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2 mars 2009

TV de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB) : La honte !

 




Incompétence, ignorance, complaisance ou déni de voir l’évolution du monde, L’ORTB est une télévision publique qui refuse de faire de la télévision. Télévision de palais présidentiel, de séminaires ou de colloques, l’ORTB assassine constamment la compétence des journalistes en les réduisant en d’abominables griots. L’élection de Yayi Boni à la tête du pays a aggravé la situation. L’ORTB est incontestablement devenue la télévision du Président. Ce dernier et ses acolytes y passent le clair de leur temps à endormir les populations avec des déclarations purement propagandistes. Normalement créer pour servir le public, la télévision nationale béninoise a complètement failli. Du jingle au contenu du Journal Télévisé en passant par le décor ou encore le nœud de la cravate du présentateur, tout dégage des odeurs des années 80. Aujourd’hui sur l’Internet, l’ORTB se révèle comme une honte nationale vendue à l’international. Regard critique sur une télévision publique en pleine déconfiture.


La plupart des Béninois, du moins ceux qui s’y connaissaient un peu en Télé ont trop vite fait de penser qu’avec l'avènement du régime dit de «changement», on allait en finir avec les vieilles méthodes de la télévision d’Etat. Mais c’est mal connaître Yayi Boni et ses velléités dictatoriales. La situation n'a fait qu'empirer. Le régime a changé mais à l’ORTB, on a appliqué la même recette classique : «on prend les même et on recommence». Il est aujourd'hui désolant, déplorable, à la limite révoltant de voir que l’ORTB ne diffuse aucune émission digne du nom qui va dans le sens de sensibiliser les Béninois sur les problèmes de corruption, de laxisme, de malhonnêteté, de médiocrité, de gaspillage, bref dans le sens d’éveiller la population sur les risques et les dangers du je-m’en-foutisme qui les gangrènent. On note une absence notoire d'émissions de débats d'intellectuels sur les questions de société, de politique, sur la bonne gouvernance, sur le civisme. Pourquoi ne pas inviter des intellectuels au Journal Télévisé (pas toujours sur le plateau mais ils peuvent être interrogés en direct depuis un lieu public, un restaurant ou leur domicile) ? En fait, l’ORTB devrait être le temple, l'agora où tous les problèmes de la société béninoise sont débattus, notamment ceux qui ont trait au développement, au progrès social, à la cohésion nationale, à l'intégrité et surtout au patriotisme. Qu’est-ce qu’un budget gouvernemental ? Quels sont ses impacts sur la population ? Quelles sont les maladies les plus répandues dans la communauté des conducteurs de Taxi-motos ? Pourquoi faut-il décourager les vendeurs de pain et de produits alimentaires non couverts aux abords des rues ? Pourquoi une véritable lutte citoyenne doit-elle être engagée contre les contrebandiers de l’essence frelatée (au lieu de nous présenter tous les soirs leur corps calciné)? Pourquoi le port du casque et de la ceinture de sécurité devraient être obligatoires ? L’ORTB devrait être une télévision à travers laquelle on comprend mieux les choses. Elle devrait informer et sensibiliser la population qui n'a pas encore atteint un certain niveau d'analyse et de compréhension des effets pervers et dangereux des maux qui minent notre société. C'est aussi par elle que doivent s'exprimer les masses, c'est par elle que les gouvernants peuvent voir ce que la population pense de leur façon de gérer les affaires du pays et ce qu'elle ressent quand les choses ne vont pas bien ou si leur politique sociale a été efficace ou non. En fait, l’ORTB devrait jouer le rôle de quatrième pouvoir en critiquant et en montrant la voie du succès au gouvernement. Mais malheureusement tel n'est pas le cas : A l’ORTB, on ne donne jamais la parole ni aux populations ni aux intellectuels. Cela ne plaît pas, ou du moins cela n'arrange pas le Président. Les journalistes et animateurs ont depuis longtemps jeté le froc aux orties et se sont transformés en complices et en talentueux relayeurs de la démagogie et des manigances politiciennes. Il n’y a qu’à suivre de près le Journal Télévisé pour s’en rendre compte. Comment comprendre qu’une télévision publique puisse sciemment rompre avec la déontologie professionnelle pour épouser une inélégance avachie derrière laquelle se cache toute une panoplie de dérives, de désinformations, d’incompétence et de désorientation de la population ? On nous balance à répétition de la musique ou des films étrangers. Quelqu'un disait la dernière fois que c'est parce que les Béninois aiment les films étrangers et la musique. Bien sûr qu’ils les aiment ; mais c'est parce qu'on les a forcés à les aimer en ne leur donnant pas la chance de voir autre chose !

