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L’Afrique : Grand marché des voitures d’occasion
 
© Correspondance particulière de : Blaise Pascal Dassié
 
06-11-2008 
 
Casse automobile: Camer.beElles proviennent d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, de France ou d’Amérique. Tous les jours, par centaines, elles sont embarquées vers quatorze ports africains différents : Tripoli, Beughazi, Tema, Conakry… sont inondés. Lomé au Togo, Douala au Cameroun, Cotonou au Bénin…sont les plaques tournantes de ce commerce de vieilles voitures.  Encore embryonnaire il y a une dizaine d’années au Cameroun, la vente de voitures d’occasion encore appelée « congelés » gagne du terrain.
Avec une dizaine de points de ventes de voitures d’occasion au départ, la seule ville de Douala, au jour d’aujourd’hui,  en compte une vingtaine. Au lieu dit « collège ESAO » situé à quelques encablures du boulevard de la liberté  , les voitures qui encombrent le trottoir et qui sont exposées pour la vente sont de toutes les marques : Toyota, Mercedes, Nissan, Renault Clio (modèle d’occasion qui s’est le plus vendu en 2007 selon les données du conseil national des professionnels de l’automobile (CNPA)), Peugeot, Bmw…Ici, il y règne une ambiance de grands jours. Des clients devisent devant ces appareils roulants aux milles couleurs qui sont stationnés selon un certains ordre et selon les marques.
 
Des Pagéro aux Mercedes en passant par les Toyota Corolla et les Lands Cruiser, on en trouve pour tous les prix. De tous les âges aussi. Le long du trottoirs de certains avenues, les espaces libres entre deux avenues, tous ces lieux publics sont souvent occupés par des voitures portant une petite indication « A vendre ».Dans tous ses endroits précités, la fixation des prix de voitures est fonction des paramètres tels que : l’âge de la voiture, ses options (accessoires d’embellissement ou de sécurité incorporés au véhicule, climatisation, lecteur CD, système de protection contre le vol…), son état et sa marque. Tenez par exemple ! Une voiture qui a pris de l’âge coûte relativement chère qu’une autre encore en bon état. C’est d’ailleurs sur l’âge du véhicule que se basent les douaniers camerounais pour fixer la taxe de douane.
 
« Une Toyota KE 80 berline de la série 1984-1987 coûte 1.900.000 francs CFA, la même marque issue de la série 1988-1992 coûtera entre 2.500.000 et 3.500.000 francs CFA », explique Serges Bith, un vendeur d’un parking situé non loin des locaux de l’ancien siège de la société camerounaise des droits d’auteur à Douala qui poursuit qu’ « un véhicule de marque mercedès 200 doté d’un système de freinage Abs ou d’un air bag par exemple reviendra à l’acheteur à 9.000.000 contre 6.000.000 francs Cfa pour la même voiture dans sa version simplifiée. Idem pour une marque Corolla avec un système de sécurité et un lecteur CD qui coûtera alors 4.500.000 au lieu de 2.500.000 francs CFA. ». Autre lieu : « l’hôtel le Ndé » un des plus grands points de vente si non le plus grand du Cameroun si l’on s’en tient au volume du   parc automobile (plus d’une centaine de voitures), « les voitures à usage commerciales, outre le fait qu’elles soient très prisées par certains opérateurs du secteur des transports valent de l’or. Les KE 70 deviennent très rare et quand bien même vous en trouver, nous vous demandons pas moins de 2.000.000 de francs » précise un vendeur.
 
Des dizaines d’années auparavant, le fonctionnaire camerounais pouvait, grâce  à  ses économies,  s’acheter une voiture neuve. La crise économique, la dévaluation du franc CFA et des baisses des salaires aidant, beaucoup ne peuvent plus s’offrir un tel luxe et se rabattent vers  ces « congelés » massivement importés d’Europe.
 
D’après les statistiques de la Direction générale des Douanes, le Cameroun importe près de 80.000 véhicules d’occasion par an, soit un chiffre d’affaire de près de 25 milliards de FCFA.
Selon les sources des services provinciaux des impôts du Littoral- le chef lieu est Douala la capitale-, les caisses de l’Etat du Cameroun  reçoivent à peu près 7 milliards de francs CFA au titre des droits de douane et taxes diverses.« Une voiture d’occasion achetée en France pour le Cameroun nous reviens toutes taxes confondues (dédouanement, taxes de manutention) à la somme de 2.000.000 FCFA et nous la vendons à 2,5 millions de francs CFA, soit un bénéfice de l’ordre de 300.000 francs CFA » déclare Augustin Ahim, importateur basé au lieu dit « rue bebey Elamé » à l’entrée du lycée d’Akwa.
 
Apport mensuel
 
Pour ce qui est des ventes, les voitures d’occasion prennent le dessus sur les voitures neuves.Selon les statistiques de l’Association des sociétés d’assurances du Cameroun (ASA), 3167 voitures neuves ont été achetées en 2007 au Cameroun contre 80.000 voitures d’occasion.
L’administration de douane a récemment pris des mesures de facilitation de procédures de dédouanement des marchandises. A terme, il s’agira de collecter plus et d’envisager le cap de 760 millions d’euro par an. La douane camerounaise qui doit produire 400 à 500 milliards de FCFA au titre de l’exercice 2008, remplira actuellement cette mission avec en moyenne 31 milliards de FCFA d’apport mensuel dans les recettes de l’Etat. A ce titre, la douane constitue, au côté des impôts et des recettes pétrolières, l’un des secteurs sur lequel le gouvernement entend s’appuyer pour renflouer les caisses de l’Etat.
Les pesanteurs administratives qui entachent les procédures de dédouanement des marchandises déplaisent aux  importateurs camerounais. « Les délais de passage des marchandises n’ont de cesse de se rallonger. Pourtant, le dispositif de contrôle mis en place à travers le scanner par exemple, devrait réduire considérablement ce délai(…) Avant  la mise en service du scanner, il fallait au moins 18 jours pour les mêmes services » a indiqué un opérateur de ce secteur . 
 
