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Pour mauvaise gestion de ses dirigeants

La Bibe menacée de disparition : Yayi et Idriss Daouda interpellés

 

18-06-2009 - FRATERNITE


 
Brice HOUSSOU


Boni Yayi et son nouveau ministre des finances Idriss Daouda ont actuellement un gros et très délicat dossier sur la table : la Banque internationale du Bénin (BIBE) va très mal et risque de mettre la clé sous le paillasson si rien n’est fait. La situation est tellement grave qu’il y a urgence à agir.

" Par suite des déficits cumulés, la banque avait déjà perdu au 31 décembre 2006 l’intégralité de son capital social avec des fonds propres négatifs de 2,037 milliards.

 

Aussi, disposait-elle en vertu des dispositions de l’OHADA ….d’un délai échéant le 31 décembre 2007 pour absorber les fonds propres négatifs et pour reconstituer le capital social d’une valeur au moins égale à sa moitié. A la clôture de l’exercice 2007, la reconstitution du capital n’a pas été faite et la situation s’est davantage aggravée, avec une perte de 2,251 milliards enregistrée au cours dudit exercice…. "

Voilà un extrait du rapport général du Commissaire aux comptes pour l’exercice clos au 31 décembre 2007, rapport présenté le 10 juin 2008. Comme on peut le constater aisément, ce rapport est sans appel : ce serait un euphémisme de dire que ça ne va pas du tout à la Banque internationale du Bénin (BIBE) ; tout va mal. De sorte que si rien n’est fait en urgence, la Bibe qui est en fait la première banque privée du Bénin de l’ère du renouveau démocratique risque de disparaître simplement et purement, avec toutes les fâcheuses conséquences qui en découleraient aux plans économique et social. De quoi s’agit-il en effet ?

 

Il s’agit que depuis quelques années, la banque est gérée comme une épicerie par des dirigeants qui ont eu le temps de prouver largement leur incompétence (le rapport des Commissaires aux comptes en est la belle preuve) et leur manque de vision. Mais qui sont ces dirigeants ? Qu’ont-ils fait ? Que font-ils et qui détient dangereusement sur la vie et la survie de la banque ?

 

Faisons un peu d’historique en rappelant que la BIBE a ouvert ses portes courant 1990 sur les cendres de la Banque Commerciale du Bénin (BCB) liquidée. On peut dire qu’elle a connu ses heures de gloire.

 

Seulement, après une courte période de croissance, elle est tombée dans une situation turbulente et chaotique qui dure depuis plus de dix ans. On peut dire sans se tromper que cette situation est due à la mauvaise gestion dans laquelle les dirigeants successifs l’ont mise. Ceci n’est pas une accusation gratuite puisque cela a été dénoncé par les différents audits commandités. Aujourd’hui, la situation de la Banque est dramatique dans un environnement économique où le système bancaire subit les effets de la crise financière mondiale.

Les dérapages qui ont été relevés depuis une dizaine d’années se sont aggravés avec le régime de l’administration provisoire auquel la banque a été soumise pendant plusieurs années et la gestion catastrophique faite de cette banque depuis trois ans par une équipe envoyée pour la diriger par Union Bank of Nigeria. L’actionnaire principal contribue donc purement et simplement à sa mort certaine. Rappelons au passage que c’est à l’occasion des solutions aux phases de difficultés enregistrées que la Union Bank of Nigeria est devenue l’actionnaire principal.

 

Des " dirigeants " importés du Nigeria

 

Aujourd’hui, la banque éprouve la nécessité d’une solution d’urgence car confrontée à des problèmes importants dans tous les domaines et qui hypothèquent à court terme et de manière significative son avenir. Pourquoi ? Parce que les personnes envoyées par Union Bank of Nigeria ne connaissent pas l’environnement bancaire de l’Umoa et sont handicapées par la langue officielle de travail au Bénin. Leur qualification professionnelle laisse aussi à désirer.

Conséquence : elles n’ont pu élaborer aucune politique de gestion cohérente ni mettre en place aucun plan fiable de redressement pour sauver la banque de son marasme. Au contraire, elles se sont engagées dans des actions de démobilisation du personnel et de destruction des intérêts de la banque.

 

On se demandera légitimement ce que font les agents de la banque. Ils réagissent. Mais ne sont point écoutés. En effet, cette situation longtemps dénoncée par les agents n’a pu amener les dirigeants actuels à revoir leur méthode de gestion. Bien au contraire. Plus les dénonciations fusaient, plus la négation de la bonne gestion prenait droit de cité.

Il est aujourd’hui notoire que le management de la Bibe est autocratique, techniquement déficient. Et comme on peut s’en douter, le personnel de la banque est de ce fait complètement démotivé, parce que harcelé par des responsables parachutés du Nigeria et qui, apparemment, n’ont aucune notion de gestion des ressources humaines.

