en Libye (le premier en décembre 2006, le second en septembre 2007), aucune information n'a pu être obtenue sur leur sort.

Selon Fred Abrahams, il y a probablement "des centaines de disparus" depuis des années en Libye. Un groupe d'opposants exilés, Droits de l'homme solidarité, a publié une liste de 258 prisonniers dont les familles ont perdu la trace depuis leurs arrestations. Tripoli invoque souvent la loi 71, qui interdit toute activité politique contredisant les principes de la "révolution", pour jeter des opposants en prison. L'article 3 de cette loi impose la peine de mort.


Natalie Nougayrède
Article paru dans l'édition du 11.12.07
Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE
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