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23/11/2011

 

AFRIQUE: De la candidature unique à l’heure de la « démocratie synthétique ».

 


S’il y a une vérité fondamentale dans les démocraties modernes, c’est : « l’homme politique n’a plus bonne presse ». Les politiciens professionnels perdent du terrain. Ayant compris cela très tôt, l’opposition et une bonne partie de sa société civile, pour ne pas dire ses éléments en détachement dans les organismes privés, (ONG, Presse…) ont adopté la théorie « de la candidature unique » pour les présidentielles de 2012. Cependant, ils sont aujourd’hui enfermés dans leur propre piège. En vérité, il s’agissait d’une redoutable escroquerie politique.


En effet, puisque les populations ne semblent plus accorder beaucoup de crédits aux hommes politiques, les spin-doctors de l’opposition ont créé ce que l’on appelle « des associations écran » qui, officiellement, prennent la place des politiques et « inversent le «sens de la politique citoyenne ». Le principe est simple, pour avoir l’adhésion populaire, il faut faire croire que ce n’est pas politique, comme le disent si bien les consultants américains à leurs clients, « la meilleure façon d’intégrer l’élite de Washington, c’est dire à ses électeurs que l’on déteste Washington ».


L’opposition a joué et gagné sur ce registre avec les « assises nationales », qui constituent en réalité la première expérience réussie de création d’une « association écran » en Afrique de l’Ouest. On a réussi à faire croire aux populations que les assises n’étaient pas politiques bien qu’elles avaient des objectifs politiques. On a réussi à faire croire aux populations que les assisses étaient une initiative citoyenne bien que c’est l’opposition qui a démarché ses membres fondateurs. On a réussi à faire croire aux populations que les assises n’étaient pas contre le régime libéral, bien que ses membres cherchent à réunir les conditions nécessaires pour le départ de Wade…


L’autre « association écran » est le M23. Le principe reste le même, faire croire aux sénégalais qu’il ne s’agit pas d’une affaire politique mais citoyenne. Et dans la « démocratie synthétique » le plus important ce n’est pas ce qu’on fait, mais la perception qu’ont les populations de son discours. Ainsi, on fait croire qu’on lutte contre la violation de la Constitution tout en violant la Constitution. On dit que la constitution a clairement limité le nombre de mandat du président sortant à deux, tout en manquant de respect à l’institution qui a été désignée par cette même constitution pour statuer sur la question.


En effet, quand la constitution dit que le Président de la république n’est rééligible qu’une seule fois, il faut applaudir, mais quand cette même constitution dit seul le conseil constitutionnel est habilité à valider les candidatures, il faut verser de chaudes larmes et faire tout pour que cette disposition constitutionnelle ne soit pas respectée. Il faut, donc, impérativement éliminer un candidat et balayer le chemin pour le « candidat naturel » du peuple.


Mais à défaut d’avoir un candidat des assises, donc celui naturel du peuple, puisque les assises sont celles du peuple, le président de cette « association écran » de l’opposition (les assises), cherche à réconcilier les leaders de celle-ci et à leur trouver un «candidat unique ou du moins de l’unité ». Il s’agit, de tout même, d’un aveu de dernière minute du Président Mbaw. Mais pour être poli, disons que le Président Mbaw n’est pas de l’opposition, mais il est simplement avec l’opposition.


Toutefois, si vendre l’idée de la «candidature unique» aux populations semble être facile, il ne semble pas être tout aussi facile de faire le marketing politique de cette idée auprès de certains leaders de l’opposition.


En effet, en vendant aux populations l’idée de la candidature unique, on veut les faire croire qu’il s’agit non pas d’un candidat d’un parti, mais d’un candidat du peuple. Et on utilise les techniques de la « démocratie synthétique » pour réussir une telle mission. Pour reprendre le Magazine «Campaigns & Elections », disons qu’il s’agit de « créer artificiellement un courant d’opinion favorable à un point de vue donné (ici, candidature unique). L’objectif étant soit d’imposer ce point de vue à des militants non informés, soit de diffuser des techniques de manipulation servant à les recruter ».


Cependant, si avec l’idée de la candidature unique, on peut facilement vendre le virtuel aux populations, en les faisant croire qu’il s’agit de leur candidat à elles et non celui d’un parti, Ousmane Tanor DIENG, lui, vivrait, non pas virtuellement, mais réellement, sa tragique mort politique, s’il renonce à sa candidature au profit d’un autre, peu importe qu’il soit le « candidat unique et naturel » du peuple. Nous pouvons dire la même chose à propos de Moustapha NIASS. N’est ce pas que « les grands bandits ne se disputent qu’à l’heure de partage du butin » ?


Ainsi, le peuple ne semble être sauvé de cette vaste escroquerie politique que parce que « le butin » est indivisible et aucun larron ne veut le laisser aux autres.


Disons le très net, la fonction d’un parti politique ce n’est pas de se mettre derrière un autre parti, mais de conquérir le pouvoir, s’il en n’a pas les moyens il doit disparaître. Aussi, dans une démocratie réelle et non une « démocratie synthétique », le peuple doit avoir droit à une offre politique plurielle et non une offre politique uniformisée, même avec le label « made by le peuple ». A ceux là qui continueront de dire, le peuple veut un candidat unique, je leur demande de bien vouloir préciser, très aimablement, sauf Sadikh DIOP. Le synthétique n’a pas seulement envahi le marché des biens, on le retrouve aussi dans les rayons des grands supermarchés de la duperie politicienne.


Sadikh DIOP

Administrateur de L’Observatoire de l’information et des Médias
Site : Limedia.org
Email : info@limedia.org

 



 
 
 
Tag(s) : #Politique Africaine

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