Leur méthode de gestion est basée sur la technique de diviser pour mieux régner et le trafic d’influence. Des cadres compétents et bien imprégnés de l’environnement bancaire béninois ont été purement et simplement écartés de la gestion. Et bien d’autres faits encore : des nominations verbales, plus d’une centaine d’affectations en un mois, des créations tous azimuts d’agences sans études préalables, etc. La liste est longue (nous y reviendrons).

 

En fait, tout se passe comme si la Union Bank of Nigeria, l’actionnaire principal a fait de la Bibe une simple agence béninoise de cette banque nigériane, avec à la clé une méthode de gestion qui force le cri de cœur.

 

La commission bancaire menace !

 

Lorsque les choses se passent ainsi, le résultat est forcément le " rouge " : tous les indicateurs de gestion à la BIBE sont au rouge et la banque a perdu depuis 2006 l’intégralité de son capital social qui était de neuf milliards FCFA et enregistre d’année en année des pertes importantes. Pour dire les choses plus clairement, c’est en fait une banque qui, aujourd’hui, vit des dépôts de la clientèle. Très grave !

La commission bancaire de l’Umoa, devant une telle situation, a déjà sanctionné la banque et a donné à ses dirigeants un délai qui court jusqu’au 30 juin 2009 pour régulariser toutes les insuffisances relevées, notamment la recapitalisation de la banque. Plus précisément, il a été fait injonction à la banque

- de relever les fonds propres au niveau réglementaire

- de mettre en œuvre un plan crédible de redressement durable de la situation

- d’apporter la preuve de la conformité du système d’information avec les exigences du Plan comptable bancaire de l’Umoa

- d’assumer une gestion rigoureuse des risques

- d’élaborer et d’appliquer un plan de recouvrement des créances compromises

- d’effectuer tous les redressements comptables et de constituer l’ensemble des provisions demandés par une mission de vérification de 2008.

Aujourd’hui, rien de ceci n’a été fait.

Pourtant, la Commission bancaire avait pourtant bien averti : " au cas où aucune amélioration ne serait constatée dans la situation de la banque avant le 30 juin 2009, elle s’expose à des sanctions ". Remarquons qu’après le blâme, la prochaine étape de sanction pourrait être l’interdiction ou la limitation de certaines activités, l’interdiction des dirigeants ou (le plus grave, qui est possible), le retrait pur et simple de l’agrément, autrement dit la fermeture de la banque.

La fermeture de la banque ! Oui, c’est ce qui risque d’arriver, si rien n’est fait d’ici le 23 juin prochain où se tient à Bamako une réunion de la Commission bancaire qui se penchera certainement sur le cas Bibe.

Il faut agir, vite : une thérapie de choc !

Aujourd’hui, on devra arrêter de caresser la bête dans le sens du poil : les autorités financières du Bénin et la Commission bancaire de l’Umoa devront arrêter la complaisance et régler les problèmes de la Bibe au plus tôt par des mécanismes adéquats. Car, c’est la vie de toutes les institutions bancaires du Bénin qui sera ébranlée si rien n’est fait dans l’immédiat.

Les promesses de recapitalisation non respectées par Union Bank of Nigeria, actionnaire majoritaire, depuis quelques années, doivent inciter les autorités béninoises, notamment le Ministre des Finances et le Président de la République à prendre en charge très rapidement les problèmes de la Bibe afin d’éviter que les quelques employés rescapés encore en fonction ne se retrouvent dans la rue.

Les dirigeants actuels ont montré leurs limites et leur incapacité à redresser la banque. Il est donc impérieux, face à ce drame économico financier que les autorités béninoises prennent en charge la restructuration de la banque en demandant des comptes à toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont conduit la Bibe à cette situation désastreuse.

Boni Yayi et son nouveau ministre des finances Idriss Daouda seront jugés sur leur volonté et leur capacité à résoudre au plus tôt ce cas délicat.

On ne peut comprendre en effet que le Chef de l’Etat et son ministre des finances qui sont tous deux des banquiers et qui ont fait une bonne partie de leur carrière à la Bceao soient là et qu’une banque béninoise meurt. Ce sera inacceptable ! On ne comprendra pas en effet qu’aux Etats-Unis, le pays du capitalisme par excellence, le gouvernement intervienne pour aider les banques moribondes et qu’au Bénin, on laisse nos banques mourir.

De toutes les façons, la prospérité partagée qui est chère au Chef de l’Etat passe aussi par là. On ne peut réaliser l’émergence en laissant des banques mourir. Car ce sera grave pour l’économie nationale, pour les commerçants qui font affaire avec la banque, pour les Béninois qui y font des dépôts, pour les employés qui risquent de connaître le chômage, … si rien n’est fait.


Tag(s) : #Actualités Béninoises