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  Désignation vendredi passé des députés dans les parlements régionaux:Les quatre leçons du vote des députés

 

29 décembre 2008 - LEMATINAL


Les députés réunis en plénière le vendredi passé ont fini par désigner tard dans la nuit leurs représentants dans les parlements régionaux. L’opération qui s’est déroulée uniquement entre les membres du G 4, G 13 et de Force Clé permet de dégager quatre grandes leçons dont les conséquences sont énormes pour le camp présidentiel.

Plusieurs jours de tractations, des nuits blanches, des négociations entre camps politiques antagonistes qui n’ont pas porté de fruits et finalement cinq sièges concédés par l’opposition non déclarée aux Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) qui ont décliné l’offre. Mais, entre temps, le camp présidentiel n’est pas loin de l’explosion. Certains députés Fcbe en l’occurrence Eloi Aho et Luc Boniface da Matha Sant’Anna qui avaient mis en garde les leurs contre toutes les formes de leur exclusion, ont pris leur destin en main. Ils se sont joints à leurs collègues du G 4, G 13 et de Force Clé pour présenter individuellement leurs candidatures pour deux des postes à pourvoir. Le premier a fait pied de grue pour se faire élire au parlement de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui siège à Abuja au Nigeria. Le second a été élu pour aller faire ses preuves au parlement panafricain qui siège à Durban en Afrique du Sud. Réduisant du coup de deux le nombre de députés jusque-là favorables au pouvoir du changement au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. L’honorable Luc Boniface da Matha Sant’Anna et son collègue Eloi Aho n’ont pas accepté de s’aligner sur le choix opéré par les autres députés Fcbe après les longues querelles de leadership qui ont jalonné les longues nuits blanches de stratégies visant à positionner les députés des deux camps antagonistes dans ces parlements régionaux. Craignant d’être écartés de tous les choix autour de ces parlements régionaux et face aux difficultés qui ont eu cours ces dernières semaines dans les Fcbe, ces deux députés ont profité de la politique de la chaise vide organisée et entretenue par les leurs pour pactiser avec le G 4, G 13 et Force Clé. Donnant ainsi raison à ceux qui envisageaient depuis des mois déjà des cas troublants de démission dans cette mouvance présidentielle parlementaire à cause des frustrations lors de la désignation à la Haute Cour de Justice et dans ces parlements régionaux. Et Eloi Aho et Luc Boniface da Matha Sant’Anna pourraient ne pas être seuls dans ce dossier. D’autres grands députés de cette Fcbe pourraient leur emboîter les pas dans les jours à venir. Après leur collègue Wallis Mamoudou Zoumarou qui a rejoint le G 13. Parce que les méthodes de travail à la Fcbe et le fait même que le président Yayi Boni s’ingère souvent trop dans les affaires de ce groupe et fixe les règles du jeu. Sans tenir compte des intérêts de ses députés et surtout du président de l’Assemblée nationale Mathurin Coffi Nago qu’il manipule à son gré. Aujourd’hui, les données ont commencé par changer et nombre de ces députés qui sont soucieux de leur avenir politique n’entendent plus se laisser faire comme c’est jusque là le cas où toutes les décisions tombent du Palais de la Marina, s’imposent à eux tous sans aucun ménagement. Avec la façon dont le chef de l’Etat gère les siens, les députés et les conseillers locaux ont perdu la plénitude de leur valeur sur le terrain et ne votent pas selon leur conviction. Parfois même, c’est à quelques minutes de l’échéance que le Palais de la Marina contraint les députés Fcbe à voter dans un sens. Sans aucune explication surtout. Et le président Mathurin Coffi Nago qui a toujours servi de courroie de transmission envoie le message aux siens. C’est la même façon de gérer les hommes et les susceptibilités dans cette mouvance présidentielle qui a obligé la naissance du G 13, engendré désormais les autres cas de démission pourrait évidemment être à la base de la cassure de la Fcbe.

 

La diversité politique respectée

 