Cotonou : Plaque tournante
 
Le port de Cotonou au Bénin a été  durant plusieurs années, une destination privilégiée de l’Afrique de l’ouest, avant que celui de Lomé au Togo ne gagne en influence. Le gouvernement béninois estime que chaque année, près de 450.000 voitures en provenance d’Europe sont débarquées au port autonome de Cotonou. Au Bénin tout comme au Gabon, le marché des véhicules d’occasion est dominé depuis 8 ans par des hommes d’Affaires libanais. Pour une voiture neuve, les taxes peuvent atteindre le plafond de 2 millions de francs CFA.Par contre pour une autre vieille de plus de 5 ans par exemple, elles reviendraient à 538.000 francs CFA.Les prix ont un rapport avec l’âge de la voiture. Plus celle-ci est vieille, moins elle coûte. Une Golf de 20 ans est proposée à 800.000 francs CFA. A l’inverse du Nigeria, le Bénin encourage l’importation des voitures d’occasion. Au Nigeria, le gouvernement est strict et combat la pollution : aucune voiture de plus de 10 ans ne peut accéder dans le pays. Mais les quelques 800 km de frontières communes et poreux avec le Bénin ne semblent pas pour autant faciliter la tâche à la douane nigériane. 
 
A Libreville au Gabon, depuis 2002, le nombre d’importateurs de voitures d’occasion a grimpé. Selon le ministère du commerce, près d’une vingtaine d’importateurs se disputent la clientèle librévilloise. Le principe d’ouverture d’un commerce de ventes de ces véhicules est simple : un capital de départ, une patente, un enclos loué, un personnel fort de deux ou trois personnes, le nom de la structure et un fournisseur, allemand ou belge en général. La communauté libanaise forte de près de 6000 âmes, après l’agroalimentaire et l’électroménager, semble avoir trouvé en ce créneau une véritable source d’enrichissement. On y retrouve de grandes marques européennes et japonaises : Mercedes, Toyota, BMW, Mitsubishi, Peugeot…Les  prix vont de 1,5 million à 5 millions de francs CFA, selon l’état et la qualité du véhicule. Selon une étude de la mission économique de Libreville (service de l’Ambassade de France) datée de 2006, « alors que les concessionnaires agréés vendaient 2563 véhicules neufs en 2005, les importateurs de véhicules d’occasion en écoulaient entre 4000 et 5000 ». Au Gabon, les marques françaises, allemandes et japonaises sont plus en vue.     Dans ce pays, les autorités veulent règlementer le secteur des voitures d’occasion. C’est ainsi qu’un décret de juillet 2005 interdit désormais d’importer des véhicules d’occasion de plus de quatre ans. Mais entre la loi et son application, grand est le fossé.
 
Pollution atmosphérique
 
Suffoquer sous d’épaisses fumées noires qui entourent voitures, motos et piétons, rendant ainsi la visibilité quasiment nulle et la respiration difficile, sont des scènes auxquelles sont habituées les populations tant à Douala que dans d’autres capitales africaines comme Libreville et Brazzaville. Du fait du gaz carbonique rejeté par ces voitures mais aussi de l’incinération des ordures ménagères et des déchets plastiques, ils polluent l’air.
 
Des spécialistes de la santé craignent d’ailleurs la multiplication des cancers des voies respiratoires et la recrudescence des maladies respiratoires. En janvier 2008, le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), avait annoncé que la plupart des pays africains renonceraient d’ici 5 ans à l’essence à plomb. Une enquête publiée la même année par le PNUE à Nairobi au Kenya démontre que quatre pays africains seulement dont l’Egypte, la Lybie, l’Ile Maurice et le Soudan sont déjà passés au carburant « sans plomb ».L’année prochaine, quatre autre pays ou territoires au rang desquels le Maroc, la Réunion, la Tunisie et le Sahara occidental, rejoindront cette initiative. « D’autres pays, plus d’une vingtaine sont entrain d’élaborer leur plan pour l’abandon de l’essence à plomb. L’essence à plomb représente, en effet, 90% de la consommation mondiale de carburant. Et les 10% que représente l’essence à plomb se concentrent dans les pays du Sud. Surtout sur le continent africain dont le Congo Brazzaville » Selon le Directeur exécutif du PNUE.
Brazzaville, la capitale congolaise, ce petit pays d’Afrique centrale avec 342000 kilomètres carrés pour une population de 3 millions d’habitants est l’une des villes la plus polluée de la sous région. Selon le docteur Banzouri, spécialiste des maladies respiratoires au centre hospitalier de Talangui, un quartier nord de Brazzaville, « les brazzavillois, dans les années à venir courent le risque d’une multiplication des cas de cancer des voies respiratoires. Pour l’instant, l’on assiste à une augmentation des cas de bronchite, de rhume et de pneumopathie. »
 
Ne pouvant réclamer la suppression des importations des véhicules et les matières     polluantes, les observateurs congolais proposent au gouvernement de déterminer l’âge maximal des véhicules d’occasion devant être accueilli par le pays. «Il ne devrait pas dépasser 20 ans » pensent-ils.

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