Il y a quelques jours, on nous a fait passer des images de coupeurs de routes tués par la police sans que personne ne puisse s’interroger sur les circonstances dans lesquelles les présumés délinquants ont été gratuitement abattus. Il ne s’agit pas de défendre des bandits mais une télévision digne du nom devrait creuser cette affaire pour permettre aux Béninois d’en connaître les tenants et les aboutissants et même de pousser les autorités à une enquête. Ce qu'on voit depuis des années, c'est une ORTB qui passe tout le Journal Télévisé à diffuser les images d'une seule personne et de ses acolytes qui n’ont d’autres soucis que se faire de la publicité et de se partager impunément, l’argent du contribuable béninois. Si on s’en tient à ce qui se passe quotidiennement, on dira simplement que notre télévision est devenue le lieu par excellence où les démons viennent faire étalage de leurs discours laudatif envers le patriarche président en vue d’une éventuelle promotion dans l’escarcelle gouvernementale. En un mot l’actualité, dans la version de la télévision béninoise, se résume en la tragi-comédie institutionnelle, où Yayi Boni, dans son costume de marchand d'illusion, fait défiler ses ministres et ses alliés politiques par intérêt pour sauver les apparences d'un pays qu’il mène droit vers le chaos. Les opposants y ont rarement droit à la parole comme leur en donnent droit la démocratie et l'éthique républicaine. Ainsi les journalistes se sont-ils laissés enfermés dans un cercle vicieux de média d'état qui n'est là que pour servir le Président et ses collaborateurs, faisant ainsi fi de leurs missions premières qui sont ceux d'informer juste et d'éduquer.

Il est rarissime de voir à l’ORTB des reportages ou enquêtes sur les difficultés quotidiennes de la population : la semaine dernière par exemple, pendant que la télévision nous passait en boucle les interminables séminaires, les «activités du chef de l’Etat» ainsi que les «activités du Président de l’assemblée nationale» (termes inventés par les responsables de l’ORTB pour faire croire aux Béninois que ces derniers travaillent pour eux), la radio nationale nous informait concrètement qu’il y avait une grosse pénurie de sang dans les centres hospitaliers béninois. Il faut désormais arrêter de croire que la télévision publique béninoise est financée par le gouvernement. La télévision nationale est en fait financée par nous tous, payeurs de taxes ! C’est inacceptable ce qu’elle nous sert en retour. On ne peut pas dire qu’on fait de la télé et ne pas pouvoir faire une enquête sur la pénurie de sang dans les hôpitaux béninois. Il s’agit d’un sujet public majeur à côté duquel la télévision est passée sans souci. Les responsables de l’ORTB tiennent trop à leur fauteuil pour résister au Président de la République. Tous ceux qui ont manifesté des intentions contraires à la volonté du chef de l’Etat, ont été remerciés ou éjectés de leur poste de responsabilité. Beaucoup de journalistes qui n'avaient jadis accepté qu'à contrecœur les conditions nouvelles de la République démocratique, ne se sont par contre, pas fait prier pour collaborer avec le nouveau régime pour préserver leur gagne-pain.

