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Entretien avec Paul Martial Tévoèdjrè : « L’un des problèmes de Boni Yayi est son inexpérience totale »

 

lundi 6 avril 2009, par DP Le Grand Journal

 

Notre confrère Paul Martial Tévoèdjrè de grand format qui a à son actif sept livres dont deux essais dont le dernier sera bientôt sur le marché et spécialiste en économie des pays en développement analyse pour vous les trois ans de pouvoir de Boni Yayi.


Le Grand Journal

 

Trois ans déjà que Yayi est au pouvoir. Etes-vous d’avis avec ceux qui disent que sa carrure de même que sa méthode de gestion gênent ?

 

Paul Martial

 

Ce n’est pas que sa carrure et sa gestion gênent. Il ne s’agit pas d’un problème de personne. Soyons clair sur le principe. Le problème de Boni Yayi est de trois ordres. Il faut faire trois constats au cours des trois années. Le premier est l’inexpérience totale. Concernant la question, dites-nous lequel projet son régime a conduit à bon port ? De la gestion du dossier du coton, de la gratuité de l’éducation et de la césarienne, il n’en existe point. Aucun projet n’a été mené à 100% pour les Béninois et a permis d’avoir un appoint. Deuxième chose, c’est l’impertinence qui fatigue. Il est très bien conscient de ses limites mais pour les camoufler, c’est les marches et les propos orduriers.

Troisième dérive, c’est le gaspillage des ressources humaines, matérielles et monétaires. On constate que la souveraineté du peuple et de l’Etat sont en errance à travers le monde. Le problème clé de Boni Yayi tire sa source des faits que nous venons d’énumérer tantôt. C’est loin d’être une affaire de personne. Il est venu dans un contexte de conjoncture qu’il fait semblant d’ignorer. Et le résultat de cette suite d’incohérences se traduit par la navigation à vue.

 

Pourtant, il y a d’autres qui continuent de chanter et de marcher pour sa gloire ?

 

C’est normal parce que le Bénin est dirigé par 20% de personnes lettrées. Le reste est analphabète et vit dans l’obscurantisme en attendant le sauveur qu’il n’a pas trouvé hier. Ce qui fait que les parvenus vont toujours chercher par quel chemin ils peuvent faire de l’entrisme. C’est ce à quoi on assiste sous le changement sans pour autant comprendre que c’est extrêmement grave. Le développement de l’entrisme dont il est question est ce que nous appelons le populisme. Et cela il faut assez de moyens pour le faire. Lesquels moyens sont au-delà de ceux de l’Etat béninois. Qu’il aille lire le livre « La République de Duverger » il comprendra que cette politique n’amène nulle part. Au contraire, elle se retournera contre sa personne. Et c’est justement une situation pareille que vit Madagascar. Le jeune homme ne restera pas longtemps au pouvoir. Il n’ira pas loin.

 

Revenons au plan politique. Quels sont les reproches fondamentaux que vous lui faites ?

 

Mon premier reproche est qu’il ne s’occupe point de son travail en se créant d’autres difficultés. Il n’avait pas besoin de toucher à la Constitution en parlant d’une relecture. Et cette relecture nous renseigne à travers ses lignes qu’il veut d’un mandat de quinze ans. Quel béninois est idiot pour le lui accorder ? Le Béninois qui a atteint un degré de maturité formidable a compris les choses malgré son statut d’analphabète. Ils sont certes analphabètes mais très intelligents. Depuis 1960, nous tournons en rond parce que nous avons du mal à identifier le problème clé auteur du mal. Et Boni Yayi aussi a des difficultés d’appropriation en faisant le jeu de la colonisation. Il fait le jeu du colon Français. Il faut oser le dire. Il adopte cette politique pour pouvoir tirer le drap de son côté.

 

En dépit de certaines critiques, il a quand même ouvert certains chantiers dont la relecture de la Constitution, la Lépi, le choix des chefs lieux des départements ?

 

Ma dernière rencontre en date avec Maurice Ahanhanzo Glèlè nous a permis de lui faire savoir s’il n’y a que lui que le président de la République a trouvé pour cette affaire sadique de relecture de la loi fondamentale afin de plonger à nouveau la Nation dans l’obscurantisme. Concernant le sujet, nous lui avons fait savoir que cela ne passera pas. Rassurez-vous qu’il n’aura pas un iota de la Constitution béninoise qui va changer dans quinze, vingt ou trente ans. Nous n’avons pas voulu réagir au sujet de cette relecture parce que nous avons eu le temps de comprendre que le chantier à nous ouvert dans ce sens a pénétré l’esprit des citoyens béninois qui en font perpétuellement leur combat. Autre que cela, le contexte politique ne si prête pas. Et pour l’illustrer, il suffit de se calquer sur la situation actuelle de rivalité politique au Parlement avec pour effet la position dure des G et F. La masse tout comme les députés ont compris. Lesquels députés sont préoccupés par leur réélection en 2011.

