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Le lycée gratuit pour les expatriés: une urgence?

Cette promesse de campagne n'a pas trainé: l'Etat prendra en charge les frais de scolarité. Facture: 60 millions dès 2009.

"La prise en charge de la terminale" ( Frenchmorning), " Gratuité de la scolarité à l'étranger: de timides avancées" (Aujourd'hui la Chine), "La mesure de gratuité pour les terminales prend forme" (Le petit journal)... Les journaux d'expatriés et les sites francophones sont plutôt diserts sur le sujet. A croire qu'il n'y a qu'hors de France qu'on parle de la gratuité de l'éducation des enfants français à l'étranger.

C'était une des promesses présidentielles du candidat Sarkozy. En mars dernier, dans une lettre à ses "chers compatriotes établis hors de France", il affirmait qu'il n'était "pas normal qu'un enfant français soit exclu [du] système d'enseignement soit pour des raisons financières, soit pour des raisons géographiques". Il proposait donc que les frais de scolarité des enfants d'expatriés soient "pris en charge par la collectivité nationale" de la seconde à la terminale.

Sitôt dit sitôt fait. Ou presque. Les modalités de mise en oeuvre du remboursement viennent d'être publiées. Les familles d'expatriés peuvent faire une demande de remboursement des frais de scolarité de leurs enfants en terminale auprès de l'AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger). A la rentrée 2008, la gratuité sera valable pour les élèves de 1ère et, en 2009, pour ceux de seconde.

Le coût de la promesse présidentielle s'élève à 5 millions d'euros pour le seul trimestre de 2007 et concerne environ 3500 élèves. A 20 millions pour l'année 2008. Et lorsque, à terme, la mesure sera appliquée à tous les lycéens - soit à peu près 11000 élèves-, plus de 60 millions d'euros par an seront dépensés! Le tout sera couvert par des subventions du ministère des Affaires étrangères.

Des établissements privés de droit local

"Les Français de l'étranger ont cette demande depuis longtemps, rappelle une source à l'AEFE qui préfère taire son nom, beaucoup de candidats aux présidentielles en avaient fait la promesse." Elle ajoute : "Les expatriés ont souvent l'impression que les lycées français sont une extension du service public à l'étranger". Et pourtant, ces lycées français, bien qu'homologués par le ministère de l'Education nationale, sont des établissements privés de droit local.

Mais, il y a un endroit où cette initiative n'est pas passée inaperçue: chez les syndicats d'enseignants. Eux proposent que, pour des raisons d'équité, les millions déboursés soient plutôt reversés dans le système de bourses. Car, depuis 1990, année de création de l'AEFE, il existe, tout comme en France, des bourses pour les enfants d'expatriés de la primaire au lycée. Quelques 50 millions d'euros y sont déjà consacrés. Didier Pereme est secrétaire général de la section hors de France du SE-UNSA:

"C'est une mesure inadmissible et injuste. Encore une fois, le Président favorise les plus riches. C'est en droite ligne de sa politique."

Ce que Nicolas Sarkozy trouvait injuste, lui, c'est que des enfants de Français ne bénéficient pas de la scolarité gratuite, comme c'est le cas sur le territoire national. Pour Didier Pereme:

"Le principe de la scolarité gratuite et obligatoire s'applique de 6 à 16 ans, et donc pas forcément aux lycéens. Et plus d'argent dans le système des bourses serait plus équitable, car la mesure toucherait les enfants de tous les âges et ceux qui en ont vraiment besoin."

 

Le syndicaliste évoque, "sans vouloir faire de la science-fiction", les probables conséquences de la mesure. D'une part, les expatriés qui touchent des primes ne payeront plus la scolarité de leurs enfants alors qu'ils en ont les moyens, et ce au détriment d'expatriés qui ont des difficultés financières. D'autre part, les entreprises qui proposaient jusqu'à maintenant de prendre en charge ces frais pour les enfants de leurs employés, risquent de se dédouaner. Sa conclusion:

"Un cadeau de 60 millions par an à l'intelligentsia économique française de l'étranger, il faut arrêter le délire!"

 

Embarras jusqu'à l'UMP

L'augmentation des frais de scolarité -qui sont de la responsabilité des établissements-, les disparités entre les élèves français et les autres, ou encore la moins bonne dotation pour d'autres besoins de l'enseignement à l'étranger (notamment la rénovation du patrimoine immobilier) sont d'autres effets pervers à craindre.

Au sein de l'UMP, la décision ne fait,semble-t-il, pas non plus l'unanimité. Dans un rapport, Adrien Gouteyron, sénateur UMP de la Haute-Loire, même s'il a précisé "partager l'esprit" d'une mesure qui aide les Français de l'étranger à financer la scolarité de leurs enfants "au-delà des seules bourses sur critères sociaux", a émis des doutes. Il a souhaité "la maîtrise budgétaire de l'enveloppe dévolue à la prise en charge des frais de scolarité" et proposé de la plafonner au-delà d'un certain montant.

"On va s'engouffrer dans cette brèche-là", prévoit Didier Pereme du SE-UNSA. Son syndicat compte bien demander à l'AEFE de revenir sur l'aménagement de cette prise en charge.

Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE
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