Le choix opéré par les députés de l’opposition informelle composée du G 4, G 13 et de Force Clé lors de la désignation de leurs représentants dans les parlements régionaux est, d’une manière ou d’une autre, resté fidèle au caractère pluriel des idées dans cette Assemblée nationale de la cinquième législature. Contrairement au système qui a permis de pourvoir il y a quelques jours au remplacement des membres de la Haute Cour de Justice, la désignation des juges dans ces parlements a pris en compte la configuration politique de l’Assemblée nationale actuelle. Sans tenir même compte des deux postes qu’il reste à pourvoir, toutes les sensibilités politiques ont eu leur compte. On retrouve au même moment au parlement panafricain des députés de la mouvance comme de l’opposition non déclarée. Idem pour le parlement de la Cedeao où le député Eloi Aho de la Fcbe s’est retrouvé en tête des cinq parlementaires élus pour la cause. Il reste le cas du Comité Inter parlementaire de l’Union économique ouest africaine (Cip Uemoa) où siège déjà à Bamako au Mali le deuxième questeur et ténor de la Fcbe , Mama Djibril Débourou. Dans les motifs de son amendement, le député du Parti du renouveau démocratique (Prd) Augustin Ahouanvoébla a expliqué qu’il est loisible à ses collègues de la Fcbe de choisir celui qu’ils veulent pour combler le vide. Dans ces conditions, les députés du G 4, G 13 et de Force Clé ont montré qu’on n’a pas en réalité besoin forcément de recourir au choix de la proportionnelle pour respecter la configuration politique de l’Assemblée nationale. L’autre grande leçon qu’il convient de tirer dans cette partie, c’est surtout la stratégie de la non exclusivité qui a permis aux députés de l’opposition informelle de boucler la désignation de leurs collègues dans ces parlements.

 

Aucun texte n’oblige le recours à la proportionnelle

 

Si le G 4, G 13 et Force Clé se sont refusés d’exclure leurs collègues de la mouvance présidentielle de la désignation des députés dans les parlements régionaux, il faut aussi faire remarquer que la constitution du 11 décembre 1990 et le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale sont restés muets sur la question. Ainsi, il serait difficile pour les Fcbe de trouver des moyens de droits liés à ces documents fondamentaux pour saisir les sages de la Cour Constitutionnelle. Et le fait qu’ils ont essayé, tant bien que mal, de respecter la diversité des opinions dans les choix les conforte dans leur position et personne ne peut se fonder seulement sur le quota de cinq députés concédé aux Fcbe pour les faire représenter dans ces parlements régionaux pour agir. En procédant de cette façon, les députés de l’opposition non déclarée, se sont, pour cette fois –ci entourés de bonnes garanties pour ne plus avoir à revenir sur ce vote. Même si c’est la Cour Constitutionnelle qui a le dernier mot. Mais dans ce cas, les sages sont obligés de statuer ex nihilo s’ils tiennent à donner raison coûte que coûte raison à la mouvance comme cela a été le cas lors du recours du conseiller Joseph Gnonlonfoun au sujet des reports sine die des activités au parlement.

 

La part belle de la majorité

 

La majorité constituée des députés du G 4, G 13 et de Force Clé a fait valoir ses prérogatives. Sur les quinze postes à pourvoir, elle est sortie du vote avec 10 représentants dans ces parlements régionaux. Mieux, les deux ou trois députés de la mouvance qui se sont faits élire, semblent ne plus être du camp présidentiel. Pour n’avoir pas respecté le mot d’ordre de boycott de l’opération déclenchée par les leurs. Cette indiscipline montre qu’on ne pourra pas vraiment compter sur eux lors d’un vote secret. Et pour s’être comporté de cette façon et conscient des critiques dont ils peuvent faire, à tout moment l’objet dans leur groupe, les députés Eloi Aho et Luc Boniface da Matha Sant’Anna pourraient refuser de remettre des procurations pour se faire représenter comme on semble déjà les contraindre parce qu’on n’a plus confiance en eux. Des pressions qui ne pourront pas porter leur fruit parce que les intéressés ont agi à visage découvert et pourraient ne pas reculer. Si on en est arrivé à ce point, c’est parce qu’il n’y a plus rien n’à craindre. Les Fcbe et le chef de l’Etat ont montré leurs limites, l’avenir est suffisamment sombre et nombre de ténors de la mouvance sont actuellement en train de se chercher une porte de sortie après les multiples erreurs de stratégies au sommet de l’Etat. Aujourd’hui, 2011 n’est plus si loin et les élections législatives et présidentielles qui sont prévues pour se tenir la même année ne seront pas aussi faciles à gérer avec les complications actuelles. C’est d’abord le président Yayi Boni qui aura assez de mal à contourner les difficultés qui l’assaillent pour se faire réélire. Alors qu’il sera tenté par la liste commune gouvernementale avec injonction aux siens de ne pas disperser les énergies. Certains d’entre ceux-là risquent bien de se retrouver sur les carreaux comme en 2007. C’est pour éviter de se retrouver dans des situations inconfortables qui n’assurent pas un avenir politique radieux pour eux que les députés comme Eloi Aho et Luc Boniface da Matha Sant’Anna semblent avoir pris leurs responsabilités avant qu’il ne soit trop tard.

Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau)



Tag(s) : #Politique Béninoise

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