Concernant la Lépi, c’est dommage qu’on veuille en faire une affaire politique. Nous nous demandons ce qui empêche le Béninois d’aller de l’avant et de faire confiance l’un envers l’autre. Tout compte fait, la réalisation de la Lépi se résume à une affaire de confiance. Le vote de chacun en toute liberté dans l’isoloir. Les polémiques autour de la Lépi résultent du travail médiocre qui caractérise les politiques. C’est pourquoi, on cherche par tous les moyens à truquer ou avoir la marge de manœuvre au sujet de la gestion informatique du fichier électoral. C’est parce que rien fait bien en faveur des citoyens qu’on cherche à travailler techniquement la liste. Mais nous ne croyons pas qu’il pourra réussir le faire pour 2011.

En ce qui concerne le découpage territorial, il est bienséant de chercher à comprendre pourquoi le découpage fait depuis dix ans n’a pas réussi à sortir les chefs lieux. Si Mathieu Kérékou ne l’a pas fait, cela ne résulte aucunement d’une faiblesse ou d’une incompétence mais des réalités propres à notre société. S’il ne l’a pas essayé, ce n’est pas Boni Yayi qui fera le miracle. Le peuple béninois est un peuple frondeur. Faisons assez attention. Nous voulons d’une carte administrative nouvelle mais il va falloir prendre le temps et amener doucement le peuple à accompagner l’initiative.

 

Que déplorez-vous dans son bilan social ?

 

Qu’a-t-il de positif dans son bilan autre que les faits d’amertume dont nous vous avons fait part tantôt notamment l’inexpérience, l’impertinence et le gaspillage des ressources. Ces aspects sur lesquels nous insiste sont les signes caractéristiques du désastre sous l’actuel président. Le tableau social est au rouge. Il ne suffit pas de distribuer de l’argent aux chefs religieux, aux ONG ou à des gens qui veulent se faire voire pour se prévaloir jouir d’un bilan social. Le fait de financer des femmes qui pavanent dans les rues ne veut rien dire. Il y a une différence entre une assistance et un regard social encore moins un bilan.

 

Pourtant, c’est au cours de son mandat qu’on a eu l’augmentation des salaires, le recrutement massif, les micros finances ?

 

Nous disons tout à l’heure que le Bénin est dirigé par 20% de gens qui sont intellectuels. Il y a combien de jeunes ayant la maîtrise ou ayant fait une thèse ? Combien de recherches sortent de nos universités chaque année et qui trouvent des champs d’opération ? Voilà les sujets importants. Voilà les visions d’une Nation.

Les cadres ont confisqué l’innovation et les inventions au Bénin. A partir de cet instant, en fonction de quels repères nous voulons amorcer le développement et construire la Nation ? Si nous voulons d’une jeunesse qui veut se scléroser dans la fonction publique, nous sommes peut-être d’avis que c’est un choix déconcertant car l’avenir n’est pas là. Il faut s’approprier ce qui se fait à travers le monde pour gérér le Bénin autrement. Il faut donner à cette jeunesse un stimulant qui puisse lui permettre de se prendre en charge. Et ce stimulant, c’est les politiques qui en ont la solution et non cette manière de tirer le drap à soi.

Il est temps de se départir de se carcan que le colonialisme nous a inculqués. S’il faut y aller par sacrifice et amener tout le monde à comprendre la pertinence de la chose. Il y a un adage bambara de solidarité qui existe. Et cet adage conduit les bambara à se mettre ensemble pour un travail et se partager le fruit équitablement. Est-ce que nous sommes parvenus à avoir cette mentalité ? Si oui, c’est qu’il n’aura jamais de développement parce que le coût du risque est grand. L’engagement à risque de l’extérieur est calculé et il faut le payer cinq fois. Et si nous n’y prenons garde en réduisant considérablement nos risques, il n’y aura point de développement parce que la capacité d’absorber l’apport extérieur fera défaut. Qu’on nous dise que des jeunes sont recrutés, nous sommes content mais selon quel qualificatif ? Les micros crédits, c’est ce qu’on appelle en l’économie d’affection. Si l’Etat investit, c’est pour rapporter. Qu’est-ce que les micros crédits rapportent au Bénin ? Est-ce que le Bénin a besoin d’une gestion à la Caritas ? Absolument pas.