L’ORTB a finalement un site Internet mais il suffit de faire une comparaison pour se rendre compte que le site est le plus grotesque de l’Afrique de l’ouest. C’est un site sans vie, sans contenue et sans ergonomie. Il faut parfois même avoir de la chance pour y accéder. Quel gâchis !

Dans les grandes démocraties ou celles qui sont sur la voie de l'être, le journal télévisé a beaucoup évolué. Tout a changé. Le présentateur apparaît parfois debout sur le plateau en verre. Les journalistes ne sont plus des lecteurs anonymes de textes, ils apparaissent à l’image au début et à la fin de leur reportage. La vieille carte du monde qui tenait lieu de décor du plateau a fait place à un décor plus vivant où défilent sur grand écran plat, les images de l’élément à lancer. Parfois même, on peut apercevoir des membres de l’équipe de rédaction. La coupe du costume du présentateur est plus fine et, le nœud de sa cravate a beaucoup changé. A regarder l’ORTB, on a parfois honte. On n’a pas toujours l’impression qu’il y a même un téléprompteur. Entre la lecture complète du communiqué de la présidence ou du ministère et la lecture classique de lancements, on ne se trouve jamais.
Tout le monde sait maintenant que l’objectif de Yayi Boni et de ceux qui l’entourent, c’est d’asseoir un régime, un Etat reposant sur une puissante télévision de propagande. C'est ce que René Balmé décrit en ces termes «Aujourd’hui, les dictatures n’ont pas à avoir recours à la torture, aux exécutions sommaires ou à l’emprisonnement de masse. Elles ont les médias, suffisamment aguerris et entraînés pour laver les cerveaux et leur distiller soigneusement, méthodiquement et quotidiennement le prêt à penser qui fera de chaque citoyen l’électeur modèle formaté pour reconduire, reproduire, malgré lui, le modèle.» On voit ainsi se succéder au jour le jour, avec une inquiétude sans nom, des journalistes pervertis(pas besoin de citer leurs noms. Tout le monde les connaît et tous se reconnaîtront à travers ces lignes), versant dans le griotisme ou la passivité totale, sans effort d'analyse transcendantale qui aurait pu leur permettre de laisser transparaître qu'ils ne sont pas que des moutons de panurge. A cela s'ajoute le fait que les images dont on nous gave au JT ne sont que des images crues, tronquées des chaînes étrangères, sans filtre, sans effort de réécriture et d'analyse. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Il y a certes dans cette boite à images de Yayi Boni quelques journalistes honnêtes et intelligents qui font sérieusement leur travail, mais ils payeront toujours pour les pourris.

Avec le salaire insignifiant dont ils bénéficient, les jeunes journalistes et les techniciens de l’ORTB sont toujours réticents à faire des reportages pour lesquels, il n’y a pas de rémunération (per diem). C’est pour la plupart, une journée financièrement perdue et on ne peut pas ne pas les comprendre. Cette mentalité a franchement tué en eux tout esprit de créativité et d’innovation. On nous bourre la tête avec le mot «changement» à longueur de JT mais le medium par lequel passe le message, ne veut jamais s’aventurer à expérimenter le changement. Il est impossible aujourd’hui de convaincre les Béninois que l’ORTB n’y arrive pas parce qu’il n’en a pas les moyens. On ne fait pas de la télévision quand on n’en a pas les moyens. Il va donc falloir fermer boutique. Au cours d’un de ses voyages en France, il y a plus de deux ans, le Directeur de l’ORTB affirmait sans ambages sur LC2 «qu’il n’est pas normal que les voyages du chef de l’Etat ne soient diffusés au Bénin qu’à son retour» (sic) et qu’il était parti en France pour asseoir les bases d’une collaboration avec LC2 à cet effet. En fait, ce qui n’est pas normal c’est que ce monsieur soit encore le directeur de l’ORTB. Avant d’être directeur, on peut maintenant commencer à douter qu’il ait été journaliste. Il a aujourd’hui vendu son pays, son âme, son éthique et son professionnalisme. Shame on you, sir !



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