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Genève, le 15 janvier 2012

 

AFRIQUE FRANCOPHONE: Depuis 1960, nous sommes des indépendants assistés.

 

Par Eustase Coomlan Amoussou

 



=> Avec tous mes voeux de SANTÉ et de bonheur pour la Nouvelle Année!


=> SANTÉ, conservation! [Comme disaient les vieux Suisses en levant leur verre.]


=> ... Tant qu'on a la SANTÉ...


=> -Laafi...? -Laafi bala! [En mooré, au Burkina Faso: -La SANTÉ? -Ça va bien!]

=> -Agbassa sieinsiein... -Lanmê djogun djogun! [En fongbé, au Bénin: -Santé de fer? - santé rigide!]

Chères amies, chers amis,
chers correspondants, chers collaborateurs

Les voeux de santé sont certainement les plus répandus, dans toutes les langues et tous les peuples de la Terre. Qu'il s'agisse de voeux traditionnels de Nouvel-An ou d'anniversaire, ou bien de conventions sociales lors du partage d'une boisson ou de salutations banales, le mot SANTÉ est prononcé sans même parfois se souvenir de son sens...

«La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.» Cette définition est celle du préambule de 1946 à la Constitution de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et n'a pas été modifiée depuis.

Or, si la santé physique est favorisée par les incroyables progrès de la médecine, la plus grosse partie de ce mieux est réservée aux individus les plus riches de notre planète. Ce qui inclut (heureusement pour moi!) une bonne partie de la classe moyenne occidentale, mais ni les défavorisés des sociétés «libérales et démocratiques», ni surtout l'immense majorité des populations des pays en développement.

La santé mentale, elle, résiste mal à la sauvagerie du Monde actuel, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest. Elle subit les assauts d'une civilisation basée sur une compétition effrénée, un rythme de vie stressant et une rupture des liens culturels et familiaux. «Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens» dit un proverbe africain, mais quand on ne peut plus répondre à cette dernière question que devient-on?

La santé sociale, c'est certainement la plus malmenée. Suffisance alimentaire, stabilité politique, droit à un habitat décent, sécurité de l'emploi, assurances sociales, paix, tolérance inter-culturelle, respect des individus de tous âges, liberté religieuse et spirituelle, liberté de l'information, liberté artistique, etc. On est bien loin du compte. Même sous nos latitudes, où une partie non négligeable des Droits Humains fondamentaux sont (ou devraient être) respectés, il y a trop d'exclus, trop de personnes en mauvaise santé sociale...

Quand à la santé économique, elle semble désormais dévoiler la face cachée de l'iceberg au point de devoir susciter notre indignation collective.

Pour le monde, pour l'Afrique et particulièrement pour nos petits pays de la zone franc, cette nouvelle année risque d'être encore plus difficile. Notre CFA étant arrimée à la monnaie européenne, la crise de l'euro lui sera préjudiciable sur la distance. Les Européens eux-mêmes ne sachant où les mène la barque de cette crise aigüe... Mais notre drame, contrairement à nos bourreaux (dirigeants africains, occidentaux et orientaux) c'est notre aptitude à attendre que le malheur nous frappe fort, avant d'agir ou même sans agir. Cette crise devrait nous ouvrir les yeux pour aborder sereinement, franchement mais dans l'urgence, la question d'une monnaie unique pour nos États francophones. Qui ne sera plus celle de l'asservissement colonial mais de l'indépendance et d'une libération économique vraie. Depuis 1960, nous sommes des indépendants assistés. Politiquement et économiquement. La France nous tient par cette chose qui ressemble à tout, sauf à une monnaie.

 


A notre actif, nous avons sans doute la plus longue expérience mondiale du partage d'une même monnaie par plusieurs états. La crise de l'euro peut être donc, une chance pour nos États, s'ils veulent une fois enfin, oser prendre leur destin en main. La monnaie n'est pas que l'expression d'une volonté d'indépendance. C'est d'abord un pouvoir qui octroie l'indépendance et la liberté aux États qui prennent leur dignité au sérieux. Si un pays aussi sinistré que la Guinée a sa monnaie, si nos amis du ghana sont aujourd'hui si fiers de leur cedi, on peut se demander pourquoi, depuis 1960, l'ensemble des États qui composent l'Union Économique et Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (Uemoa) et ceux d'Afrique centrale, ne frapperaient pas une monnaie souveraine et commune. Une monnaie unique d'Afrique francophone au sud du Sahara, émancipée de la tutelle monétaire de la France, serait un bel exemple d'audace. Toutefois, ce courage, il vaut mieux ne pas demander à nos politiques de l'afficher. Ce serait vain. La France peut faire et défaire leur pouvoir...

  

Peut-être que finalement, ce sont nos organisations de la société civile qui devraient appeler à l'indignation collective pour prendre à bras-le-corps cette exigence. Notre avenir immédiat et lointain en dépend.

Les réflexions que mènent aujourd'hui, les politiques et autres intellectuels européens avec le concours des Américains, sont d'abord destinées à trouver des solutions aux problèmes de leurs monnaies, pour garantir l'avenir économique de leur nations et de leurs populations. C'est humain, et il ne peut d'ailleurs en être autrement.

Des réflexions quant aux secousses collatérales que notre pauvre franc CFA subirait, sont loin d'être leur préoccupation. Ils verront bien plus tard. Dans tous les cas, le moment venu, ils trouveront pour nous, la solution qui leur conviendrait d'abord et avant tout. L'avenir économique de la « négraille » (Kanflan*), ce n’est pas grand chose... Les nègres (Kanflan*) ont l'habitude de la souffrance. Ils ont la souffrance dans leur gène. Les noirs ont tellement vécu de choses plus douloureuses dans l'histoire, que tout ce qui peut leur arriver ne renforcerait que leur immunité acquise au malheur. Un nègre (Kanflan*) est un pachyderme. Parce qu'il croit aux forces de la nature, tout ce qui est désespérant fortifie son espoir et son espérance. Il a déjà supporté le fouet d'une première dévaluation du franc CFA ; tout certifie qu'une autre, éventuellement, ne lui serait pas fatale. Je nous appliquerais cette phrase du poète français Paul Eluard : « nous sommes dans l'insoutenable avec des repères éblouissants». Notre malheur, (Kanflan*) c'est ce que nous ne savons pas nous mobiliser pour sortir de « l'insoutenable ». Le franc CFA plombe notre développement depuis l'ère coloniale. Comment s'en débarrasser? Menons maintenant la réflexion avant qu'il ne soit trop tard... C'est ici qu'il faut bien se demander à quoi servent nos économistes, nos éminents financiers et nos spécialistes de la monnaie que le monde nous envierait ? Il y en a qui, volontiers, planchent plus passionnément sur l'avenir des monnaies occidentales que sur celles de nos pauvres Etats qui hier, ont investi dans leur formation...

On est donc suffisamment loin du but pour que cela vaille la peine de vous souhaiter quand même


TOUS MES MEILLEURS VOEUX DE SANTÉ, DE COURAGE ET DE PROSPÉRITÉ POUR CETTE NOUVELLE ANNÉE!
pour vous, vos proches, vos amis... et pour le Monde entier...

Eh oui ! Tout ça pour ça...
... avec mes cordiales salutations en sus.

*Kanflan (en Fongbé veut dire: ne le prenez pas mal, ne vous sentez pas insultés, permettez-moi)
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Eustase Coomlan Amoussou
Expertise et Consulting International
en Systèmes et Infrastructures de Communications
Core Team Member of AfricaOnline
Cell. +41793269586
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