Les pauvres n’ont pas besoin de l’argent mais de structures. C’est-à-dire aller facilement dans l’administration et avoir des services à moindre coup. C’est de cela qu’il est question. Nous comprenons nos compatriotes qu’on présente comme des pauvres. Mais c’est une insulte en se sens que la pauvreté est un état d’être et non un système comme on si plait bien à le faire croire aux citoyens. Qu’on donne à une communauté ou pas elle demeurera pauvre. Ce n’est pas nous qui l’avons inventé mais les repères du tissu socioéconomique. La seule manière d’amener les gens à sortir de la pauvreté, c’est le changement de mentalité. Et pour y arriver, il faut des structures. Et c’est ce que Boni Yayi qui a déçu n’arrive pas à faire après trois ans de gestion.

 

Pour la première fois, le budget du Bénin a franchi la barre de 1000 milliards ?

 

Non ! Mes chers amis. Un budget est prévisionnel. Il s’établit en fonction d’une vision. Nous pouvons l’estimer à deux mille millions. Cela dépend de comment on veut conduire le peuple à s’inscrire dans cette dynamique de mille milliards.

Mille milliards, c’est un idéal. Mais qu’on me pointe du doigt un seul projet réaliste qui rapporte. Un investissement qui rapporte. Pour parvenir à cette conclusion, il suffit de prendre le volet relatif à l’agriculture. Voilà encore une autre bêtise. On veut faire de la mécanisation sans les points de collecte, les silos, le circuit de distribution et les marchés.

L’expérience du manioc doit nous édifier pour ne point tomber dans des pièges du genre. Et si le paysan ne trouve pas d’issue pour sa production, ne pensez pas qu’il vous suivra à la saison prochaine. A partir de cette réalité, où se trouvent les mille milliards ? Il faut concrétiser et cessez de jouer à l’amusement. Le président Yayi est de formation bancaire et on se demande s’il n’insulte pas l’intelligence de ses professeurs. Comment peut-il nous dire en plein 21ème siècle qu’il s’en va créer un aéroport à Tourou ? Le retour d’investissement serait alors de combien et dans combien de temps ? Est-ce que ce n’est pas dans son intérêt de préparer la création d’un aéroport rentable au lieu de faire du « faro faro politique ». L e gars est banquier, cela veut dire qu’il fait des prestations de service et dans cette logique, il a amené cette notion de spéculation à la gestion du pays. Les mille milliards ne font que l’objet de la spéculation. Or cette approche fait appel à des rabatteurs. Lesquels rabatteurs n’ont aucun état d’âme. Et justement c’est de ça qu’il est question autour de lui. En fin de compte, il ira à la faillite. Pour la cause, observer bien ce qui passe autour de nous en ce qui concerne la crise financière. Tout est à l’origine d’une spéculation. On a connu des rabatteurs, lesquels sont en prison pour avoir pris des milliards sur des milliards. Regardez en France, en Angleterre en Amérique et partout dans le monde. Que veut exactement Yayi ? C’est ce que ces professeurs lui ont enseigné ? Il faut qu’il cesse d’insulter ses professeurs.

 

Au regard de tout ce que vous venez de dire, quelles sont ses chances pour 2011 ?

 

Le plus important n’est pas de chercher à comprendre quelles sont ces chances. Tout un chacun suit les évènements. En 2011, il sera évalué et on verra si l’impertinence a payé son prix. Qu’il ne se leurre point. Il sera sérieusement évalué et que cela reste gravé dans son esprit. Il y a des gens plus instruit et plus intelligent que lui. Qu’il ne se fasse plus des illusions. Ces chances, nous n'en voyons pas. Nous voyons plutôt une carte politique divisée. Et dans cette division, nous prions les G et F de consolider chacun son fief électoral. Pour exemple, nous croyons queAdrien Houngbédji a un électorat stable ou plutôt que le PRD a un électorat stable. Il doit donc faire l’effort de prolonger ses 25% de huit points. C’est très essentiel. Pour la RB, nous voyons l’aura du fils Léhady s’affirmer qu’il continue dans ce sens. Au regard de la configuration du Nord, il va falloir attendre pour analyser les tenants et aboutissants de la double candidature qui s’annonce. Il faut tout faire pour créer l’écart afin que Boni Yayi soit sérieusement devancé afin d’éviter les tripatouillages de la Cour constitutionnelle au second tour. Ainsi, nous allons sauver le Bénin.

 

Il occupe déjà le terrain de par une précampagne active. 2011 sera-t-il pour lui une course de vitesse ou de fond ?

 

Ecoutez les travailleurs qui veulent faire la même chose que lui. Regardez la marche de la RB à Cotonou. Regardez ce qui se passe au Parlement. Des gens de sa propre maison qui désertent. Il va dire qu’on est contre lui. Personne n’est contre lui. Si des gens qui habitent la bâtisse prennent leurs jambes au coup, il doit pouvoir conclure de la suite en 2011.

 

Propos recueillis par Nicaise AZOMAHOU



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Tag(s) : #Politique Béninoise
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