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Pour une nouvelle génération de fêtes nationales

 

Date: Jeudi 31 juillet 2008

Sujet: Actualités

1er août 2008 : le Bénin commémore la fête nationale, marquant le 48eme anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Evénement considérable pour les Béninois. Ils se souviennent que le 1er août 1960, ils cessèrent d’être des sujets français et d’avoir  pour ancêtres les Gaulois. A partir de cette date, comme des citoyens libres d’un pays libre, ils accédèrent à la pleine responsabilité de prendre en main leur destin.
En commémorant, chaque année, cette fête de la liberté reconquise, les Béninois, dans leur immense majorité, se concentrent davantage sur tout ce qui participe à l’habillage de l’évènement. Ils manquent ainsi de s’interroger sur son sens profond, sur son contenu réel, sur la direction d’action qu’il devrait leur indiquer.

Dans la parabole célèbre, à l’instar du maître qui s’interrogeait de savoir ce que ses serviteurs ont fait des talents qu’il leur a confiés, les Béninois doivent s’interroger pour savoir ce qu’ils ont fait et ce qu’ils font de la liberté qui illumina l’aube nouvelle de ce 1er août 1960.
Il y a au bout d’une telle interrogation, une manière plus engagée et plus engageante de commémorer la fête nationale, plutôt que de se laisser aller, année après année, à reproduire les mêmes gestes, à reconduire les mêmes manifestations, à recourir aux mêmes prestations, sans inspiration, sans créativité certaine.

La fête nationale, dans son format actuel, est essentiellement marquée par le défilé militaire et civil. C’est la belle occasion de montrer au grand public les divers corps spécialisés de notre armée, dans leur tenue et avec leurs équipements souvent renouvelés pour la circonstance. La créativité populaire se laisse apprécier à travers divers groupes artistiques et folkloriques. Avec beaucoup de bruit, assez de désordre et toujours la spontanéité et la fraîcheur des choses simples et vraies. N’oublions pas la coupe de l’indépendance qui remet sur son trône, ce jour-là, le football, notre sport roi.

Evidemment, le premier des Béninois, en l’occurrence le Chef de l’Etat, prononce, la veille au soir, une allocution de circonstance qui rarement annonce quelque chose de nouveau. Un garden-party, la grande réception mondaine de la fête de l’indépendance, rassemble du beau monde. Des hommes et des femmes, triés sur le volet, se pavanent dans les jardins de la République, sous le regard des caméras des télévisions. Ce qui fera bomber le torse et remplir d’orgueil ceux qui se reconnaîtront plus tard sur les images les montrant au reste de la nation sous les feux de la rampe. Prestigieuse et flatteuse proximité avec le pouvoir d’Etat !

Il va falloir rompre d’avec cette manière de commémoration de la fête nationale qui ne nous enseigne rien, ne nous apprend rien, ne nous édifie en rien. Si le 1er août, jour férié, chômé et payé sur toute l’étendue du territoire national, ne devait servir qu’à nous jeter sur les routes vers des destinations qui n’ont rien avoir avec l’évènement ou qu’à remplir les boites de nuit de fêtards en mal de bruit et de boisson, il serait donc temps de convoquer une réflexion pour repenser cette journée commémorative.

Il faut prendre l’initiative d’une réflexion en profondeur et de dimension nationale sur l’aménagement d’un cadre nouveau pour une nouvelle génération d’actions commémoratives qui donnent plus de sens et de contenu à la fête nationale. Pourquoi ? Parce qu’il nous faut sortir du train-train de pratiques sans âme, que nous répétons après les avoir copiés chez les autres. Parce qu’il est temps d’exercer notre capacité critique pour secouer le cocotier et pour sortir des sentiers battus. Pace qu’il est temps d’exercer notre capacité créatrice pour formuler de nouvelles idées, de nouvelles pensées. Nous proposons, à cet effet, trois directions de réflexion et d’action.

Il s’agira, d’abord, de décentraliser la fête nationale, en faisant de la commune la base d’une fête qui implique chaque Béninoise, chaque Béninois. Cette fête devrait être l’occasion pour chacun d’un retour à sa base territoriale et socioculturelle, dans un esprit de parfaite proximité telle que nous savons le faire avec les fêtes traditionnelles de la « Gaani » à Nikki, du « Nonvitcha » à Grand-Popo ou du lundi de Pâques à Ouidah. Il s’agit de la réappropriation de la fête nationale, de manière vivante, sur la base de la citoyenneté locale.

Il s’agira, ensuite, de donner plus de sens et de contenu à la fête nationale. On peut décider, par exemple, d’honorer ce jour-là, dans leurs localités respectives, tous ceux que la nation a distingué (admission aux divers ordres nationaux), tous ceux qui se sont distingués à divers titres. On peut décider, sous l’angle du développement culturel, de porter à la lumière le fruit des recherches, des inventions et des innovations de nos créateurs. On peut décider, sous l’angle de l’environnement, de planter des arbres commémoratifs dans chaque localité. La liste de telles initiatives n’est pas limitative.

Il s’agira, enfin, de faire de la fête nationale, dans chacune des 77 communes du pays, le jour de présentation des cahiers de doléance de la nation. Ceci, non dans le sens habituel et courant de la chose, en termes de revendications adressées, pour satisfaction, à l’Etat, mais dans un sens nouveau et novateur, en termes de réclamations et d’exigences envers nous-mêmes. « Ne demandez pas ce que votre pays a fait ou peut faire pour vous, disait John Kennedy, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Bonne fête à tous.

 

Jérôme Carlos


La chronique du jour du 31 juillet 2008


Tag(s) : #Politique Béninoise

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