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11 février 2009

Idéogramme 95 : Au Nom d’Andoche Amègnissè

Mon Idéo Va, Court, Vole et Tombe sur...

Bats Ta Coulpe !

ideog1 Quand on considère l’emprisonnement arbitraire d’Andoche Amègnissè on est sidéré de constater que la chose peut se passer dans un pays qui s’honorait d’être à l’avant-garde de l’expérience démocratique en Afrique noire ; un pays dont la réputation démocratique faisait partie naguère de ses ressources symboliques et de ses atouts diplomatiques. On est sous le choc de constater avec quelle servilité l’institution judiciaire au plus haut niveau est instrumentalisée, et se conforme aux fantasmes du chef de l’Etat. Ce que trahit ces désirs personnels, à l’instar de maints actes autoritaires de Yayi Boni, n’est rien moins qu’une allégorie funeste de dispositions tyranniques  : culte de la personnalité, propagandisme au mépris de l’intelligence des gens, violation répétée des règles démocratiques, achat de consciences, westernisation crapuleuse des élections,  monopolisation sans vergogne de l’appareil d’Etat à des fins partisantes, etc.

Mais comme le dit le sens commun, on a les dirigeants qu’on mérite. Si l’embastillement arbitraire d’Andoche Amègnissè est d’abord décidé par Yayi Boni, le seul fait que cette pulsion tyrannique et liberticide qui a disparu de nos mœurs politiques depuis le Renouveau Démocratique ressuscite, le fait qu’il dure dans le silence de l’opinion, le fait qu’il jouisse de la conspiration du silence, le fait qu’il soit admis et banalisé, le fait que la victime soit renvoyée à ses chères études de trublion de la vie médiatique, abandonnée à son sort,  passée en pertes et profits des préoccupations d'une Société civile politiqquement aliénée, le fait qu’au mieux les partis politiques ne se bousculent pas au portillon de la dénonciation ou au pire en ont pris leur parti – c’est le cas de le dire – cette insensibilité au sort d’un concitoyen injustement privé de sa liberté est la preuve que la collectivité nationale et la société politique tout entières sont objectivement complices de cette barbarie à visage juridique.

Ce n’est donc pas parce que Yayi Boni et sa justice à la solde l’ont décidé et voulu que notre compatriote Andoche Amègnissè est arbitrairement privé de sa liberté, mais parce que, tous autant que nous sommes, nous pouvons souffrir la chose, la tolérer : nous en sommes des complices potentiels et le tyran n’a eu qu’à spéculer sur notre complicité. Or la démocratie, la vraie, suppose un devoir d’empathie. La morale démocratique fait de la solidarité citoyenne un impératif catégorique. On ne peut rester impunément insensible au sort d’un concitoyen aux prises à la tyrannie, parce qu’il serait isolé, ou seul. Au contraire, c’est son isolement et sa solitude qui nous obligent à la solidarité.  A défaut nous sommes à la fois les bourreaux et la victimes de la tyrannie ; tel est le paradoxe d'une démocratie sans lien social ni moral. Nos hésitations, nos silences, nos compromissions, nos peurs voire nos lâchetés, sont autant de blancs-seings à l’injustice. La tyrannie est un monstre retors et implacable : laissez-lui un doigt, et il ne tardera pas à avaler votre bras, puis votre corps tout entier ! En démocratie, la défense de la liberté de tous passe par la défense de la liberté de chacun. Nous sommes tous à terme des Amègnissè. Par ailleurs, comme le dit le nom de l’intéressé lui-même, c’est notre prochain, l’autre, qui est notre sauveur, notre ange gardien. Quand accepterons-nous de rendre grâce à son nom ?

Eloi Goutchili

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Copyright, Blaise APLOGAN, 2008, © Bienvenu sur Babilown



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Tag(s) : #ACTIVITES MILITANTES
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