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Mercredi 30 Janvier 2008
     
  Boni Yayi n’a pas offert l’impunité aux journalistes !  
     
     
     
 

   Stratégiquement, à moins que ce soit une coïncidence, Boni Yayi vient de calmer le jeu avec la presse après l’intervention musclée de son porte-parole. Il est vrai que la plupart des journaux comprenant l’indignation légitime du chef de l’Etat, n’ont guère apprécié la sommation de Lionel Agbo, venant de surcroît d’un excellent avocat et défenseur acharné de la justice et des droits du citoyen. Quelle mouche l’avait piqué ! se sont étonnés ceux qui ont toujours admiré sa défense de certaines valeurs démocratiques. La colère est toujours mauvaise conseillère ! Mais on peut se réjouir de ce que cette méprise ait abouti à quelque chose d’inattendu et heureux de la part du président de la République : la suppression des peines privatives de liberté pour les délits de presse. C’est encore la preuve qu’entre les médias, la communication en général et lui il y a comme une histoire d’amour passionnée. Et comme dans toutes les passions, on reste très exigeant vis-à-vis de ceux qu’on aime… quelques fois la colère pointe… Et c’est merveilleux de l’avoir oublié aussitôt. De ce point de vue, la presse elle-même a sûrement déjà pardonné. Sur le sujet, on n’imagine quelle avancée, ou plutôt quelle marche forcée, cet événement soudain a fait accomplir à la presse béninoise! Dans cette affaire de revendication pour la dépénalisation des délits de presse, si certains ont été enthousiastes et militants pour que la législation fasse rapidement le saut, d’autres professionnels conseillaient la prudence, n’ayant pas encore trouvé la parade efficace à mettre en place pour que les brebis galeuses et récidivistes ne considèrent pas la dépénalisation comme la porte ouverte à l’impunité et à l’irresponsabilité morale et sociale.

    D’autant que la presse est un instrument délicat à utiliser et que devant sa puissance expressive, rien ne résiste, surtout pas l’individu seul. La presse peut faire mal, peut tuer même, involontairement, mais elle fait aussi du bien par sa quête de la vérité. Un métier difficile en somme, qu’on ne peut exercer qu’avec professionnalisme et un bagage culturel et intellectuel confortable. Il y a des limites que la formation et la culture seules permettent de mieux appréhender. Car le travail de la vérité ne saurait être exercé par le premier venu, par n’importe quel troubadour, héraut ou saltimbanque. Malgré ses vicissitudes et ses dérives dénoncées par le public parfois, le métier de journaliste reste noble. Le bon journalisme ne se contente plus seulement de la dénonciation, du voyeurisme et du sensationnel sur des sujets scabreux, les chiens écrasés et les cancans, il devient de plus en plus spécialisé, et joue donc un rôle d’interface indispensable dans la société moderne. Par conséquent, tout en se réjouissant de la bonne nouvelle du gouvernement, tous les journalistes étaient hier conscients que l’Etat, en promettant de faire sauter le verrou de la prison, prenait à témoin le public. Ce qu’adviendra de la presse désormais sera du ressort du jugement de la corporation elle-même. Le journaliste n’a de meilleurs juges que ses confrères et la corporation elle-même, respectueux des normes professionnelles, de la déontologie du métier et de l’éthique sociale. Mais la loi veillera au grain contre toutes les dérives, nonobstant l’amélioration de la législation sur les délits de presse que le nouveau projet de loi introduira. Et pour ne pas reprendre d’une main ce que la société veut offrir aux journalistes béninois par ce projet du gouvernement, il serait indiqué que sa première mouture soit élaborée, en collaboration avec les acteurs de la profession : journalistes, associations professionnelles ou de consommateurs des médias, et juristes. Car, même si les journalistes seront exemptés des peines de prison, pour délit commis par voie de presse, la question de la lourdeur des amendes pénales et les dommages-intérêts destructeurs des entreprises de presse écrite comme audiovisuelle reste posée. Ces sanctions peuvent s’avérer plus nocives encore pour la liberté de la presse : la répression par l’argent qui entraîne l’entreprise à mettre la clé sous le paillasson. Un projet de loi à suivre donc de près.

 
 
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2004© continentalmag.com

Tag(s) : #Politique Béninoise

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